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La France est ingouvernable sans changement de politique
Le spectacle télévisé présenté par France 2, hier soir, a été vu par cinq millions de personnes. Cela signifie qu’il y a une forte attente dans le pays à l’égard des socialistes, qui innovent avec cette sélection de leur candidat ou candidate à l’élection présidentielle. Toutefois, je crains qu’il y ait une déception au vu des insuffisances du projet socialiste pour faire face à la crise.
Voir l’article précédent Crise financière : trois années passées sans s'attaquer aux causes - 15 septembre 2011.
Avant-hier, il y avait une initiative intéressante dans une salle de l’Assemblée nationale. Voici ce qu’en a dit Coralie Delaume sur son blog (14 septembre).
Crise : des présidentiables au chevet de l'euro
Ils sont quatre, réunis en cette matinée du 14 septembre dans une salle de travail de l’Assemblée nationale. Quatre hommes politiques de tous horizons, rassemblés à l’appel de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange » afin d’examiner les ressorts de cette crise économique et financière qui n’en finit plus de secouer l’Europe.
Aux côtés du radical François Loos, ancien ministre, figurent trois candidats à l’élection présidentielle de 2012 que rien, a priori, ne devait conduire à se rapprocher. Et pour cause : venus d’horizons différents, ils ont également adopté des stratégies fort dissemblables. L’un, Arnaud Montebourg, est membre d’un grand parti, où il essaye de faire entendre sa petite musique démondialisatrice, en se portant candidat aux primaires. L’autre, Jean-Pierre Chevènement, a quitté ce même parti socialiste il y a fort longtemps. Il envisage aujourd’hui une « candidature pédagogique », dans le but de « faire bouger les lignes ». Le troisième, Nicolas Dupont-Aignan, tourna le dos à l’UMP en 2007, pour ne pas écorner ses convictions gaullistes. Il portera en 2012 les couleurs de son mouvement, Debout la République.
Le colloque débute par une mise en bouche : quelques exposés d’économistes tels Jean-Claude Werrebrouck, Jean-Luc Gréau, ou Hervé Juvin. Ils commentent un sondage IFOP réalisé à la demande de l’association organisatrice. Cette enquête, d’abord menée en France, puis prolongée en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, offre un verdict inattendu : les européens sont protectionnistes. A l’exception des Anglais, plus de 70 % des sondés sont favorables à l’augmentation des droits de douane aux frontières de l’Europe. Ce chiffre atteint même 80% du panel français.
Ce sondage traduit les inquiétudes de très nombreux européens quant aux effets de la mondialisation marchande. Mais lorsqu’interviennent à leur tour les trois présidentiables, c’est d’abord sur le terrain de la globalisation financière qu’ils se placent. En effet, cependant que les marchés s’affolent et que tous les regards convergent vers la Grèce, un diagnostic s’impose : nous traversons actuellement une crise de la dette, qui est également une crise de l’euro. Car cette monnaie dramatiquement surévaluée ruine notre compétitivité, affecte nos exportations et favorise les délocalisations. Sur ce point, Chevènement met en garde : « pas plus que l’arbre ne doit cacher la forêt, la question de la Grèce ne doit occulter le problème de l’euro ».
Pour sauver l’euro, Arnaud Montebourg s’est déjà prononcé pour une « monétisation de la dette » : il est favorable au rachat, par la Banque Centrale Européenne, de titres de dette des pays en grande difficulté. Une monétisation massive aurait notamment pour effet de dissuader la spéculation. Mais il semble désormais bien difficile d’aller au-delà des rachats de dette espagnole et italienne réalisés cet été par la BCE. Les allemands y sont globalement défavorables, et le seuil de tolérance de certains de leurs responsables semble désormais atteint. En témoigne la récente démission du chef économiste allemand de la Banque centrale, Jürgen Stark. Déjà en février, un autre allemand, Axel Weber, avait décidé de renoncer au remplacement de Jean-Claude Trichet, pour lequel il était pressenti.
Faute de solution, la monnaie européenne serait-elle donc vouée à disparaître, alors que se murmure l’hypothèse d’une sortie de la Grèce, qui ne manquerait pas d’entraîner à sa suite d’autres pays en quête d’oxygène, tels le Portugal, l’Irlande ou l’Espagne ?
Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Dupont-Aignan l’entendent d’une autre oreille. Car si la création de l’euro fut à leurs yeux une erreur, celui-ci existe bel et bien, et il serait très incertain politiquement de prôner l’abandon de ce que d’aucuns considèrent comme la réalisation majeure de l’Union européenne. L’un et l’autre se rejoignent donc pour défendre la mutation de l’euro en monnaie commune. Au lieu d’imposer un carcan à des pays économiquement très hétérogènes, cet euro adapté constituerait ce que Chevènement appelle « un toit européen commun », autrement dit « une devise européenne constituée d'un panier de monnaies nationales qui pourraient fluctuer dans certaines marges négociées ». Et Dupont-Aignan d’ajouter non sans audace qu’une telle mue de l’euro, loin de conduire à des sorties intempestives de l’eurozone permettrait à des pays non membres…d’y entrer !
Réunis aux côtés d’économistes de toutes obédiences, des candidats de droite et de gauche à l’élection suprême mettent un instant de côté leurs divergences, et parviennent à faire surgir des points d’accord inattendus. Quand d’autres, au sein d’une même famille politique, et parfois d’un même parti, s’invectivent pour des vétilles, il serait regrettable qu’ils ne soient pas entendus.
A l’heure où fleurissent des rumeurs concernant le rachat d’une partie de la dette italienne par l’empire du Milieu, il serait saumâtre que,
pour ne pas avoir à écouter la supplique de la « conjuration des hétérodoxes », nous préférions nous vendre à la Chine.
Voir aussi Lorsque Jacques Sapir propose "la démondialisation (Coralie Delaume, 6 septembre)
Chevènement, l’homme de l’autre politique
On remarque, selon le compte rendu que fait Coralie de cette réunion, que les positions de Chevènement et de Dupont-Aignan sont assez proches sur l’euro. Bien sûr, la question de leur rapprochement en vue d’une candidature commune, républicaine, est posée.
Mais la réponse n’est pas si simple car les conditions ne sont pas réunies (pas encore) pour une politique d’union nationale autour d’un projet de redressement de la France, comme c’était le cas après la seconde guerre mondiale. Un fait est certain : la France n’est plus gouvernable sans changement de politique, notamment européenne.
Jean-Pierre Chevènement s’est donné jusqu’à la fin de l’automne pour confirmer, ou non, sa candidature à l’élection présidentielle. D’ici là, les choses se seront décantées au PS et, peut-être, aussi du côté de l’euro.
En attendant, il continue de s’exprimer dans la presse (voir Crise bancaire et mondialisation : Chevènement invité par les médias - 12 septembre 2011).
"La crise est politique parce que l'euro est une monnaie politique qui visait à forcer le fédéralisme" : Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Info mardi 13 septembre 2011
"Si les autres candidats de gauche n'ont pas des propositions qui nous permettent de sortir de l'impasse, ce sera un devoir de me présenter" : Jean-Pierre Chevènement était l'invité du Talk Orange Le Figaro, mardi 13 septembre 2011. Il répondait aux questions de Judith Waintraub.
"Il faut sécuriser les classes populaires: cette question est au cœur d'une politique de gauche" : Jean-Pierre Chevènement était l'invité de la matinale de France Culture, mercredi 14 septembre 2011.
"Les papes de la monnaie unique sont devant leurs responsabilités" : Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Patrick Simonin sur TV5 Monde, mercredi 14 septembre 2011.
Les connaissances et la sagesse de l’homme d’Etat
Le retour en grâce de l’homme banni par les médias
est en train de s’opérer.
Jean-Pierre Chevènement a un agenda qui se remplit.
Mardi 13 Septembre : Jean-Pierre Chevènement invité de France Info
Jean-Pierre Chevènement invité du Talk Orange Le Figaro
Mercredi 14 Septembre : Jean-Pierre Chevènement invité de la matinale de
France Culture
Colloque "Protéger les
intérêts économiques de la France : quelles propositions ?"
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de C à dire sur France 5, lundi 12 septembre 2011. Il répondait aux questions d'Axel de Tarlé.
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l’émission "les Grandes Gueules" sur RMC, lundi 12 septembre 2011. Il répondait aux questions d'Alain Marschall et Olivier Truchot.
Entretien paru dans le Nouvel Observateur du 8 septembre 2011. Extraits.
Jean-Gabriel Fredet (Nouvel
Observateur) - Après avoir encensé la mondialisation, on porte aux nues maintenant la « démondialisation ». Qu’en pensez vous ?
Jean-Pierre Chevènement: La crise de la
mondialisation financière nous oblige à réfléchir sans tabous. En 2008, l’opinion a découvert que la théorie de l’efficience des marchés relevait du mythe et que nous vivions dans un système
hyper-spéculatif , excessivement globalisé, favorisant des mouvements d’amplification irrésistibles.
Dans le même temps, les Français ont pris conscience du déclassement de l’Europe et du rétrécissement de leur industrie qui ne représente plus que 13% de notre valeur ajoutée aujourd’hui.
Dès lors, si le mot de « démondialisation » a l’inconvénient de suggérer qu’on pourrait revenir en arrière, il réintroduit l’idée que l’on peut corriger les excès d’une mondialisation
« biaisée » et revenir sur les excès du néolibéralisme.
Jean-Pierre Chevènement: Avant de décrire cette mondialisation comme un « fait », il faut dire qu’elle est d’abord un choix politique. Le triomphe du néolibéralisme avec l’élection de Thatcher et de Reagan s’est traduit, au nom du dogme de « l’efficience des marchés » par une complète dérégulation, notamment en matière financière. La financiarisation aboutit à la dictature d’un actionnariat prédateur. En Europe, cette déréglementation s’est faite à partir de l’Acte Unique sur la base du quel 300 directives dont celle de libération des mouvements de capitaux ont être prises. Avec la libéralisation des services publics et l’interdiction des politiques industrielles, cette dérégulation généralisée à l’échelle du monde a provoqué la crise globale du capitalisme financier. Et c’est par ce que ce choix politique est remis en cause, parce que le système qu’il a mis en place s’effondre que le mot de « démondialisation » rencontre autant d’écho. Car la démondialisation est aussi politique. C’est la fin de l’hyperpuissance américaine en tant que puissance hégémonique. Le monde se fragmente, avec un « G2 » - les Etats-Unis et la Chine - et entre les deux, variable d’ajustement, l’Europe dont le déclin s’accélère avec les délocalisations. Face à cette mondialisation biaisée, n’avons-nous pas le droit de défendre notre modèle politique et social ?
Jean-Pierre Chevènement: Cette croissance dont vous parlez est très inégalement répartie. Les émergents qui ont surmonté les crises des années 1990 et ont adopté le modèle japonais fondé sur l’exportation ont connu une forte expansion. Mais le sort des travailleurs migrants en Chine- les « mi-gong »- ne fait pas envie. En Inde le maintien du système des castes s’accompagne de grandes inégalités. Dans les vieux pays industrialisés, la baisse des produits importés s’est accompagnée d’une modification de la répartition du revenu national au détriment des salaires et d’un recours accru à l’endettement. La crise procède de ce libre-échangisme déséquilibré.
Le Nouvel Observateur : L’Europe est-elle prête à faire ce saut vers le fédéralisme ?
Jean-Pierre Chevènement: L’idée de ce
saut n’a aucune réalité. Un mot sur l’Acte unique. Il précède la mondialisation financière parce qu’il la permet. La monnaie unique a correspondu à un choix erroné. L’erreur a été de penser que
pour rééquilibrer l’Europe après la réunification allemande, nous allions « chiper » son mark à l’Allemagne et la ligoter. En fait on a plaqué sur des pays comme la France à demi-industrialisée
ou la Grèce (qui ne vit que du tourisme) une monnaie qui ne leur convenait pas.
Le péché capital a été d’oublier que l’Europe était faite de nations que presque tout -structures économiques, culture politique, repères culturels- opposait. On a cru qu’en les mettant des
économies hétérogènes dans une zone monétaire, elles convergeraient. C’est le contraire qui s’est produit. La crise de l’euro est un avatar de la crise du capitalisme financier. Ce n’est pas en
multipliant les plans de récession qu’on s’en sortira. L’idée d’un fédéralisme reposant sur une Union des transferts financiers entre les Etats n’a aucun sens. Les Allemands qui ont payé 1500
milliards d’euros pour les Länder de l’Est n’ont pas envie de payer pour le Péloponnèse, l’Algarve ou le Connemara.
Il faut repenser la zone euro, donner à la Banque centrale européenne le droit de racheter les titres de la dette (ce qui équivaut à une émission monétaire relativement indolore- elle l’a
d’ailleurs fait en août pour près de 50 milliards), lui donner aussi le droit d’agir sur le change, de contribuer à la croissance et l’emploi comme le fait la Reserve fédérale américaine. C’est
la seule manière de sauver la monnaie unique car avec une solidarité européenne qui ne sera jamais l’égale de la souveraineté nationale, les moyens du Fonds de stabilité européen ne pourront être
suffisamment augmentés.
Certains préconisent l’émission d’ « eurobonds », mais on retombe sur le même problème : pour être efficaces ces émissions devraient être gigantesques. L’Allemagne qui entend imposer un strict
contrôle sur le budget des pays endettés s’y refuse. Variante coercitive du fédéralisme : ce que M. Sarkozy appelle « règle d’or » et qui est plutôt une « règle d’airain », avec mise en congé des
Parlements et prise du pouvoir par les oligarchies financières et technocratiques. A défaut d’une révision complète de l’architecture de la monnaie unique donnant à la BCE le même statut que la
Reserve fédérale américaine, je ne vois pas d’autre issue que la mutation de l’euro en monnaie commune, valable pour les transactions avec l’extérieur.
Le Nouvel Observateur: En attendant la mondialisation est en train de laminer le « modèle français » ...
Jean-Pierre Chevènement: Il faut
renverser les règles que nous nous sommes données dans les années 1980-1990 (Acte Unique, traité de Maastricht, OMC) quand la gauche et la droite, ensemble, ont abandonné le modèle de
développement industriel, technologique, scientifique qui était le nôtre depuis la Libération. Au prétexte de l’Europe, nous avons accepté une dérégulation sans principes qui nous a privés des
leviers de l’action et de cette confiance élémentaire en lui dont un peuple a besoin. Nous devons récupérer cette confiance conquérante qu’affichent les pays émergents, et pour cela nous redonner
un Etat, avec un clair dessein de réindustrialisation.
Jean-Pierre Chevènement: Il faut que l’euro retrouve un niveau compatible avec l’effort de réindustrialisation de la France. L’horizon du « triple A » que s’est donné Nicolas Sarkozy ne peut être un projet mobilisateur pour un peuple. La France a besoin d’un projet républicain et dans ce projet il y a le patriotisme, y compris sur le plan économique. Nous avons de grands groupes, 18 parmi les 200 premiers mondiaux. Mais ces groupes font leurs chiffres d’affaires, leurs bénéfices, leurs investissements à l’étranger. Il faut qu’ils investissent en France, traitent mieux leurs sous-traitants. J’ajoute que pour capitaliser sur notre épargne -un atout majeur-, il faut l’orienter vers l’industrie et remettre l’Ecole au cœur de la République. Renouer avec les valeurs de la République pour rendre aux Français la confiance en l’avenir dont leurs élites dirigeantes les ont privé par une politique qui ne se détermine plus à l’aune de l’intérêt national. Seul le projet d’une « Europe européenne » appuyée sur des nations nous permettra de desserrer les tenailles du « G2 » et de redevenir les acteurs de notre destin.
Les marchés financiers ne sont pas l’horizon des peuples
Le président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen, sénateur du Territoire de Belfort, a été très présent au cours des deux journées de l’université d’été de son Mouvement qui ont eu lieu à Carros, au nord de Nice, les 3 et 4 septembre.
Dans un précédent article (voir Chevènement à Carros : il faut un projet pour une Europe européenne - 8 septembre 2011), j’ai présenté la partie finale de son intervention de clôture. Je vais maintenant reprendre ce qu’il a dit avant (extraits d’après mes notes), qui est tout aussi important.
La France est dans une impasse tragique
Les faits : une masse de capitaux, qui se déplacent librement sur la planète (système dérégulé, déréglementé, pyramide de dettes, tout repose sur la confiance, mais elle s’étiole). La rentabilité exigée des capitaux (15%) détruit l’entreprise. C’est la dictature de l’actionnaire, notamment des fonds de pension (gestion opaque).
Le point de départ remonte aux présidences Thatcher et Reagan, puis il y a eu la libéralisation des capitaux, la fin de l’URSS, le ralliement de la Chine à l’économie de marché (dans le cadre d’un système ultradirigiste, avec la volonté de conquête de l’économie mondiale) et, maintenant, le capitalisme financier globalisé, nouveau « Frankenstein » qui se retourne contre les Etats.
Cela conduit à un conflit politique entre deux légitimités, celle de la finance et celle des Etats, qui va provoquer d’immenses secousses.
La crise de la monnaie unique est un avatar de la crise du capitalisme financier. Nous l’avions dénoncé dès 1992 (cela ferait diverger les économies, cela renforcerait les forts et affaiblirait les faibles). Il y a une erreur de conception. C’est une monnaie politique pour conduire à un système fédéral (les Etats-Unis d’Europe).
Les écarts de taux se sont creusés. Les contribuables ont été appelés pour secourir les finances grecques. Au total, les dettes s’élèvent à 3400 milliards d’euros dans les pays sous tension, avec des situations très contrastées à l’intérieur de la zone euro.
Jusqu’à présent, les réponses ne sont que des rustines. Seuls les pays notés AAA peuvent concourir. La France a pris des engagements (garantie) à hauteur de 159 milliards d’euros (sur un engagement total de 440). La dette totale de la France s’élève à 1650 milliards d’euros.
La Banque Centrale Européenne (BCE) est engagée à hauteur de 110 milliards. Il faudrait travailler à une tout autre échelle, en mobilisant des sommes colossales pour des contributions fédéralistes. Or, tout en étant d’accord pour la solidarité, il y a des limites en rapport avec les réalités. La solidarité européenne représente 1% de la production des pays de l’Union européenne. La solidarité nationale (en France), c’est 40% de la production. Entre les deux niveaux de solidarité, le rapport est 2,5%- 97,5%. Que mettre dans la solidarité européenne ? Essentiellement, la taxe financière et la taxe carbone. On voit bien que le grand saut fédéral est irréaliste. Aux appels fédéralistes de Minc, Jouyet, Attali, Védrine a répondu : vouloir un ministre des finances européen, c’est rompre le fil entre l’Europe et la démocratie.
L’impasse est totale. L’Allemagne a les cartes en mains et essaie de faire prévaloir une conception coercitive du fédéralisme. Avec la règle d’or, le budget sera préparé par la Commission européenne et la BCE, avec les technocrates de Bercy. Actuellement, c’est déjà un budget « préconstruit ». C’est transmettre le pouvoir aux oligarques de Bruxelles, donc à la finance.
Il s’agit d’une ficelle électorale. Les principaux candidats socialistes en ont rajouté. Sarkozy est un apôtre de la rigueur après avoir été keynésien. Il n’y a pas unanimité des pays européens. Pendant ce temps, la Grèce est en décroissance (-5% par an, en 2010, 2011 et 2012).
C’est la crise d’une conception de l’Europe, celle qui a prévalu dès les années 1950 avec Jean Monnet. Il faut faire l’Europe en tenant compte de la démocratie, un peu comme de Gaulle voulait faire l’Europe des nations (à l’époque, contre les deux blocs URSS et USA). Deux faits nouveaux, qui sont liés, ont tout changé : la réunification de l’Allemagne et la chute du Mur.
Mitterrand avait opté pour le pari pascalien de l’au-delà des nations. C’est l’impasse. On ne voit pas bien la cohérence de la politique allemande. La France n’est pas si désarmée mais elle n’a pas de projet, comme en 1939. La presse traite les affaires DSK et Chirac. Sarkozy veut garder le triple A mais ce n’est pas un projet républicain. On ne meurt pas pour le triple A ! Les marchés financiers ne sont pas l’horizon des peuples.
Sarkozy suit Merkel, par habileté électorale, Zapatero capitule. Il n’est pas possible d’apporter une autre réponse. Le projet du PS est coûteux. Lors de l’université d’été à La Rochelle, il ne s’est rien passé. La crise de l’euro n’a pas été évoquée. François Hollande a fait un discours dans un lieu prédestiné, l’Oratoire…
Suite de l’intervention : voir Chevènement à Carros : il faut un projet pour une Europe européenne
Voir aussi sur le site de Chevènement (9 septembre) : L'idée de mettre la Grèce sous tutelle est profondément réactionnaire et antidémocratique. Le problème est celui de l'euro
Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT
Changer de logique, rompre avec le néolibéralisme
Le président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen, sénateur du Territoire de Belfort, a été très présent au cours des deux journées de l’université d’été de son Mouvement qui ont eu lieu à Carros, au nord de Nice, les 3 et 4 septembre.
A la fin de son intervention, Jean-Pierre Chevènement a rappelé que le but de sa candidature à l’élection présidentielle est de faire bouger les lignes. Y parviendra-t-il avant la fin de l’automne, limite qu’il a fixé dans le temps pour prendre sa décision d’être, ou non, candidat ? C’est possible, s’il y a rencontre entre le sentiment populaire et le discours du candidat.
Ce qui l’inquiète, c’est le risque de déception des Français, lorsque le candidat de gauche aura gagné (ce qui est probable). Car les gens n’ont pas compris la dramatique situation de la France. Il faut élever le niveau du débat. Peut-on le faire autrement qu’en étant candidat ?
La France a besoin d’un recours, d’un axe politique, d’un projet, pour un peuple qui a une tradition, des valeurs, et qui aspire à ce qu’elles soient mises en œuvre.
Changer de logique
Il faut rebâtir l’Europe, une Europe à géométrie variable, ouverte sur la Russie, l’Euroméditerranée et l’Afrique, avec des politiques spécifiques à proposer à qui le veut.
Il faut un projet d’Europe européenne à l’échelle du monde, qui soit à l’envers du néolibéralisme, avec une taxe sur les capitaux, coordonnée si possible.
Quel avenir pour la zone euro et ses 300 millions d’habitants ? Il serait préférable de sauver l’euro ; cela éviterait beaucoup de problèmes. Le scénario A, c’est la monétisation de la dette, dans le cadre d’une logique d’ensemble comprenant un plan de croissance.
Les USA s’intéressent de moins en moins à l’Europe (ils se tournent vers l’Asie, la Chine, le Pacifique). Celle-ci doit assurer sa défense (cela concerne principalement le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France).
L’Europe doit permettre la satisfaction des besoins sociaux. D’abord, l’école, le collège, avec priorité au dépistage des handicaps précoces. Et puis, le logement, les salaires, les hôpitaux.
Il faut une planification à l’échelle européenne et mettre en avant les notions de collectif et d’entreprise. Par rapport à la société fracturée que nous connaissons, se dessine une perspective alternative, une autre politique, un retour du balancier.
Et, si l’Allemagne ne veut pas, alors que les attaques se porteront sur l’Espagne et l’Italie, il faudra mettre en œuvre le plan B, la monnaie commune, le toit commun, un panier de monnaies pour les relations internationales.
Le peuple français a une grande ambition. La France sera l’âme de ce nouveau projet. Il faut convaincre les Allemands, en créant un espace public de débat avec les partis politiques, qui sont l’intelligence collective du pays.
La France, c’est une vieille histoire, antérieure à la Révolution, mais celle-ci est centrale dans l’Histoire. Il faut rappeler au peuple français son histoire. Les deux guerres mondiales, cela forme un tout, entrecoupé de pacifisme. Et, à la Libération, les Français étaient gaullistes.
L’histoire de la France, c’est le combat pour faire triompher les idées républicaines. Il faut avoir une vision dynamique de notre histoire, fondée sur la citoyenneté et le grand dessein de l’intégration (le métissage). Il y a deux cents millions de francophones. Soyons intransigeants sur les principes. D’abord, redresser l’école et utiliser d’autres critères que les critères ethniques. Cela s’appelle la reconquête républicaine.
Vingt ans de laisser-faire, ça suffit ! Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Causeur n°39, septembre 2011.
L’euro est un choix erroné, il faut une autre solution
L'interview que Jean-Pierre Chevènement a donnée au Figaro a fait l'objet d'une coupe qui déforme le sens de son message. Voici le passage supprimé (voir Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro: «Pour un programme de salut public» (Le Figaro, 9 juillet).
L’euro est un choix erroné et la France doit sortir de la logique des marchés financiers
Le Figaro : Partagez-vous l’avis d’Arnaud Montebourg sur la démondialisation ?
Jean-Pierre Chevènement: La France et l’Europe sont allées trop loin dans la voie d’une complète dérégulation. La
décompartimentation de tous les marchés a ouvert la voie à une économie-casino à l’échelle mondiale. Tout est désormais matière à spéculation : actifs financiers, devises, matières premières,
titres d’assurances même : savez-vous que les « produits dérivés » atteignent un montant égal à plusieurs fois le PNB mondial ? Le système est devenu fou. On l’a provisoirement rapetassé aux
frais du contribuable, après la crise de 2008-2009, mais tout est reparti comme avant : superprofits bancaires, bonus et parachutes dorés. Il faut reréglementer les mouvements de capitaux,
remettre de la viscosité dans le système.
Maintenant la spéculation se déchaine contre les pays les plus faibles de l’euro. On découvre avec retard que le choix de la monnaie unique a été une monumentale erreur. Peut-on faire confiance à
ceux qui nous ont mis dans cette impasse pour nous en sortir ?
M. Sarkozy justifie ses « réformes » par le maintien du « triple A » qu’accordent à la France les Agences de notation : comment mieux reconnaître l’emprise des marchés financiers sur notre
politique ? Standard and Poors a remplacé la souveraineté populaire ! Quant au PS, son programme, dont le coût est estimé entre 25 et 125 milliards d’euros, risque de fonctionner comme un leurre,
car le PS est lui-même rongé intérieurement par l’obsession de la dette.
Or, on ne gouverne pas un grand peuple avec le triple A pour horizon. La France a besoin d’un grand projet national, à l’échelle de l’Europe et du monde. Le mot « démondialisation » a
l’inconvénient de faire croire qu’un retour à la situation antérieure est possible. Non ! Il faut inventer ! sortir de la domination des marchés financiers. Revoir les règles du jeu de l’euro.
Ouvrir à la BCE de nouvelles missions : soutenir la croissance et l’emploi, agir sur le cours surévalué de l’euro, racheter les titres de dette pour casser la spéculation. Le défaut de la Grèce
est inéluctable car la récession creuse le déficit et la dette. Le FMI et l’Europe n’ont pas d’autre but que de faire rentrer les créanciers, c’est-à-dire les banques, dans leurs fonds. Si on ne
convainc pas l’Allemagne de changer les règles de l’euro, nous serons inévitablement conduits à reprendre notre liberté monétaire. Il vaudrait mieux que ce soit à l’intérieur d’un SME bis et sous
le toit européen d’un euro devenu monnaie commune. Il faut offrir à la France un projet de réindustrialisation, ouvrir aux particuliers la possibilité de souscrire à la dette publique. La France
a, avec l’Allemagne et le Japon, l’épargne la plus abondante du monde. Bref, il faut offrir un avenir à la jeunesse !
Voir la version "amputée" de l'entretien au Figaro
Rappel : Crise de la dette : vers un krach boursier et l'éclatement de la zone euro - 11 juillet 2011
Chevènement occupe une position déterminante sur l'euro et l'Europe - 5 juillet 2011
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