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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 21:52

 

Le nouveau ministre de l’agriculture est un partisan de la régulation

 

Que faut-il attendre de Jacques Mézard ministre de l'agriculture ? C’est un homme qui a fait ses preuves au Sénat. Voir (19 mai 2017) : Jacques Mézard, sénateur PRG du Cantal, est ministre de l'agriculture

En attendant qu’il soit confirmé à son poste gouvernemental à l’issue des élections législatives des 11 et 18 juin, voici un texte qui fait le point sur l’évolution de l’agriculture française depuis 50 ans. L’auteur est un ancien haut fonctionnaire qui a exercé des fonctions importantes auprès de la ministre de l’agriculture Edith Cresson sous la première présidence de François Mitterrand (1981-1983).

 

Voir aussi, sur le même thème : Lycée agricole Laval : 50 ans d'agriculture mayennaise (4) par Michel Sorin. A l'occasion des 50 ans du Lycée agricole de Laval (octobre 2014).

 

L'agriculture au péril du libéralisme

 

La Politique Agricole Commune -PAC- a été mise en place dans les années 1960 pour répondre aux objectifs fixés par le traité de Rome : accroître la productivité de l’agriculture; assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ; stabiliser les marchés ; garantir la sécurité des approvisionnements ; assurer des prix raisonnables aux consommateurs.

Ces objectifs ont été repris tels quels en 2007 dans le traité de Lisbonne, bien que l'Union Européenne les ait abandonnés quinze ans auparavant pour ouvrir le marché européen sur le marché mondial et favoriser l'inclusion de l'agriculture dans une économie marchande globalisée.

 

A l'origine, un des instruments principaux de la PAC consistait en prélèvements aux frontières destinés, non pas à fermer le marché européen, mais à compenser les différences de coût de revient avec des pays où les contraintes techniques, sociales et environnementales sont bien inférieures à celles imposées aux agriculteurs européens.

 

En 1992, suite à l'accord de Marrakech créant l'Organisation Mondiale du Commerce -OMC-, ces prélèvements ont été supprimés. Pour compenser la baisse des prix, l'UE a mis en place un dispositif d'aides directes assis sur les surfaces consacrées par l'agriculteur aux principales productions, notamment céréalières.

 

En 2003, pour se préparer aux accords OMC de Doha (qui n'ont jamais abouti), la Commission a affirmé que les aides liées à la production seraient considérées comme perturbant les marchés internationaux et qu'il convenait de les remplacer par des aides "découplées" (aides forfaitaires à l'hectare, sans lien avec l'utilisation des surfaces, ni la situation des marchés) à l'image de ce qu'allaient instaurer les USA.

Dès l'origine, il était évident que ce dispositif n'était pas viable, et allait servir de prétexte à de nouvelles restrictions. En effet, on ne peut justifier face à l'opinion publique un dispositif qui, par exemple, a conduit à verser des aides aux producteurs de céréales les années où les prix mondiaux de ces produits ont flambé sous l'effet de la spéculation, en entraînant des crises alimentaires dans plusieurs pays du Sud.

 

D'ailleurs, les USA ont fait machine arrière au bout de deux ans, en revenant à des aides "contra-cycliques", liées à la situation des marchés et donc aux pertes réellement subies par les agriculteurs. Par contre, la Commission européenne a persisté dans son schéma lors de la révision de 2008, pudiquement qualifiée de "revue de santé" de la réforme de 2003. Cette nouvelle réforme a consisté en : une réduction générale du montant des aides ; un durcissement des contraintes environnementales pour en bénéficier, au motif de rendre ces aides plus acceptables par l'opinion publique et de pouvoir mieux les justifier dans les négociations internationales ; mais aussi en la poursuite de la libéralisation du secteur, en supprimant les derniers instruments de régulation, notamment les quotas laitiers, dont la disparition progressive est programmée d'ici à 2015.

 

Le cadre adopté par le Conseil européen en 2013 pour la PAC répond à la même logique, puisqu'il prévoit : une réduction de 14% des crédits pour la période 2014-2020 par rapport à la période précédente ; un nouveau durcissement des conditions environnementales dont va dépendre 30% du montant des aides ; la confirmation du refus de maintenir ou de rétablir les instruments de régulation des marchés.

 

L'évolution de l'agriculture française au cours des quarante dernières années s'inscrit dans ce contexte de concurrence exacerbée qui se traduit notamment par la pression constante que l'industrie de transformation, elle-même poussée par la distribution, exerce sur les prix. Le "productivisme" souvent reproché aux agriculteurs leur est imposé par le système. De 1970 à 2012 le nombre des exploitations agricoles a été divisé par trois et celui des actifs agricoles par quatre.

 

Les comptes de l'agriculture sont le reflet de cette situation et de la capacité de résistance ou d'adaptation des différents secteurs à cette pression. Pendant cette période 1970 - 2012 la part des productions végétales s'est maintenue à 54% des ressources de la "ferme France", alors que la part des productions animales diminue de 42% à 30%. Il n'y a pas de meilleure illustration de la crise de l'élevage, handicapé par des conditions de travail astreignantes et des cycles de production longs le rendant plus vulnérable aux aléas du marché. Dans le même temps, la part des subventions dans ces ressources disponibles pour les agriculteurs a augmenté de 1% à 11%.

 

La marchandisation de l'activité agricole se traduit également par l'augmentation des consommations intermédiaires de 40% à près de 60% de la valeur de la production agricole pendant la même période. Parmi ces consommations intermédiaires, trois postes significatifs augmentent proportionnellement deux fois plus que la moyenne : l'énergie ; les produits phytosanitaires ; les dépenses vétérinaires (alors que la part de la production animale diminue, c'est une illustration supplémentaire des difficultés de l'élevage liées aux problèmes sanitaires des grands troupeaux et à la fragilité des animaux plus productifs).

 

La hausse des consommations intermédiaires a entraîné mécaniquement une érosion de la valeur ajoutée et des résultats : le "résultat agricole", calculé avant rémunération des salariés, est ainsi passé de 48% du produit d"exploitation en 1970 à 33% en 2010. La réduction de la valeur ajoutée entraîne aussi une fragilité du résultat face aux fluctuations du marché. En 2013, une baisse de 3,8% de la valeur de la production a entraîné une diminution de 16,4% du revenu par actif.

 

En effet, en plus de l'évolution tendancielle déjà décrite, le secteur agricole est confronté à une volatilité croissante des prix, liée à la mise en relation sans précaution du marché européen et du marché mondial. Le graphique ci-dessous illustre l'évolution du résultat courant avant impôt en France. Ce résultat représente ce qui reste à l'agriculteur pour rémunérer son travail et son capital. Une relative stabilité jusqu'en l'an 2000 a été remplacée par des fluctuations de grande amplitude.

 

Les dispositions arrêtées pour 2014 – 2020 ne peuvent qu'accentuer ces difficultés en réduisant le montant des aides et en rendant plus difficile leur obtention, tout achevant l'élimination des dernières mesures de régulation des marchés et en poursuivant l'ouverture aux produits extérieurs grâce à des accords bilatéraux en particulier l'accord transatlantique. La diminution inévitable du revenu des agriculteurs se traduira par une réduction supplémentaire de leur nombre et par une nouvelle diminution de l'auto-approvisionnement alimentaire de l'Europe.

 

Il faut rompre avec cette logique néo-libérale en rétablissant une protection raisonnable aux frontières et en réactivant des outils de régulation du marché et de maîtrise de la production qui ont fait leur preuve, comme les quotas laitiers et sucriers ou les droits de plantation viticoles. Ce retour aux sources bénéficiera aux agriculteurs qui obtiendront des prix rémunérateurs leur permettant de vivre de leur travail. Il bénéficiera également au consommateur en garantissant son approvisionnement à long terme et en lui assurant de disposer de produits alimentaires sains et d'origine garantie.

 

Mise à jour en fonction des comptes provisoires de l'agriculture pour 2015

 

Les chiffres pour 2015 confirment les grandes lignes exposées précédemment.

Deux éléments sont toutefois à relever :

* malgré la baisse des prix de l'énergie, les consommations intermédiaires ont continué à augmenter et ont dépassé pour la première fois 60% (60,4%) de la production agricole aux prix de base (c'est-à-dire avant subventions d'exploitation). En 45 ans, l'agriculture française à perdu 21 points de valeur ajoutée !

* le résultat agricole (avant rémunération des salariés) a continué de diminuer (30,8% des ressources d'exploitation).

Pour le lecteur qui désirerait entrer dans le détail des comptes de l'agriculture, il faut signaler que leur présentation occulte l'importance des subventions dans les produits. En effet, ne sont comptabilisées à ce titre que les subventions liées à la production (1,2 milliard €), alors que les subventions d'exploitation (8,7 milliards €) ne sont introduites qu'après calcul de l'excédent d'exploitation et sont assimilées comptablement à un impôt négatif.

 

Mise à jour en fonction des comptes provisoires de l'agriculture pour 2016

 

L'année 2016 a été marquée par des incidents climatiques qui ont notamment entraîné un recul sensible de la production céréalière. Elle a aussi marqué la première année de la réforme de la PAC et a ainsi connu une réduction, encore modeste, des aides à l'exploitation (8,3 milliards € contre 8,7).

Cet accident climatique a illustré l'extrême vulnérabilité de la ferme France, analysée plus haut.

C'est ainsi que les consommations intermédiaires, en dépit d'une baisse des prix liée notamment aux prix de l'énergie, ont atteint 63,8% de la production agricole aux prix de base ; que le résultat agricole a encore baissé à 26,9% des ressources d'exploitation ; et que le résultat par actif non-salarié a diminué de 25,6% par rapport à 2015 (les auteurs du rapport à la commission des comptes de l'agriculture se sont limités à ce pourcentage, mais cela doit faire environ 18 800€, soit à peu près la moitié du chiffre atteint en 2012).

Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner des difficultés et des drames à répétition que connaît le secteur.

Cet article est le 2998ème sur le blog MRC 53 - le 431ème en catégorie AGRICULTURE et PAC

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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