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Rapprocher science et politique pour gérer la cité
L’échec de Copenhague était programmé, car ce sommet sur le climat n’avait pas été préparé sur des bases réalistes (voir Conférence mondiale sur le climat : nouvelle jeunesse du capitalisme - 10 décembre 2009).
L’enjeu de Copenhague était énorme, pour deux petites semaines de faux débats dans une enceinte inadaptée. Le réchauffement de la planète, la montée des eaux, la fonte des pôles, la disparition des espèces, autant de problèmes étudiés par les scientifiques.
Les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) sont remarquables, mais ce n’est pas le domaine de prédilection des chefs d’Etat, habitués à évoluer sur le terrain des relations humaines.
Comment ces deux mondes, le scientifique et le politique, pourraient-ils mieux coopérer, à tous les niveaux de la vie publique, en commençant par la gestion locale de la cité ? C’est la voie proposée par le philosophe Michel Serres dans l’entretien qu’il a accordé sur le site du quotidien Le Monde (voir l’article paru ce 21 décembre sous le titre Michel Serres : "On a oublié d'inviter la Terre à la conférence sur le climat").
L’échec de Copenhague est explicable. Le site Rue89 (Laurent Mauriac) s’y est essayé le 19 décembre. Voir Cinq raisons pour l'échec du sommet de Copenhague.
La France a jugé l’ONU responsable de l’échec. Est-ce bien raisonnable de la part du président Sarkozy et de ses ministres, de s’en prendre à cette instance qui, au moins, contrairement au G 20 ou à tous les G du monde, est légitime, puisqu’elle intègre toutes les nations du monde ?
Nicolas Sarkozy a déclaré dès la fin de Copenhague que le système des Nations Unies était « à bout de souffle » ; l'UMP lui a emboîté le pas samedi en décrétant le processus de décisions de l'ONU « en bout de course ». Possible, mais avant de signer l'acte de décès, par quoi remplacer le système de gouvernance mondiale mis en place à la fin de la deuxième guerre mondiale, et qui est encore aujourd'hui la seule instance de légitimité globale ?
Lire la suite de l’article de Pierre Haski, dirigeant de Rue89, publié le 20 décembre sur son site : Après l'échec de Copenhague : faut-il supprimer l'ONU ?
Le discours du président Sarkozy à Copenhague n’a pas produit l’effet escompté. Peut-être parce qu’il se situe clairement parmi les dirigeants du monde capitaliste. Dans cette enceinte, tous les pays étaient représentés, y compris les plus pauvres, qui applaudissent le président du Venezuela, Hugo Chavez, quand il met en cause le système capitaliste et les inégalités qu’il génère.
C’est un plaisir de voir et entendre la vidéo insérée dans l’article publié sur le site de Contre Info, ce 21 décembre, ou de lire le texte de son discours, qui ne manque pas de sel. Voir Hugo Chavez : lutter contre le changement climatique et les inégalités.
« Construisons un ordre économique et social plus juste et équitable. Eradiquons la pauvreté. Stoppons immédiatement les niveaux élevés d’émission de gaz, freinons la dégradation environnementale et évitons la grande catastrophe du changement climatique. Adhérons au noble objectif d’être tous plus libres et solidaires ! »
S’exprimant devant les délégués réunis à Copenhague, Hugo Chavez a lancé un vibrant plaidoyer contre les inégalités et un modèle économique d’accumulation illimitée, citant l’ouvrage d’Hervé Kempf « Les riches détruisent la planète » et faisant sienne l’interrogation du théologien de la libération Leonardo Boff : « une Terre finie peut-elle supporter un projet infini ? » Lire....
Lire aussi
Copenhague : ultime rappel des scientifiques avant le sommet
Sommet de Copenhague : les USA refusent de négocier sur la base du protocole de Kyoto
Cet article est le 46ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat et énergies
Ne pas entraver le libre-échange et la concurrence
Des représentants de tous les pays du monde se réunissent à Copenhague (Danemark) du 7 au 18 décembre, dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, avec un objectif prioritaire : éviter que, d’ici à 2050, la température moyenne de la planète augmente de plus de deux degrés.
Lire la suite de ce texte, signé Ignacio Ramonet, sur le site de Mémoire des luttes (9 décembre) : Alerte, danger immédiat.
Un bon exercice pédagogique, également, sur le site Rue89 (Sophie Verney-Caillat, 7 décembre) : Cinq clés pour comprendre les enjeux de Copenhague.
Un appel pour la conférence de Copenhague a été lancé par les ONG. Voir Copenhague-2009.
Le PS n’est pas en reste (Le Monde, 2 décembre) : A Copenhague, il faut inventer la solidarité écologique du XXIe siècle, par Martine Aubry
Mais ce sont de belles paroles, dépourvues de tout esprit critique. Le réalisme est du côté de Aurélien Bernier, secrétaire national du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), auteur du livre « Le climat, otage de la finance », 2008, Mille-et-une-nuits, qui a publié cette tribune dans le n° 188 de L’Humanité Dimanche et, le 7 décembre, sur le site www.legrandsoir.info.
Copenhague : le sommet du "Capitalisme Vert"
Plus la conférence de Copenhague approche, plus il semble évident qu’il s’agira d’un échec. Rien d’étonnant à cela, puisque la communauté internationale s’est enfermée dès le protocole de Kyoto dans des mécanismes inefficaces et dangereux, et refuse obstinément d’en sortir. Mais certains mouvements contestataires portent également une part de responsabilité pour ne pas avoir posé les véritables termes des débats.
Depuis les années 1970, toutes les négociations internationales sur l’environnement obéissent à une loi fondamentale : aucune mesure adoptée ne doit entraver le commerce mondial et la concurrence. Pour cette raison, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre adoptés en 1997 par les pays développés à Kyoto sont dérisoires : 5,2% d’ici fin 2012 par rapport à l’année de référence 1990. Or, pour contenir le changement climatique dans des limites supportables, il faudrait diviser par deux les rejets mondiaux avant 2050.
Rideau de fumée
L’effondrement des économies d’Europe de l’Est permettra peut-être d’atteindre l’objectif de Kyoto. Mais ce résultat est un véritable rideau de fumée. En effet, les émissions des pays riches sur la période ont progressé de 12,8%. Surtout, les émissions mondiales, pays émergents inclus, ont bondi d’au moins 25% entre 1997 et 2006.
Logique, puisque les pays occidentaux sont en phase de désindustrialisation, la production étant déplacée dans les pays à bas coût de main d’œuvre et sans réglementation environnementale grâce aux politiques de libre-échange de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Union européenne.
Pour faire semblant d’agir, les États ont décidé à Kyoto de créer un marché des droits à polluer pour contrôler les gaz à effet de serre. Ils ont donc donné aux entreprises des quotas d’émission comme on donne des quotas de pêche, et ouvert une Bourse du carbone où ces quotas peuvent s’acheter et se vendre.
Les acteurs de la finance se sont précipités sur ce nouveau marché porteur, et y spéculent honteusement. En quelques années, les fonds d’investissement spécialisés dans le commerce des droits à polluer se sont multipliés, les marchés à terme ont gonflé, et des produits dérivés sont apparus, reproduisant presque à l’identique le scénario qui a conduit à la crise de septembre 2008 sur le marché des « subprimes ».
Le bilan de Kyoto est déplorable
Le bilan de Kyoto a beau être déplorable, les négociations en cours s’inscrivent dans l’exacte continuité. Le marché du carbone sera conforté, puisqu’on y intègrera progressivement la gestion des forêts, l’agriculture, le transport... Il est tout simplement amené à devenir d’ici trois ou quatre ans le premier marché au monde ! Les prochains objectifs chiffrés de réduction font couler beaucoup d’encre, mais tout indique qu’ils seront bien en deçà du nécessaire. De toute façon, la contrainte juridique qui découle de ce type d’accords est inexistante puisqu’il n’est prévu aucune sanction pour les États qui ne tiendraient pas leurs engagements.
Les gouvernements continueront par contre à promouvoir le « capitalisme vert », c’est-à-dire à servir sur un plateau les profits des technologies faiblement émettrices de carbone aux grandes multinationales. Areva, Suez ou Veolia mettent la main sur les énergies renouvelables. Total ou General Electric testent l’enfouissement du dioxyde de carbone dans d’anciens puits de pétrole ou d’anciens gisements de gaz, largement soutenus par les aides publiques. Grâce à la crise environnementale, le capitalisme est en train de vivre une seconde jeunesse. Et rien de tel que l’argument du climat pour faire tout accepter au public, sans le moindre débat de fond.
Ambiguïtés des mouvements écologistes et altermondialistes
Malheureusement, les mouvements écologistes et altermondialistes iront à Copenhague avec des mots d’ordre vagues. Ils réclameront des engagements de réduction des gaz à effet de serre élevés et des transferts de fonds vers les pays pauvres pour l’adaptation aux modifications du climat. De bonnes intentions, mais qui oublient l’enjeu majeur : celui du libre-échange et de son corollaire, le productivisme. Que personne ne fasse le lien entre les négociations de l’OMC, qui étendent la mondialisation néolibérale, et celles sur le climat, qui préservent les acquis du libre-échange, est tout à fait regrettable.
Pourtant, dix ans après le contre-sommet altermondialiste de Seattle, l’occasion est belle de dépasser le procès de la mondialisation pour énoncer des revendications concrètes et radicales.
- D’une part, il faut absolument fermer la Bourse du carbone, qui nous prépare le prochain krach financier et privatise de façon scandaleuse les ressources naturelles.
- D’autre part, il faut réguler le commerce international en créant des normes, des interdictions, des taxes aux frontières basées sur des critères sociaux et environnementaux.
- Enfin, pour ne pas pénaliser les populations des pays à bas coût de main d’œuvre, cette régulation doit s’accompagner de mesures exemplaires de solidarité internationale : annulation de la dette, reconnaissance et remboursement de la dette écologique par les pays du Nord, création d’un statut de réfugié climatique.
Voilà le premier pas à faire pour casser le chantage aux délocalisations pratiqué par les grandes firmes, amorcer une relocalisation et une mutation écologique de l’économie et, au final, imposer une sérieuse redistribution des richesses. Bien sûr, l’OMC et l’Union européenne condamneront ces initiatives. Il faudra donc passer outre.
Cet article est le 45ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat et énergies
Une taxe carbone pour satisfaire les écologistes
Conférence des experts (économistes, industriels, syndicalistes et responsables associatifs), réunie début juillet, puis table ronde (une quinzaine de personnes, élus, économistes, patrons et syndicats), sous la présidence prestigieuse de l’ancien premier ministre (et pas vraiment ami…) de François Mitterrand, quoi de mieux pour préparer les Français à une décision impopulaire.
Michel Rocard est mis à contribution par le président de la République, ce qui le ravit. Il se rend utile, peu importe si celui qui est à la tête de l’Etat se sert de lui. Cela lui importe peu parce que, en réalité, en matière de climat et d’énergie, Sarkozy et Borloo font la politique de Hulot et de Cohn-Bendit, ce qui convient parfaitement à Rocard.
Taxe carbone ou Contribution Climat Energie ? Le rapport parle de la CCE. Revue de presse.
Le Monde, 28 juillet : Tout ce qu'il faut savoir sur le projet de taxe carbone et Editorial du
"Monde" : Impôt vert.
Libération, 28 juillet : Taxe
carbone: ce que propose concrètement le rapport Rocard et Le rapport Rocard sur la contribution climat-énergie.
Rue89, 26 et 27 juillet : Tout ce qu'il faut savoir sur la taxe carboneet Taxe carbone : Rocard calme le jeu, Cohn-Bendit
s'enflamme.
L’humanité, 27 juillet : Un "hold up fiscal sur le mode de la vignette"et le point de vue d’Yves Dimicoli dans l’édition à paraître demain, sous le titre « Un impôt de plus sur la consommation ! ».
Les Echos, 28 juillet : Rocard présente sa taxe carbone, déjà critiquée.
Le Monde avec l’agence Reuters, 28 juillet : après réception du rapport, les ministres Borloo et Lagarde, dans un communiqué, « rappellent que la loi programme de mise en oeuvre du "Grenelle de l'Environnement" prévoit une compensation stricte de la CCE par une baisse des prélèvements obligatoires ».
Jean-Louis Borloo a cependant laissé entendre que les modalités de cette compensation n'étaient pas encore arrêtées. "Sur le principe d'une contribution climat-énergie, il y a consensus sous conditions", a-t-il dit à des journalistes.
"Ces conditions, c'est la progressivité et la visibilité et que ce soit équitable, et que donc les compensations aux ménages soient à 100%", a ajouté le ministre de l'Ecologie. "Certains pourront avoir plus ou moins que d'autres (...) et pour les entreprises, c'est la même chose."
De même, Jean-Louis Borloo a laissé entendre que le montant initial de la CCE pourrait être inférieur aux 32 euros proposés par Michel Rocard. Le produit annuel de cette contribution pourrait aussi bien être deux ou quatre milliards d'euros que huit ou neuf milliards, a-t-il ainsi dit.
Cet article est le 44ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat et énergies
Ne pas confondre besoins et désirs solvables
Depuis plusieurs mois, je n’ai pas trouvé l’opportunité d’aborder les questions énergétiques. Lacune que je rattrape ce 12 mai en évoquant le livre de Jean-Marc Jancovici, qui donne un délai de trois ans pour sauver le monde.
Je signale un article paru sur le site du quotidien Le Monde, le 21 avril, sous le titre Les antinucléaires ont-ils perdu la bataille de l'opinion ? J’avais constaté une évolution sur ce point, qui ne peut que faire plaisir aux membres du collectif Sauvons le climat, mais je me garderai bien de conclure que l’énergie nucléaire est bien acceptée en France et dans le monde.
Elle est mieux acceptée parce qu’elle apparaît comme une moins mauvaise solution, dans la mesure où il faut diminuer la consommation des énergies fossiles, en raison des gaz à effet de serre, et parce que les énergies renouvelables ne peuvent répondre à tous les besoins, même si la consommation énergétique était freinée, comme il faut le souhaiter (voir sur ce blog MRC : la 3ème voie, réaliste, pour une politique énergétique de l'UE - 5 septembre 2008).
Pour introduire la lecture du livre de Jean-Marc Jancovici, je conseille l’article paru le 11 mai sur le site Rue89, sous la signature de Sophie Verney-Caillat (extrait) :
Jean-Marc Jancovici : « On vit à crédit écologique »
Dans « C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde », Jean-Marc Jancovici nous force à voir une vérité qui dérange : notre économie vit comme si l'énergie était infinie et bon marché. Continuer à l'ignorer, c'est aller au-devant d'un chaos certain. Entretien.
Jean-Marc Jancovici est le « monsieur crise énergétique » de Nicolas Hulot, dont il avait contribué au pacte écologique. C'est à ce titre qu'il a participé au Grenelle de l'Environnement dans le groupe « changement climatique ». Cet ingénieur polytechnicien partage aussi son temps entre l'enseignement, l'écriture, et sa société de conseil en réduction d'impact climatique pour les entreprises, Carbone 4 (fondée avec son co-auteur l'économiste Alain Grandjean). Il a aussi créé les outils permettant de faire son bilan carbone personnel.
Au fil de ses conférences, sur un ton jovial et spirituel, à la limite du moqueur, il répète que ce qu'il avance est « juste destiné à sauver la planète ». Pourquoi ? C'est très logique :
« Le prix de l'énergie conditionne la transformation du monde. Et si on n'a plus d'énergie abondante à un prix faible, l'économie freine. Or le prix du pétrole a été multiplié par dix entre 2000 et 2008. On l'avait tragiquement oublié. »(…)
Cet article est le 43ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat et énergies
Un plan climat européen montrerait le bon exemple
Le groupe AFLEC* de St-Berthevin, en visite à Bruxelles les 3 et 4 décembre, afin de mieux connaître le fonctionnement des institutions européennes, était admis à pénétrer dans l’hémicycle du Parlement européen jeudi 4, entre 9h30 et 10h. Les députés débattaient en séance plénière du « paquet énergie-climat » proposé par la Commission européenne, en vue d’un accord des 27 chefs d’Etat et de gouvernement, lors du Conseil européen, les 11 et 12 décembre à Bruxelles.
Le ministre Jean-Louis Borloo était présent, la France assurant la présidence de l’Union européenne pendant ce semestre qui s’achève à la fin 2008. J’ai trouvé un site de presse qui évoque ce débat. C’est celui de La Tribune, en lien avec EurActiv.fr. Cet article, paru le 5 décembre, décrit les différences d’approche entre les groupes de pays européens (lire aussi sur le Site d'EurActiv.fr).
"Paquet énergie-climat" : le parlement européen craint de ne pas être entendu
Plusieurs députés européens sont montés au créneau, lors de la session plénière du 4 décembre à Bruxelles, pour protester contre une prise en compte insuffisante des avis de leur assemblée dans les négociations sur le paquet énergie-climat.
Au cours du débat en plénière du Parlement européen sur l’état des négociations du paquet énergie-climat, le ministre français de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, a fait face aux reproches de nombreux eurodéputés quant à la prise en compte de leur avis dans les négociations du paquet énergie-climat.
«Le travail fourni sur le fond est bien ici, au Parlement européen», a lancé le président du Parti socialiste européen (PSE), Martin Schulz. «La décision du Conseil n’est pas la plus intelligente», a-t-il poursuivi, fustigeant une réunion tardive des chefs d’Etat et de gouvernement, les 11 et 12 décembre à Bruxelles. «Nous ne signerons pas d’accord si vous mettez le Parlement européen devant un fait accompli. Toutes les négociations doivent se faire en trilogue», a confirmé la Britannique Avril Doyle (PPE-DE), rapporteur de la directive sur le système d'échange de quotas d'émissions (ETS).
«Jamais le Parlement européen n’a pu se prononcer en plénière sur le paquet», a pour sa part déploré le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels. «C’est inacceptable!», a-t-il dénoncé. Il a réclamé un accord «dans la transparence démocratique»: «une politique climatique ambitieuse ne peut pas se décider derrière des portes closes et à l’insu des citoyens».
Rapporteur de la directive sur la réduction des émissions de CO2 dans l’industrie automobile, un texte bouclé quelques jours auparavant (EurActiv.fr, 03/12/08), l’Italien Guido Sacconi (PSE) s’est félicité de l’aboutissement des négociations dans ce domaine. «J’ai pensé qu’il fallait clore ce dossier avant le Conseil européen, afin que personne ne puisse y toucher.»
«Pas de déni démocratique»
Dans le même sens, le Britannique Martin Callanan (PPE-DE), qui participe aux trilogues entre Conseil, Parlement et Commission, s’est plaint d’avoir reçu des documents de 60 pages venant de la Présidence seulement une heure avant de commencer les négociations. «Ce n’est pas une bonne façon de procéder, a-t-il dit au ministre français. Il est important que toute cette législation, très technique, soit étudiée de près.»
«Il n’y a pas de déni démocratique», a répondu Jean-Louis Borloo, qui a invoqué une nécessaire accélération du calendrier pour parvenir aux objectifs fixés par les échéances de Poznan et de Copenhague (2009), et donc la nécessité d'un accord en première lecture. Il s’exprimait dans l’enceinte du PE avant de rejoindre ses homologues pour un conseil des ministres européens de l’Environnement.
Les parlementaires européens devaient à l'origine voter sur le texte à la session plénière de fin décembre. Sous la pression de la délégation allemande, soudée pour limiter l'impact de la législation sur le climat sur son industrie, le vote avait été avancé au 4 décembre. Le Parlement européen ayant des positions plus "vertes" que le Conseil, un vote des députés avant le Conseil européen des 11 et 12 décembre rendait un accord en première lecture difficile. La Présidence française a donc réussi à faire à nouveau modifier la date de la décision du PE. Le vote aura finalement lieu le 17 décembre (EurActiv.fr, 25/11/2008).
«Trois blocs de pays»
Quoiqu’il en soit, certains députés participent, depuis plusieurs semaines, aux trilogues entre Commission européenne, Parlement européen et Conseil, afin de trouver un accord sur le texte. La veille du débat, la dernière réunion de ce type s’était terminée à 2h du matin. Trois réunions devraient encore se tenir d’ici le Conseil européen des 11 et 12 décembre. Enfin, des représentants du Conseil, de la Commission et du Parlement se réuniront une dernière fois en trilogue avant la plénière.
Devant le Parlement, Jean-Louis Borloo a reconnu que la directive sur le système communautaire d’échange de quotas de CO2, dite «ETS», constituait le point le plus difficile des négociations. «Il y a trois grands blocs de pays, a-t-il expliqué :
- «Les Pays baltes, qui se sont attelés à démonter les centrales nucléaires», et qui sont sur une «île énergétique». «Eux mettent en avant des problèmes techniques matériels et spécifiques», a poursuivi le ministre.
- «Ensuite, il y a les pays les moins performants sur le plan énergétique, et qui dépendent d’une énergie très carbonée.» Parmi eux : la Pologne, qui dépend du charbon à 94%. «Il faut trouver des systèmes de progressivité qui ne modifient ni les objectifs globaux ni le calendrier», a estimé M. Borloo.
- Enfin, le troisième bloc est formé par «des pays attentifs au coût du système», parmi lesquels la France. «Ils sont très attentifs au coût de la nécessaire solidarité entre nous et au choix de la pré-affectation des crédits» dégagés dans le cadre de la directive ETS.
Face à cela, Jean-Louis Borloo a préconisé deux solutions, qui pourraient être adoptées ensemble ou séparément : la progressivité des enchères, et un mécanisme d’inclusion carbone (ou taxe carbone) pour limiter les délocalisations des industries européennes à cause des quotas payants.
«Il ne faut pas que le prix de l’énergie augmente», a-t-il affirmé. Egalement interrogé par plusieurs députés sur le financement des technologies de captage et de stockage de CO2, il a assuré que ce financement serait inclus dans les accords «sous une forme ou une autre, maintenant ou un peu plus tard» (EurActiv.fr, 4/11/2008).
Quelques heures plus tard, en marge du Conseil Environnement, le ministre français a par ailleurs estimé que les Etats membres
étaient d’accord sur 90% des points à négocier, et que les 10% restants seraient résolus lors du Conseil européen. «Tout le monde est dans l’idée que c’est par la compétitivité qu’on sauvera le
climat», a-t-il ajouté.
Sur ce même sujet, voici quelques articles apportant d’autres informations, complémentaires :
- Dernière ligne droite pour le plan climat européen (Le Monde, 5
décembre) ;
- "La crise ne rend pas moins pertinente la lutte contre le changement climatique" (Le Monde, 1er décembre) ;
- Sarkozy négocie avec les pays de l'Est sur le climat (Nouvel Observateur, 6 décembre).
Ajoutons cet article paru le 5 décembre sur le site du Monde, qui conteste la mise à l’écart du méthane dans les efforts à réaliser pour lutter contre les gaz à effet de serre (lire Climat : alerte au méthane, par Benjamin Dessus).
* Ce déplacement était organisé par l’AFLEC Association Familiale Loisirs Et Culture Saint-Berthevin ... en relation avec Georges Garot, président de la Maison de l’Europe en Mayenne, ancien député au Parlement européen (1997-2004). Nous avons participé à des rencontres de grand intérêt avec des députés au Parlement européen et des fonctionnaires de la Commission européenne.
Cet article est le 42ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat et énergies
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