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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 16:40

Socialistes, progressistes et républicains, au boulot !

 

Gaël Brustier* et Jean-Philippe Huelin* ont signé un texte qui est paru dans L’Humanité le 1er décembre dernier, sous le titre « Une Gauche à la Pyrrhus ? ».

 

Ils font une analyse pertinente de la situation du PS qui, tout en étant bien placé pour gagner les prochaines élections municipales, est en train de passer à côté de l’essentiel : le nouveau rapport à adopter face à la mondialisation, les choix politiques à faire en matière de protectionnisme européen, de rééquilibrage entre le travail et le capital, de revalorisation des services publics, notamment de l’éducation.

Bref, le PS et la gauche ne font pas leur devoir, qui est de proposer une politique qui tourne le dos au néolibéralisme. 

 

Voici leur texte.

 

La Gauche peut gagner les municipales mais elle peut être vaincue par ses propres conquêtes, comme en 2004. Six mois après sa défaite à la présidentielle et trois mois avant les élections municipales, le Parti Socialiste ne semble faire preuve d’aucune lucidité quant aux causes de son échec.

 

- Incapable de sortir des petits conflits de personnes, il est en train de rater son renouvellement idéologique.

- Incapable de répondre à la question essentielle de la mondialisation, il s’abaisse à laisser deux des siens – Pascal Lamy et DSK – diriger l’OMC et le FMI, dont le rôle est précisément de renforcer le processus de dérégulation planétaire.

- Incapable en France de faire une critique efficace de la politique sarkozyenne, il se contente d’en critiquer le « style » ou la « méthode ».

- Incapable de rassembler la Gauche, il s’acharne, en guise de stratégie électorale, à éradiquer ses derniers partenaires (PCF, MRC et Divers Gauche) et laisse son allié radical de gauche flirter avec les radicaux de droite de Jean-Louis Borloo.

 

Pourtant le PS « gagnera » les municipales. Sans grand suspens gagnera-t-il à Paris et Lyon, sans doute conservera-t-il d’importantes villes comme Tours ou Lille et peut-être même conquerra-t-il des villes comme Strasbourg ou Bordeaux.

 

Mais, loin de ce cosmétique « socialisme municipal », ce sont des évolutions structurelles préoccupantes qui frappent la composition sociologique de l’électorat socialiste. Il nous faut regarder de près l’incompréhension que le PS manifeste à l’égard de la nouvelle sociologie électorale française qui le condamne, en fait et malgré les apparences, à une très longue cure d’opposition…

La France est, comme l’ont brillamment souligné les géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé dans leur Atlas des nouvelles fractures sociales, victime d’une forme de ségrégation spatiale et sociale d’ampleur.

- Les villes-centres concentrent les foyers disposant d’un très important capital économique, social et culturel.

- Les périphéries urbaines et les zones rurales accueillent, pour leur part, un nombre croissant d’ouvriers et d’employés. Pour mémoire, peut-on rappeler qu’il y a en France environ 60% d’ouvriers et d’employés, curieusement absents du discours des élites du PS…

 

Physiquement, on constate bien que la séparation entre les classes sociales est en train de former une sorte d’apartheid social et politique. Béatement, certains socialistes se sont mis à admirer les scores réalisés par leur parti dans les arrondissements du centre de Paris ou dans certains quartiers en voie de gentrification ; la proximité avec les grandes rédactions parisiennes explique peut-être cela. Seulement, les socialistes ont oublié que dans le même temps, ils sont en perdition dans de larges secteurs de notre pays.

 

Dans le nouveau contexte sociologique français, le rapport à la mondialisation est déterminant. 51% des Français qui sont pour « imposer les entreprises qui délocalisent » et 49% de ceux qui voyaient la mondialisation comme un « danger » ont voté… Nicolas Sarkozy !

 

Si Ségolène Royal a fait mieux que Jospin (95 et 2002) chez les ouvriers (25% le 22 avril), le PS reste à la traîne par rapport à la Droite qui rassemble plus de 60% d’entre eux.

Chez les employés, le PS accuse un retard de huit points par rapport à l’UMP. Par ailleurs 61% des sans-diplômes ont fait le choix de l’UMP et, dans un autre ordre d’idées, 54% des salariés du privé ont choisi Sarkozy le 6 mai...

 

On peut multiplier les exemples de la crise sociologique qui frappe l’électorat de Gauche et du faux virage à droite de la société française.

En effet, les ouvriers et les employés ne sont pas devenus de droite. Avec un taux global record de refus de l’économie de marché (50%), on ne peut pas dire que nos concitoyens cèdent au néolibéralisme !

Ce n’est pas être de droite que de s’inquiéter de la mondialisation, du libre-échange ou de l’avenir démocratique de l’Europe comme ce fut le cas le 29 mai 2005.

 

Le PS mise actuellement sur une alliance des villes-centres et de ses proches banlieues, alliance sociologique durablement minoritaire (le 29 mai 2005 comme le 6 mai 2007), alors qu’il lui faut penser l’alliance des banlieues et des zones péri-urbaines, c’est à dire reconquérir les classes populaires et constituer ce qui fait le succès d’une authentique stratégie socialiste : un front de classes !

 

Ouvriers, employés des banlieues et des zones périurbaines ou rurales mais aussi artisans ou professions intermédiaires doivent faire l’objet d’une attention et d’un dialogue renouvelés.

Eux qui ont soutenu le discours volontariste de Sarkozy ne seront convaincus par le PS que s’il adopte un projet républicain et socialiste tournant le dos aux serpents de mer néolibéraux.

 

Pour ce faire, la Gauche doit définir un nouveau rapport à la mondialisation, se déterminer sur le protectionnisme européen, sur le déséquilibre capital-travail, sur les services publics, sur l’Ecole...

Alors que toute une petite camarilla (Valls, Gorce etc.) claironne que le PS doit succomber aux délices d’une social-démocratie battue dans le monde entier, les préférences des classes populaires sont à l’opposé de celles des hiérarques solférinesques…

Socialistes, progressistes, républicains, nous devons désormais procéder au renouvellement idéologique et programmatique de notre camp pour établir, le plus tôt possible, l’hégémonie culturelle nécessaire aux victoires électorales à venir.

A défaut, le risque pour le PS c’est, pour prendre une allégorie astrophysique, de se rétracter sur les centres-villes et de devenir une « naine blanche ». Refusant de s’adresser aux marges, c’est lui qui, finalement, sera électoralement marginalisé.

 

* Gaël BRUSTIER, 29 ans, étudiant, est chercheur en science politique.

* Jean-Philippe HUELIN, 28 ans, est professeur d’histoire et géographie.

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