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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 14:55

La réponse à cette crise est nationale et européenne

 

Le congrès du MRC aura lieu au Kremlin-Bicêtre les 21 et 22 juin 2008.

Les adhérents du Mouvement, après le Conseil national du 6 avril, semblent avoir approuvé l’orientation proposée par Jean-Pierre Chevènement, si l’on se fie aux échos remontant des départements, et au vote unanime du texte d’orientation, amendé, par les membres du Conseil national (voir, sur ce blog, l’article paru le 4 mai Chevènement convainc les cadres du MRC de passer à l'offensive).

 

Cette motion d’orientation est à lire sur le site du MRC www.mrc-france.org. C’est un texte synthétique d’une dizaine de pages. Je propose, sous le titre « Motion du MRC », d’en reprendre les différents points, en les illustrant de commentaires et d’apports extérieurs.

 

La motion est le texte présenté aux adhérents, charge à eux d’y réfléchir et d’en débattre dans les comités locaux, de voter des projets d’amendements et le texte dans son ensemble. L’annexe (le projet républicain, adopté lors du congrès 2006) fait partie du texte soumis au débat et au vote des adhérents du MRC.

UN CONTENU ET UN CHEMIN POUR LA CREATION D’UN GRAND PARTI DE TOUTE LA GAUCHE.

I - Un tsunami barre l’horizon

II - Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.

III - Vers la refondation républicaine de la gauche

La première partie (I) commence par la description de la crise :

1) De sombres craquements se font entendre de toutes parts : entrée en récession de l’économie américaine, euro à plus de 1,50 dollar, pétrole dépassant les cent dollars le baril, faillite et renflouement par des fonds souverains étrangers ou directement par la puissance publique, d’institutions financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill Lynch et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C’est tout le système financier mondial miné par un endettement aussi gigantesque qu’inconsidéré qui découvre sa fragilité.

C’est ce paragraphe que je propose d’illustrer par deux articles de presse, l’un du Monde, l’autre du site Internet de Marianne.

 

Le 28 avril 2008, sur www.lemonde.fr (Le Monde de l’Economie), Marie-Béatrice Baudet introduisait une réflexion sous le titre

 

« Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial »

 

« A quelle place l'Histoire situera-t-elle la crise globale - dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques - que subit la planète depuis mi-2007 et qui s'est accélérée en ce premier semestre de l'année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l'échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d'éviter l'épuisement des ressources de la planète d'ici à la fin du XXIe siècle ?

(…) la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d'exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d'ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n'avoir jamais vu "une telle volatilité des marchés de change et de matières premières". "La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril - ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 !" Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s'il y a eu l'éclatement de la bulle Internet en 2000, "nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle". Selon lui, il ne s'agit pas du schéma classique d'une crise américaine (ou d'une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. "Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c'est la crise d'un pays surendetté ; en Europe, c'est une crise d'une région dont les Etats membres n'ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance."

Qui plus est, insiste M. Betbèze, "le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n'arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité."

Pierre Bezbakh, maître de conférences à l'université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l'histoire des crises, confirme ce jeu d'interdépendance plus compliqué que jamais : "Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l'Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d'acteurs dont les intérêts sont loin d'être convergents." A l'instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s'autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe "une rupture totale de société. Le capitalisme n'est plus en voie de développement, mais en voie d'achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d'autres pays le coût de la crise, comme ils l'avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d'autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement". Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.


Le 27 avril, sur www.marianne2.fr Hervé Nathan recueillait les propos d’un économiste, membre du conseil scientifique d’ATTAC, Isaac Johsua, signataire de la pétition européenne intitulée : «Spéculation et crises: ça suffit !», auteur d'une analyse remarquée de la crise de 1929 (1).

 

 «Le neo-libéralisme exhume le spectre de 1929»


Marianne: La crise des subprimes est désormais déclarée «plus grande crise financière depuis 1945». Cela veut donc dire depuis celle de 1929. La comparaison est-elle éclairante ?
Isaac Johsua : En tous cas, elle vaut d'être tentée. Car il y a bien des points communs entre ce que nous vivons aujourd'hui et ce qui s'est passé aux Etats-Unis et en Europe à partir de 1929. Par exemple, les deux crises ont pour origine une bulle spéculative. Elle était boursière en 1929, elle est immobilière en 2007-2008. Autre point commun : le surendettement des ménages américains, qui renforce la spirale dépressive de la crise. De même l'effondrement de la livre sterling en 1931 avait aggravé la situation, comme la chute du dollar en ce moment. Bien sûr ce n'est pas une répétition, puisque entre temps, nous nous sommes dotés d'instruments stabilisateurs de l'activité, que ce soient des allocations (avant guerre, il faut se souvenir que les chômeurs dépendaient de la simple charité privée !), ou des budgets nationaux. L'histoire ne repasse pas les plats, du moins pas aussi simplement.

Mais il y a aussi l'ampleur…
I. J. : Certes, et c'est pour cela que l'hypothèse d'une crise majeure est à redouter. Depuis 1929, le capitalisme s'est transformé, et la mondialisation a étendu l'hégémonie du salariat à l'ensemble de la planète. On peut dire qu'aujourd'hui, il a éliminé toute la petite production, majoritairement agricole, qui représentait, jusqu'à la seconde Guerre mondiale, voire au-delà, une sorte d'amortisseur des crises. Avec la mondialisation, l'espace disponible pour les perturbations s'est dilaté à l'ensemble de la planète, l'interconnexion des marchés est complète et diffuse toujours plus rapidement les mouvements de flux et de reflux. Les crises se succèdent de plus en plus rapidement et s'élargissent : la crise mexicaine en 1995, celle du sud-est en 1997, de la nouvelle économie en 2001 centrée sur les Etats-Unis et enfin celle d'aujourd'hui qui concerne le monde entier. C'est un démenti aux thèses néolibérales.

En quoi ?
I. J. : En ce que le néolibéralisme à l'oeuvre depuis les années 1990 a détruit le compromis fordiste, mis en place justement pour sortir de la crise de 1929. Le fordisme, est un modèle pragmatique, auquel Keynes a donné une assise théorique. Il consistait à mettre en place un nouveau rapport salarial qui stabilise l'emploi, ou au moins le revenu, et donc stabilise la consommation. Dans un monde peuplé à 95% de salariés, sensible aux chocs dépressifs, il faut éviter l'effondrement de la consommation. Or, depuis 1990, l'épisode néo-libéral a consisté à démanteler ce compromis fordiste, et à placer comme moteur de la consommation, non plus la croissance des rémunérations, mais celle de l'endettement des ménages. Ainsi, dans les dernières années, celui des Américains a cru de 30%, jusqu'à devenir nettement négatif. C'est dément ! Ce faisant la mondialisation néolibérale a fait la démonstration que le système est instable, s'il n'est pas adossé à des institutions comme l'Etat, les conventions collectives et des systèmes redistributifs de protection sociale.

C'est donc cet endettement des ménages qui est à l'origine de la crise.
I. J. : Oui, parce que Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, a mis en place sciemment une machine infernale. Les baisses des taux qu'il a pratiquées ont eu pour effet d'augmenter toujours plus l'endettement des ménages. Aujourd'hui ce n'est plus possible. On peut continuer à baisser les taux d'intérêts, les ménages, qui voient le prix de leurs maisons baisser, n'emprunteront pas davantage. Du coup, emprunteurs et créanciers sont pris au piège. Et l'on s'aperçoit alors que la crise est une crise de rentabilité du capital. Je m'explique : les marchés financiers ont eu l'ambition démesurée d'exiger des taux de rendements qui n'ont aucune commune mesure avec la rentabilité de l'économie réelle. C'est cela qui a été le moteur de l'inventivité des marchés, de l'innovation financière comme la titrisation des crédits. Il s'agissait de s'affranchir de la sphère de la production afin d'atteindre la fameuse règle des 15% de rentabilité du capital. On sort enfin de ce grand rêve éveillé. Et on peut dire que la crise est une protestation véhémente contre ces exigences insensées des détenteurs du capital. On va revenir à davantage de mesure. Mais il faudra se souvenir que ce rêve des profits illimités est partie intégrante du système capitaliste. Rappelons nous la bulle Internet était née de perspectives de profits extraordinaire que promettait la «nouvelle économie».

Quelles solutions pour s'en sortir ?

I. J. : Il va falloir couvrir les pertes qui paralysent le système. C'est d'abord aux capitalistes de le faire. Ensuite se pose une question politique : faudra-t-il nationaliser les banques. C'est ce que prône, de fait, Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI. On a commencé en Grande-Bretagne avec la Northern Rock. Mais que va-t-on nationaliser : les banques qui font du profit ou celles qui sont percluses de pertes et sont non-viables ? Cela s'appelle privatiser les profits et socialiser les pertes.
Il faudra bien en arriver au vrai débat. Comment en finir avec la révolution néoconservatrice qui n'a qu'une seule idée : empêcher les salaires d'augmenter et pousser au surendettement. Il faut retrouver un partage négocié de la valeur ajoutée entre salariés et employeurs. Cela fait intervenir la politique. Il faut limiter la capacité de nuisance de la finance. Dans notre pétition, nous demandons la suppression de l'article du traité de Lisbonne qui sanctuarise la libre-circulation des capitaux. Pas parce que nous sommes anti-européens, mais par ce que la libre circulation des capitaux est un des moteurs puissants des bulles spéculatives. Renoncer à contrôler ces flux, c'est admettre que d'autres crises plus dévastatrices succéderont à celle que nous connaissons. Et à titre personnel, je pense que si nous n'obtenons pas de réponse de l'Europe, il faudra poser cette question au niveau national. Si nous le voulons, nous le pouvons et l'impuissance de l'Europe ne peut demeurer un prétexte à l'inaction.

Certes, mais n'est-ce pas là des solutions qui tendent à revenir à un capitalisme plus stable. On aurait pu penser que cette crise exemplaire du capitalisme ramène au devant de la scène des solutions alternative au système, et osons le mot : socialiste. Or ce n'est pas le cas.

I. J. : Il y a deux réponses à cette question. La première est que l'on compte aujourd'hui les chercheurs marxistes sur le doigt des deux mains. Et ils ont tous, comme moi, des cheveux bien blancs. La seconde c'est que la chute du mur de Berlin a tué pour longtemps l'idée d'une économie entièrement planifiée. Je faisais partie de ceux qui ne nourrissaient aucune illusion sur ce qu'était le socialisme pratiqué en URSS. Mais la disparition du communisme a ancré pour longtemps dans la tête des gens que cette voie-là a abouti à une impasse.

(1) La crise de 1929 et l'émergence américaine, PUF, 1999 ; Une trajectoire du capital : De la crise de 1929 à celle de la nouvelle économie, Syllepse, 2006.

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