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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 12:19

Le PS n’a pas trouvé le fil conducteur de son congrès

 

Il y a des signes qui ne trompent pas : Ayrault demande à la direction du PS de se "ressaisir"  . Cet appel du maire de Nantes, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, reproduit ce 3 juin sur le site de Marianne, est la preuve que le désarroi n’est pas loin de la direction sortante du PS.

 

Le titre de l’article paru hier sur le même site est aussi significatif : Congrès du PS : incertitude et inquiétude dans le parti . « A cinq mois du congrès du PS, ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë, ni la troisième force qui tente de se constituer autour de Martine Aubry, n'ont réussi à prendre l'avantage, alimentant l'incertitude et même l'inquiétude dans le parti » (…).
 

La percée de Martine Aubry est un élément nouveau que je n’avais pas pris en compte dans mon article paru le 30 mai sur ce blog Michel Sorin : la gauche doit être rassemblée pour être populaire . Je vais en dire un mot : je pense que Martine Aubry tient sa revanche après des années d’humiliation en raison des critiques relatives à la mise en œuvre de la loi ARTT, dite des 35heures.

 

C’est le moment où les syndicats et la gauche, qui ont soutenu cette loi, sont poussés dans leurs retranchements par le gouvernement et la droite. Il n’y a donc pas de hasard au retour en grâce de la maire de Lille, qui a beaucoup travaillé localement afin de mieux s’implanter dans le Nord. Elle a maintenant le soutien des socialistes du Nord-Pas-de-Calais, ce qui n’est pas rien au PS et fait penser à Pierre Mauroy en 1971 au congrès d’Epinay.

 

Martine Aubry* est sur la même ligne que Bertrand Delanoë sur l’Europe, mais est proche de Benoît Hamon sur la question sociale et la critique du libéralisme. Le porte-parole du Nouveau Parti Socialiste (NPS) était l’artisan des 35 heures au cabinet de la ministre de l’emploi en 1997, il en est resté des liens.

 

Cela ne devrait pas empêcher le courant NPS de déposer une motion lors du congrès, qui s’ajoutera à celles de Royal, Delanoë, Aubry, Mélenchon. Ce n’est pas sans rappeler le congrès de Rennes, en 1990. J’y étais. On comprend mieux les inquiétudes du maire de Nantes.

Après cette longue introduction, j’en arrive à la présentation de l’article publié le 2 juin sur  www.marianne2.fr, dans lequel son auteur, Emmanuel Todd, exprime son incompréhension devant la dérive droitière des socialistes en France et en Europe, au moment où les peuples ont plus que jamais besoin de politiques de gauche.

E. Todd : Les socialistes sont sur le pont de la rivière Kwaï

Qu'est ce qui pousse les socialistes, en France comme en Italie ou en Allemagne à poursuivre une dérive droitière au moment où la population dans son ensemble aspire à un virage à gauche ?

Bertrand Delanoë se prononce en faveur du libéralisme, Pascal Lamy dénonce le protectionnisme. Un virage à droite du PS ?


Emmanuel Todd
: Il faut dépasser le cas Delanoë, qui apparaît décidément comme un homme banal. Quand il s'affiche en tant que socialiste libéral, il se pense comme original, il croit qu'il a plein d'audace, comme le titre son livre. Quand Pascal Lamy défend le libre-échange et le capitalisme en général, il croit sans doute être rigoureux et moderne. Mais au-delà de ces perceptions, il existe une véritable dérive à droite des dirigeants socialistes, dérive d'autant plus étonnante qu'elle se produit au moment même où la société leur demande d'effectuer un virage à gauche.


Ce phénomène est mondial : nous venons d'assister au naufrage de la gauche italienne, avec un leader, Veltroni, qui a trouvé judicieux de jeter le doute, en pleine campagne électorale, sur son appartenance à la gauche. En Allemagne, le SPD a préféré pactiser avec la droite, ce qui a fini par entraîner la création et la percée rapide du Linkpartei.

 

Le phénomène dépasse aussi la classe politique : il est significatif que Delanoë et Lamy qui portent cette dérive droitière ont été accouchés par le directeur de Libération Laurent Joffrin. Quand le Maire de Paris publie un livre, c'est Laurent Joffrin qui l'interviewe et fait la promotion de l'opus. Lorsque Pascal Lamy associe de façon scandaleuse protectionnisme et xénophobie, c'est le même Laurent Joffrin qui choisit, ou en tout cas valide, un titre qui reprend cette association d'idées absurde. Je n'en veux pas plus à Laurent Joffrin qu'à Bertrand Delanoë ou Pascal Lamy, qui sont sincères et consciencieux. Ils ne sont que les symptômes d'un phénomène social, politique, pathologique, même. Car il y a quelque chose de frénétique à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devrait le conduire à gauche.

La gauche est donc en train de se suicider ?


Quand on prend un peu de distance, ce spectacle fait surgir une abondance d'images inattendues, comme celle de rats se bousculant pour s'engouffrer sur le navire coulant du capitalisme. Mais la meilleure métaphore est celle du roman de Pierre Boule dont un excellent film a été tiré, le Pont de la rivière Kwaï, dans lequel le rôle de l'officier anglais est joué par David Niven. Un homme si honnête et scrupuleux qu'il s'acharne avec une sorte de rigueur morbide à servir du mieux qu'il le peut les Japonais dont il est prisonnier.

 

Des socialistes, devenus esclaves du capitalisme le plus dur, nous construisent un Pont de la rivière Kwaï. Un pont qu'il faudra bien faire exploser un jour. Car si la gauche continue d'opposer sa dérive droitière à la demande d'une vraie politique de gauche, ses électeurs se tourneront vers la droite extrême, en attendant l'extrême droite. Les élections de Sarkozy et de Berlusconi ne sont peut-être que le premier moment de ce phénomène. Reste que les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. C'est même un problème anthropologique, presque religieux : je ne suis pas croyant mais on ne peut que se reposer à cette occasion la question du péché originel.

Est-ce à dire que la réaction de Ségolène Royal est la bonne ?

 
Il y a deux acceptions du terme libéral, libéralisme économique et libéralisme politique. Mais dans la mesure où la revendication managériale était au cœur du livre De l'audace de Bertrand Delanoë, le concept de libéralisme est bien associé, d'une manière subliminale chère aux publicitaires, à l'idée d'économie libérale. Bien sûr que Ségolène Royal a raison de critiquer Delanoë. Mais cela ne lui donne ni un programme ni une stratégie. Les socialistes ne s'en tireront pas en dénonçant les erreurs que les uns et les autres commettent. La dénonciation du vide ne produit pas du plein.

* Martine Aubry : Un réformisme moderniste chevillé au corps, à lire sur le blog citoyen de Xavier Dumoulin (article paru le 2 juin).

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