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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 22:46

De meilleures conditions de réussite dans le privé 

 

Depuis quelques mois, l’équipe de « ReSPUBLICA « a donné naissance par scissiparité à « Riposte laïque », qui publie un journal en ligne sur des thèmes spécifiquement laïques (Riposte Laïque). La rédaction est animée par Pierre Cassen. L’une des rédactrices est Christine Tasin, que l’on retrouve par ailleurs sur son blog http://christinetasin.over-blog.fr.

 

Enseignante dans un collège de Saintes (Charente-Maritime), passionnée par son métier, participant à toutes les innovations pédagogiques depuis plus de 25 ans, Christine ne partage pas les points de vue optimistes développés dans la presse sur le système scolaire français (voir dans Ouest-France, 13 septembre 2007, l’entretien de Bernard Le Solleu avec Eric Maurin, auteur de « La nouvelle question scolaire. Les bénéfices de la démocratisation »).

Elle a découpé son texte en trois parties, réparties entre les numéros 12, 13 et 14 de « Riposte laïque ».

Voici la première partie, qui porte sur le thème de la laïcité et de la façon dont elle est appliquée dans les écoles, publiques et privées.

« Ecole française : deux poids, deux mesures »

D’un côté des professeurs payés par l’Etat, des locaux et des dépenses de fonctionnement pris en charge par les collectivités locales, des élèves qui dépendent d’un établissement et y ont droit, motivés ou pas, travailleurs ou pas ; des effectifs surchargés ; l’interdiction/impossibilité de faire des classes à profil ; l’obligation de faire des économies de chauffage pour pouvoir faire des photocopies ou financer une sortie scolaire ; des heures de soutien ou d’étude surveillée vécus comme des contraintes insupportables par de nombreux collégiens, qui cherchent à les éviter quand ils ne les sabordent pas en chahutant ; la difficulté, voire l’impossibilité de gérer les éléments violents, indisciplinés et/ou en refus d’école.

C’est l’école publique. On y trouve, de fait, de moins en moins de mixité sociale ; politique de la ville, ghettos sociaux, techniques dérogatoires et existence du privé obligent.

- De l’autre, des professeurs payés par l’Etat, des locaux et des dépenses de fonctionnement pris en charge par les collectivités locales, des élèves triés sur le volet, un peu plus motivés que la moyenne, puisque leurs parents font la démarche de chercher une école et sont prêts à payer une certaine somme, fût-elle modique, pour cela ; des classes souvent peu chargées, les moyens financiers et la liberté pédagogique pour créer des classes à profil, à projets, de remédiation ; des élèves qui acceptent ou demandent les heures de soutien, d’étude surveillée ; des élèves motivés pour réussir, donc pour travailler ; le droit de se débarrasser des élèves indisciplinés ou de ceux qui refusent de travailler …

C’est l’enseignement privé, catholique, juif ou laïque en France. Même si l’on peut nuancer les propos ci-dessus en disant que le privé accueille/recueille certains élèves en perdition dans le public, il n’empêche que, globalement, les conditions de réussite des élèves sont meilleures que dans le public, avec la bénédiction des pouvoirs publics et l’argent des contribuables. Elle est belle, l’égalité républicaine !

On peut donc comprendre, dans ces conditions, les efforts de la communauté musulmane pour obtenir un contrat d’association avec l’Etat afin de bénéficier des avantages de l’enseignement privé. Certes, la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux à l’école n’a pas amené la multiplication annoncée des écoles musulmanes : quatre actuellement sur le territoire français, qui obtiendront sans doute, un jour ou l’autre, leur contrat d’association, à la Réunion, Lille, Décines et Aubervilliers (plus deux autres en pourparlers à Vitry sur Seine et à Marseille). Certes, la prière et l’enseignement religieux y sont en théorie facultatifs ; certes on affirme y respecter les programmes officiels (même Voltaire ?) … Hélas, ces écoles bafouent allègrement l’égalité républicaine : élèves, surveillants et professeurs du sexe féminin affublées d’un foulard dans le meilleur des cas, d’un tchador noir enveloppant trop souvent ; cantine séparée, cours de sport non mixtes …

Est-ce un hasard si c’est l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), proche des Frères Musulmans, qui militent contre l’interdiction du voile à l’école publique, qui se bat pour la création d’établissements privés musulmans ? Il y a même une sorte de chantage, "si vous acceptez voile, viande halal et non mixité à l’école publique, nous ne créerons pas d’établissement musulman"… D’autres musulmans, au contraire, craignent que ces établissements ne créent "un ghetto dans le ghetto", sans parler du poids financier que représente la création d’une école de ce type, avant qu’elle ne soit sous contrat …

Effectivement, l’on peut craindre que ces écoles ne soient un premier (deuxième, après la maison ?) lieu d’enfermement des filles, obligées de se conformer à un code vestimentaire et à des pratiques sociales discriminants. Qu’ils puissent exister est déjà une aberration, que l’on puisse envisager, sereinement, de les financer avec l’argent du contribuable est une hérésie. Comme est une hérésie le financement des autres écoles confessionnelles. Il est scandaleux que chacun paye pour ce qui est un choix individuel. Il est scandaleux que l’on permette - et favorise - le repli communautariste dès l’école. Il est, tout bonnement, scandaleux que l’on applaudisse des deux mains l’individualisme forcené qui aboutit à l’éclatement de la société.

Ils sont en train de nous fabriquer des enfants qui ne connaîtront que la loi non écrite, celle du groupe, celle de la famille, celle de la religion ; aux dépens, forcément, de la loi républicaine, choisie et votée par le plus grand nombre, pour le plus grand nombre.

Il y a donc urgence en la demeure, l’école publique ne doit plus être ce lieu où l’on apprend à vivre ensemble et rien d’autre (et ce n’est même pas toujours le cas, il semble qu’un enfant juif sur trois intègre le privé pour fuir les lazzis et les violences dont d’autres élèves l’abreuveraient dans le public).

 Elle doit redevenir le lieu où l’on apprend, tout simplement. Elle doit aussi redevenir ce lieu où chacun s’épanouit, apprend à devenir un citoyen et est protégé. Protégé des coutumes tribales, religieuses ou familiales, protégé des haines d’adultes, protégé des ignorances et de l’obscurantisme. C’est, pour lui, la seule façon d’être libre, libre de découvrir, libre de choisir, à l’âge adulte, sa religion, ses valeurs, sa vie. De cette façon, on n’aurait plus besoin de fuir dans l’enseignement privé et le financement public des écoles privées, aux dépens de l’école républicaine, ne serait plus justifié.

En effet, derrière la volonté affichée – et louable- de certains établissements de proposer aux élèves à la dérive dans certaines communes des "établissements de la réussite", on retrouve l’idée que l’école publique n’est pas (plus, hélas !) capable d’imposer travail, discipline et réussite ni de favoriser l’émergence des élites comme le souhaitait Jules Ferry. C’est grave. Les causes en sont multiples, c’est ce que nous tenterons d’analyser dans la seconde partie de cet article.

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