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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 22:31

Se battre pour la souveraineté alimentaire

 

L’objectif, lié au thème du colloque, était ambitieux : les défis de l’agriculture au 21ème siècle. Ce colloque, qui a eu lieu le 27 novembre 2007 à l’Agrocampus de Rennes, a été magistralement introduit par un exposé de Bruno Parmentier (voir, sur ce blog, l’article paru le 17 décembre dernier).

 

Puis la matinée a continué avec d’autres intervenants (table ronde) et un débat auquel ont participé une dizaine de personnes, parmi les 300 présentes, avant l’exercice difficile de synthèse et de conclusion, dont s’est chargé Henri Baron avec beaucoup de talent.

 

J’ai retenu aujourd’hui quelques interventions, celles de Manadi Koumaré, un Malien membre d’une ONG qui met en valeur le travail des paysans africains, celles de Bruno Parmentier, en réponse à des questions et, bien sûr, celle de Henri Baron.

 

Pour Manadi Koumaré, l’alimentation est une question de droit

 

Manadi Koumaré (Mali) participe en Afrique à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion avec son ONG, en mettant en valeur le savoir faire paysan.

 

Il pense que le politique doit intervenir pour relever le défi de l’agriculture du 21ème siècle et prendre les moyens qui permettront à l’agriculture nourricière, familiale, de progresser en productivité grâce aux technologies, et de vendre ses produits sur un marché organisé au niveau régional.

 

Pour lui, l’alimentation est une question de droit, du ressort des organisations internationales. Les Etats ont signé des textes qui les engagent : respecter et promouvoir le droit à l’alimentation.

Il constate que le paysan est obligé d’importer tous les intrants et de vendre ses produits sur un marché livré à la concurrence internationale. La Banque mondiale impose la fermeture de certaines écoles. Ce n’est pas le cas dans les pays riches. Mais on n’est pas là pour se lamenter sur notre sort.

 

Il est possible en Afrique, au Mali, de changer. Il faut la stabilité économique. On ne peut l’obtenir en fermant les frontières. Il faut se battre pour la souveraineté alimentaire et pour la sécurité alimentaire.

Le Mali (12 millions d’habitants) fait partie des pays les moins avancés (PMA), à la 173ème place sur 177 pays classés. L’Office du Niger fait de la riziculture aménagée et importe du riz. Pourquoi ?

 

Dans cette zone de production, les paysans ne sont pas propriétaires des terres et il y a de la spéculation par les firmes. Comment, dans ces conditions, aller vers la souveraineté alimentaire ? Il aimerait en débattre avec la salle.

 

Bruno Parmentier évoque le cas de la Chine et rappelle la loi de l’économie

 

- Bruno Parmentier revient sur la situation particulière de la Chine (1,3 milliard d’habitants) qui a adopté une politique antinataliste et d’investissements agricoles à base de technologies (pas des tracteurs) et qui construit des barrages à la main. La population vieillit (peu de jeunes) et se nourrit mieux, grâce à l’investissement massif pour manger. Sur d’autres continents, certains pays ne font ni l’un ni l’autre (pas d’investissement nutritionnel et pas de réduction des naissances). Il est évident que ces pays vont se planter.

 

- Le conférencier résume la loi de l’économie : la décision se prend à partir de ce qui manque le plus. C’était l’homme ou la terre au 20ème siècle (l’homme au nord, la terre au sud). Au 21ème siècle, ce seront l’eau et l’énergie qui manqueront le plus. La productivité sera calculée par litre d’eau et par tonne d’équivalent pétrole utilisés.

 

Enfin, Bruno Parmentier rappelle que l’agriculture est l’affaire du monde (manger, boire, la santé, une planète habitable). Il ne faut pas la laisser tomber. Elle doit avoir la possibilité de s’organiser, en fermant les frontières, pour se développer. Le Plan Marshall des USA pour l’Europe concernait les tracteurs. Maintenant, ce sont les paysans qu’il faut aider.

 

Manadi Koumaré rebondit sur le rôle de la Chine en Afrique

 

Manadi Koumaré a entendu parler de la Chine, mais pas de l’Afrique. Tout en refusant la logique victimaire, il se demande si les dirigeants africains ont vraiment les mains libres. Ils ne veulent pas du modèle chinois. S’ils font appel à la Chine, c’est par carence et, peut-être, peur de l’Europe, mais pas question d’une colonisation chinoise !

 

La politique, c’est la gestion des affaires de la cité. Dans les décisions de chaque pays, on doit souhaiter que les paysans soient des acteurs au centre des débats. Avec l’Europe, nous avons des propositions de partenariats inéquitables.

 

Henri Baron, avec humour et maîtrise, résume les interventions de la matinée

 

Henri Baron (agriculteur retraité, ancien responsable professionnel de Loire-Atlantique) est chargé de conclure la matinée.

Il a constaté que l’intervention de Bruno Parmentier avait marqué cette matinée par le style professoral d’une part, mais aussi par le contenu qui n’a pas manqué d’interpeller chaque auditeur.

 

Le point fort, c’est que, dorénavant, il faudra produire plus avec moins. Depuis 50 ans, on a fait avec plus. L’orateur a bien décrit la gifle du Brésil, la réalité de l’Afrique, les cours en dents de scie, ce qui complique les projets des jeunes.

 

Il faudra multiplier la production par deux d’ici 2050, globalement au niveau mondial (ce n’est pas un message pour chacun), ce qui est ambitieux. Il faut savoir anticiper. Les agrocarburants (ou phytocarburants) sont-ils une bonne anticipation ? Il faudra choisir, entre l’alimentation et le réservoir.

Le problème de la maîtrise du vivant implique une capacité d’inventivité, une recherche publique et démocratique.

 

Lors de la table ronde, il a été dit : le politique doit décider de nourrir le monde. Jusqu’à présent, le message était qu’il faut faire des profits. Les agriculteurs doivent nourrir les hommes. C’est un défi. Derrière, il y a la notion d’agriculture responsable, plurielle, solidaire, équitable.

 

Colette Balland a souligné que sa Région Poitou-Charentes se préoccupe, au quotidien, d’une politique agricole pour nourrir le monde, qui soit adaptée aux conditions régionales.

 

Manadi Koumaré, le Malien, a rappelé que la guerre alimentaire est déclenchée depuis longtemps par les USA, à travers la prise des marchés. Il a bien précisé qu’il n’était pas ici pour se lamenter, mais on a le droit de s’interroger.

 

Daniel Rey, le Chilien, a évoqué l’importance de l’eau, dont son pays dispose en quantité. L’eau, c’est la vie (l’image de la plante qui transpire). Tout ce qui l’agresse dans sa qualité et qui la gaspille est un crime contre l’humanité. Les OGM ? Pas tout pour, pas tout contre…

 

En conclusion, ce fut une matinée riche. Continuez le débat autour de vous. Ce sont les citoyens qui font avancer les problèmes de la société. Il faut sensibiliser tous ceux qui ont des responsabilités.

 

Louis Malassis* l’a dit : « Ce sont les militants qui changent le monde ». Ce colloque est une semence (non OGM…) et les jeunes sont le terroir.

 

* Louis Malassis est décédé le 10 décembre, peu de temps après ce colloque (lire, le concernant, les articles parus les 16 et 18 décembre 2007 sur ce blog – catégorie « Agriculture et PAC »).

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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