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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 23:21

 

Thibaut Corneloup propose de réfléchir aux enjeux et défis pour l'avenir

 

Le secrétariat national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) a opté cette année pour des ateliers le samedi matin à la place d'une table ronde. Il y en aura cinq proposés, dont l'un sur l'agriculture. Voir URMRC2015 Programme

Le thème général est présenté par Jean-Luc Laurent, président.

Voir Université de rentrée 2015 du MRC : Pour la France et pour l'Europe, il y a une alternative !

 

Voici le texte proposé par Thibaut Corneloup, en 2ème partie de l'introduction à cet atelier de réflexion (1ère partie : Université de rentrée 2015 du MRC : atelier Agriculture samedi matin).

Enjeux et défis pour l’avenir, systèmes de production et réformes

Précédemment, ce résumé de la crise de l’élevage et de la PAC a permis de dégager les enjeux : réorientation des systèmes de production, réforme de la structure des filières pour retrouver des marges plus justes, réflexion sur le système de production et les volumes. Quelles sont les réflexions générales à retenir ? Nous serons 9 milliards en 2050 sur Terre, peut-être quelques millions de plus en France, il faut réfléchir par rapport à cela, car nous ne vivons pas en autarcie.

  1. Volumes de production de viande et de lait : une réduction de la consommation

La viande et le lait sont des produits trop consommés dans les pays riches, on sait qu’on recommande 15% de protéines dans un régime alimentaire (25% lipides avec une diversité et 50% de glucides, SOURCE ANSES). Ce pourcentage approche les 20% voire plus, en France. La réduction des volumes ne doit pas être un objectif politique (sinon de décroissance) vu que la demande va de toute façon augmenter avec la démographie et la France doit tenir son rang dans ce domaine (le secteur agricole est le seul qui reste assez excédentaire dans la balance commerciale et nous perdons des parts de marché avec nos voisins, l’élevage représente aussi 882 000 emplois selon le ministère de l’agriculture), cependant on doit réduire la consommation de ces produits. Niveau santé, la viande rouge a un impact plus probable (cancers de l’intestin ou du colon). Niveau écologie, c’est celle qui consomme le plus de fourrages et d’eau par rapport à la volaille ou même le porc (10 kg de cultures fourragères pour 1 kg de viande rouge, pour le lait une vache boit 200 L d’eau par jour, source FAO/Institut de l’élevage). L’évolution du régime alimentaire est aussi « naturel » quand son mode de vie augmente et donc la demande de protéines animales va augmenter, afin qu’écologiquement ce soit tenable, c’est notre devoir de réduire cette consommation pour les pays en développement.

Par rapport à l’environnement, la déforestation, l’extension des prairies n’est pas l’argument le plus pertinent car ce problème est réduit par une plus forte productivité et une réduction des surfaces utilisées (on observe d’ailleurs un ralentissement maintenant et en France on gagne désormais de la forêt grâce à cette forte productivité). En plus les prairies sont souvent sur des sols pauvres et il ne rapporte rien de les retourner pour les cultiver. Elles rendent également des services écologiques (drainage, biodiversité, séquestration de carbone) non négligeables. Il faut donc réfléchir en système, en flux et en bilan, certains constats ne sont pas pertinents pour incriminer tel ou tel système de production. Ainsi, de nombreuses optimisations et bonnes pratiques dans les élevages restent à généraliser pour arriver à une réduction de 30% des émissions du CO2 (source FAO). La méthanisation est aussi une solution pour capter le méthane (qui ne partira pas dans l’atmosphère) et fournir des bioénergies pour la transition énergétique. C’est donc un problème complexe où une multitude de facteurs interviennent et qui ne peut être simplifié par des idées reçues souvent véhiculées dans les médias et internet. Cependant, on a perdu 10 kg/personne en 30 ans pour la France, c’est déjà donc amorcé depuis une dizaine d’années et il faut continuer vers une forme de flexitarisme (consommer moins de viande, 3 fois par semaine pas plus). La production s’adaptant à la demande solvable (ça vaut pour toute l’agriculture), les volumes s’adapteront, évidemment il faut une politique de régulation et un plafonnement comme on l’a évoqué précédemment.

  1. Démythifier le productivisme

Ensuite, il faut aborder cette notion de « productivisme » sans cesse repris dans les médias et chez certains partis politiques, c’est devenu un mot valise. Il a bien sûr existé dans les années 80 avec des phénomènes de surproduction dans le lait, la viande et le porc et ses crises associées. Mais il s’agit de mécanismes cycliques courants en agriculture où il y a des tensions entre production et demande, c’est l’état de crise permanent, il s’agit de les gérer au mieux. Cela implique les mécanismes de régulation et de plafonnement, et d’optimisation des pertes également pour éviter le gaspillage. Il ne faut pas oublier que dans un système libre échangiste, on importe aussi énormément de volaille et de porc, produit-on donc tant que ça ? Le productivisme était nécessaire à une époque où on ne produisait que pour 10 mois et que la souveraineté alimentaire n’existait pas (avant 1950). Le gain de forêt depuis 2010 (110000 ha par an selon FAO) montre les effets positifs de ce productivisme passé, on ne se rend compte qu’avec le temps. Il faut rappeler que 50% de la production alimentaire dépend des engrais et phytosanitaires dans le monde et en France et donc l’agriculture « intensive » préserve la sécurité alimentaire (Académie d’agriculture).

De plus, c’est une idée fausse car homogène, nous sommes loin de la surproduction en ce qui concerne les productions végétales : les oléagineux ou les protéines végétales (légumineuses). Elles sont largement déficitaires. Chacun sait que le soja est importé pour faire des tourteaux pour l’élevage, c’est donc une dépendance non négligeable (60% selon FranceAgrimer). La diversification des grandes cultures avec ces légumineuses est aussi nécessaire pour l’agro-écologie et le climat en apportant moins d’engrais chimique (apport d’azote, rotations, diminution du protoxyde d’azote dans l’atmosphère). Elles rencontrent des problèmes de débouchés, de valorisation industrielle (dont l’alimentation animale ou humaine) et c’est un projet de recherche de l’INRA. En ce qui concerne les oléagineux (soja, colza, tournesol), on est aussi en déficit et on importe. Par contre, c’est sur la transformation en tourteaux, graines ou huiles où nous sommes excédentaire dans la balance. Idem pour légume et les fruits où il n’y a jamais eu vraiment d’aides par la PAC ni de protection sur les prix.

  1. Quels systèmes de production agricoles dans l’avenir ?

Il y aura 9/10 milliards d’habitants en 2050, actuellement la réduction du gaspillage peut permettre de nourrir les 800 millions de personnes, mais 2 milliards sont aussi mal nourris. Cela ne suffit donc pas, la demande sur toutes les productions va augmenter avec le niveau de vie. C’est aussi un problème social ou la pauvreté extrême est la cause principale de la faim (aides aux paysans pauvres et à l’agriculture familiale, source FAO).

Environnement : changement climatique, désertification et sécheresse, problèmes de salinité, augmentation des attaques de ravageurs (stress biotiques), des virus et espèces apparaitront dans nos climats autrefois tempérés avec ces changements. Il y a nécessité de concevoir des systèmes de production plus résilients (s’adapter aux changements climatiques et biotiques) et productifs : produire plus, mieux et avec moins !

L’agriculture conventionnelle du passé est révolue : elle a commencé à se diversifier depuis 15 ans et les normes et règlementations successives ont donné une sécurité alimentaire irréprochable en France et en Europe. L’agro-écologie en tant que science est une troisième voie bien entamée.

Pour l’avenir il existe une multitude de solutions et plusieurs systèmes de production sont possibles, la diversification sera nécessaire et à accompagner. Ce ne sont pas non plus des systèmes figés et chaque technique peut être adaptée dans n’importe quel système de production.

-Par exemple, l’agroforesterie (replanter des arbres avec les champs) est adaptée à tous ces systèmes. Elle peut être sous la forme d’un bois, au milieu des champs, ou simplement en haies/bandes. Il s’agit surtout de les réinsérer dans les paysages pour l’agro-écologie (abris d’auxiliaires de cultures, habitats, coupe-vent, favoriser la remontée des minéraux).

-La notion de diversité dans les cultures (génotypes, variétés, cultures associées) est aussi un levier important pour la résilience (une homogénéité rend plus sensible aux attaques et aux maladies), c’est applicable à tous ces systèmes.

-Le débat monoculture/polyculture est très binaire et dépend des objectifs des agriculteurs, dans ces systèmes on travaille avec l’un ou l’autre et les rotations de cultures (diminuent les résistances, favorisent la fertilité du sol) sont de toute façon obligatoires pour les monocultures.

-Les biotechnologies et les PGMs font partie des solutions également et sont compatibles (augmentation diversité, résistance aux maladies et aux insectes, augmentation des rendements, valorisation de l’azote et utilisation moindre d’engrais/ pesticides/ de surfaces) avec les systèmes de production ci-dessous, les dogmatismes doivent être évités. C’est un consensus scientifique sur l’impact sanitaire et environnemental au niveau mondial au même titre que le changement climatique. La recherche doit continuer et les essais autorisés avec contrôle (on connait depuis longtemps les techniques pour diminuer les risques) comme le montrent les rapports successifs de l’académie d’agriculture, le HCB, les agences sanitaires et toutes les études au niveau mondial.

  1. Agriculture écologiquement intensive avec l’agriculture de conservation

Elle repose sur une couverture permanente des sols avec un non labour. Il s’agit donc de réduire le travail du sol et la consommation d’énergies fossiles, le couvert sous forme de cultures/intercultures permet le captage de CO2 et restitue la matière organique au sol. Le travail du sol est fait via la macrofaune et microfaune: sol vivant. Les intercultures sont des engrais verts et qui agissent sur la structure du sol. Les rendements augmentent tout en restaurant la fertilité du sol avec la séquestration du carbone. Il existe cependant un blocage : la directive nitrate, il y a nécessité d’ajouter de l’azote qui part dans l’atmosphère en non labour et le rapport C/N est un équilibre, l’un défavorise l’autre. Les blés perdent en taux de protéines depuis cette directive. Il y a aussi des réticences dans la population d’agriculteurs, une loi est prévue bientôt.

  1. Agriculture raisonnée et intégrée : notion assez large, des exploitations différentes

On réduit les pesticides et les phytosanitaires, on pense en système les intrants et les sorties. Cela s’appuie sur une agriculture numérique et de précision avec nouvelles technologies : capteurs climatiques, quantification du besoin en engrais, pesticides encapsulés et utilisés seulement en cas de besoin, nouvelles machines et modélisation des cultures pour connaitre leurs besoins en temps réel. On aboutit à la réduction de la consommation en eau, en énergie en engrais et en phytosanitaires. Pour le maraichage ou l’arboriculture, On utilise aussi au maximum la lutte biologique c’est-à-dire le recours à des insectes auxiliaires plutôt que les pesticides pour neutraliser les ravageurs ou à des outils de déstabilisation (phéromones). On favorise la biodiversité pour les attirer en général (plan d’eau, herbes, bandes…).

  1. L’agriculture biologique

Médiatisée, beaucoup de promesses mais peu de résultats. C’est un objet marketing en tout cas très rentable, les distributeurs bio sont d’immenses conglomérats financiers (Lea Nature). D’ autant plus que c’est une copie de l’agriculture intensive avec des pesticides « naturels », ce qui n’enlève pas la toxicité potentielle pour les humains. L’impact sur les sols peut être aussi significatif sur le long terme (bioaccumulation du sulfate de cuivre). Elle est sans nul doute très utile pour la gestion de la biodiversité, mais là encore il y a des nuances (il y a labour, travail du sol), il y a aussi des exploitations conventionnelles où la biodiversité existe et du bio sans biodiversité. Les rendements restent moindres (à nuancer avec le contexte local) et donc les couts de productions et les prix sont plus élevés. La subvention est un choix possible vu qu’on subventionne de toute façon le capital dans les grandes exploitations. Cela augmente, mais très lentement (4% des exploitations), il existe encore de nombreux risques sur la sécurité alimentaire (6 fois plus de contamination à des bactéries pathogènes, aux mycotoxines). Les pesticides naturels dépassent largement les doses des pesticides chimiques très surveillés (15% de contrefaçon). Charge de travail très importante et de nombreux abandons.

Alter-agriculture : permaculture, agriculture urbaine

Le monde scientifique ne considère pas la permaculture comme faisant partie de l’agro-écologie, c’est une invention de Pierre Rahbi et quelques autres penseurs, mais elle est étudiée et des travaux commencent à être publiés (ferme du Becq Hellouin). Plus que des champs, ce sont surtout de grands jardins avec une grande diversité de cultures en mélanges… On peut s’inspirer des techniques et de la logique pour les systèmes de production précédents. Cela peut donc être intéressant pour les serres de maraichage (couches chaudes et compost sans consommation d’énergie), le design des champs (complémentarité entre les écosystèmes, position des plans d’eau, bois, élevages…). Ce sont souvent des petites surfaces, on vient de démontrer à l’INRA que c’était possible d’être autonome économiquement sur 700m2 cultivé, il y a donc possibilité de l’importer en ville via l’agriculture urbaine qui peut reprendre sa logique. C’est une solution parmi d’autres pour nourrir la planète de façon plus écologique.

Conclusion

La transition écologique est en marche et les solutions existent : il reste à les favoriser et à accompagner les agriculteurs qui voudraient se lancer là-dedans. Il ne faut pas non plus se cacher que de nombreuses normes non fondées scientifiquement empêchent cette véritable agriculture plus écologique, ces demandes de simplification sont légitimes et doivent être examinées au cas par cas.

Discussion sur le résumé de ces modèles et états des lieux, autres points non abordés comme la commercialisation et la distribution (problème de la grande distribution et marges avec les producteurs), celle-ci est tout autant crucial que la production avec capacité de stockage et réduction des intermédiaires pour augmenter le revenu des agriculteurs. La vente directe est possible, mais elle reste limitée (charge de travail importante, compétences supplémentaires, marché saturé).

Questions globales sur les réformes à adopter et autres problèmes non abordés ou questions naïves pour en savoir plus sur l’agriculture.

 

Cet article est le 422ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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