Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Courriel

 

 

 

 

Articles RÉCents

19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 23:51

Des régimes spéciaux au pouvoir d’achat

 

Il a participé à une réunion de la campagne présidentielle en soutien à Jean-Pierre Chevènement en 2002 en Mayenne (c’était à Château-Gontier). C’est un journaliste qui fait bénéficier ses lecteurs de ses analyses perspicaces sur le site de Marianne www.marianne2.fr. Il s’agit de Philippe Cohen. Voici ce qu’il écrivait ce 19 novembre à propos des grèves.

« Face à un mouvement social lui-même divisé entre modérés et radicaux, le régime appuie sur le frein et l'accélérateur. Ce qui finit par exaspérer tout le monde ».

«Face aux grèves Pourquoi il a eu raison de tenir», titre le Figaro-Magazine. Ah bon ? Qui tient et quoi ? C'est plutôt ce qu'on a envie de dire en observant le curieux ballet auxquels se livrent, depuis mardi dernier, Nicolas Sarkozy, ses fidèles compagnons d'arme François Fillon et Xavier Bertrand et les dirigeants syndicaux.


Qui tient ? Depuis le début du mouvement, le pouvoir donne le tournis tant son comportement ressemble à celui du derviche tourneur. D'un côté, Sarkozy ménage le chou. On lui fait dire – le conseiller spécial Henri Guaino notamment – qu'il n'entend pas stigmatiser les cheminots. «On n'est pas un privilégié quand on gagne 1700 euros !», murmure parfois le Président à son Palais, qui, par ailleurs, juge – à juste titre – que le pouvoir d'achat est le problème numéro un des Français.

 

L'Elysée enjoint même les patrons des entreprises concernées par les régimes spéciaux à dire ce qu'ils sont prêts à lâcher pour «accompagner» la réforme. Difficile, il est vrai, de dénoncer les privilèges des bénéficiaires de régimes spéciaux quand on passe ses vacances sur un yacht et qu'on juge impossible de survivre avec un salaire inférieur à 30 000 euros…

D'un côté donc, le Président montre qu'il n'a pas basculé du côté de la pensée unique, et qu'il ne juge pas les grévistes comme ses prédécesseurs Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin.

Rêves de 30 mai 68


Oui, mais en même temps qu'il ménage le chou, le Président caresse la chèvre... Et on entend derrière lui une drôle de petite musique. Ce sont les militants de l'UMP qui rêvent d'une manif remontant les Champs-Elysées comme en 68 contre les «gréviculteurs». C'est un Premier ministre qui, lui, proclame depuis le début sa volonté de rester ferme :

 

«Nos électeurs, a confié au Monde l'un de ses conseillers, trouvent qu'on est en train d'accorder beaucoup d'avantages dans les entreprises concernées et que, sur le terrain, ils sont toujours pris en otage.»

C'est un ministre du Travail qui rappelle, samedi 17 novembre, qu'il n'est pas question de négocier tant que la grève se poursuit, contredisant ainsi le conseiller social Raymond Soubie qui disait juste le contraire, à savoir qu'il n'y avait aucun préalable à la négociation.

Ce sont des conseillers – autres que Soubie – qui, rassérénés par des sondages supposément favorables, expliquent qu'ils comptent sur «la population pour faire pression sur les grévistes»

Qui tient et quoi ? Certaines belles âmes, toujours indulgentes pour le régime, s'efforcent de décrypter la logique sarkozyste face aux mouvements catégoriels.

 

Le régime lâcherait face aux marins pêcheurs aux conditions de vie misérables, et aux étudiants, dont l'avenir apparaît peu glorieux, tandis qu'il resterait ferme face aux champions de la privilégiature que seraient les salariés des entreprises publiques. Bernique ! Sarkozy a été fort satisfait d'engranger le soutien de Nicolas Baverez et de Jacques Marseille.

Mais il n'a pas l'intention de penser comme eux sur ce point. Il ne souhaite pas, lui, la guerre civile comme l'éditorialiste historien du Point ! Donc, dans les fait, les négociateurs du pouvoir ont été invités à faire savoir aux syndicalistes qu'ils étaient prêts à acheter fort cher la reprise du travail.

Au point que dans le week-end, on pouvait lire que le régime était prêt à rendre totalement insensible la réforme pour les agents concernés, de substantielles augmentations de salaires venant compenser le manque à gagner sur la fiche de pension de retraite !

Mieux, dimanche soir, Xavier Bertrand annonçait que le gouvernement maintenait sa participation à la réunion de négociation de mercredi 21 novembre, alors que les syndicats maintenaient leur appel à la grève !

Le problème est que ce pas de deux se révèle fort inefficace dans la bataille du rail et du métro. Chaque recul donne des arguments supplémentaires aux plus radicaux et à ceux, nombreux, qui veulent en découdre avec un régime déjà honni en milieu syndical.

A l'inverse, chaque démonstration de fermeté rend difficile l'action des modérés qui, tels Bernard Thibaud ou Jacques Chérèque, tentent de faire reprendre le travail.

Bref, le bilan d'étape de la grève est qu'on ne peut pas à la fois appuyer sur le frein et l'accélérateur. Sans compter que l'exaspération des usagers transportés peut, à tout moment, aboutir à un drame, surtout dans les jours qui viennent.

Il faut savoir déplacer une grève


En écoutant dimanche 18 novembre les aimables invités de
Philippe Meyer à son émission l'Esprit public sur France Culture - Max Gallo, Jean-Louis Bourlanges, Yves Michaux - pérorer contre des grévistes supposés nantis avec une retraite inférieure à 2000 euros et amputée de 200 euros, on n'était pas seulement effaré par leur ignorance de la réalité sociale.

 

Manifestement, les éditorialistes qui redoublent de violences verbales contre les grévistes n'ont pas compris la logique du régime. Ils n'ont pas compris non plus que, sur le terrain, on est en train de passer d'une revendication à une autre : puisque la défense des 40 annuités est illégitime quand la lutte contre le pouvoir d'achat est reconnue légitime, les grévistes sont en train de faire leur deuil des régimes spéciaux en concentrant leur tir sur l'obtention de gains salariaux.

 

Si bien qu'à ce rythme, cheminots et ratpistes vont faire mentir le Président qui, selon Le Monde, aurait déclaré en catimini que la revendication des régimes spéciaux allait polluer la grève pour le pouvoir d'achat, organisée par les fonctionnaires mardi 20 novembre. Et si c'était le contraire qui se passait ?

Et si, en rejoignant la grève des fonctionnaires, le mouvement social initié le 18 octobre changeait de revendication et de nature ?

 

Le parfois regretté Maurice Thorez avait dit qu'il fallait savoir terminer une grève. Les syndicalistes d'aujourd'hui sont peut-être en train de comprendre qu'il suffit de la déplacer en remplaçant la revendication sur les régimes spéciaux par celles sur les salaires.

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
Article remarquable. Merci de nous le faire découvrir, Michel.
Répondre