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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 17:24

Louis Malassis et la longue marche des paysans

 

Une délégation* des Amis de Louis Malassis (Rennes) a participé à la cérémonie d’hommages organisée le 12 juin 2008 par Agropolis** international (Montpellier) à la mémoire de Louis Malassis***.

Voici le texte de la déclaration de Joseph Guénanten, président de l’association des Amis de Louis Malassis.

 

« Louis Malassis et la longue marche des paysans »

 

« Louis nous a quittés le 10 décembre dernier, quelques jours après le colloque que nous lui avions consacré à Rennes, le 27 novembre. Ce colloque, intitulé « Demain, quels paysans pour les sociétés du nord et du sud ? », avait lieu au moment où, soudainement, à travers le monde, se trouvait posé le problème de la faim et de la crise des matières premières. Quand, à la fin 2006, nous avions, en accord avec Louis, lancé l’idée de ce colloque, nous ne nous attendions absolument pas à ce que les évènements mondiaux prennent une telle dimension.

 

Mais il nous faut bien reconnaître que Louis Malassis, dans sa trilogie et, en particulier, dans le dernier ouvrage (« Ils vous nourriront, tous les paysans du monde, si… »), proposait une vision prophétique de ce qui est ensuite advenu. Il nous laisse là un message et une pensée considérable que nous avons le devoir de faire connaître autour de nous.

 

Je vais m’efforcer, en quelques mots, de résumer ce que je retiens de la pensée de Louis Malassis. Je passerai très rapidement sur les questions agronomiques, pour consacrer plus de temps aux paysans et aux propositions que Louis fait pour eux. Nous, les gens de l’ouest, nous avons surtout retenu la dimension humaniste de notre professeur. Fils de paysan, paysan lui-même, il a consacré sa vie à se battre pour la dignité des paysans. Et il se trouve que son activité à Rennes coïncide avec un mouvement de renouveau paysan qu’il a su déceler et accompagner. Il y a eu cette heureuse rencontre entre les jeunes militants paysans et un homme qui avait à cœur la promotion sociale du monde paysan.

 

L’apport agronomique de Louis Malassis est considérable ; il a été, en particulier, très impliqué dans l’étude de l’agriculture méditerranéenne. Mais je laisserai à d’autres, plus compétents, le soin de développer cet aspect.

 

J’aborde, donc, ce qui nous a le plus marqués dans la carrière de Louis Malassis : sa volonté de promotion sociale du monde paysan. Beaucoup d’agronomes, beaucoup d’économistes, ont écrit sur l’agriculture, mais il a été celui qui a consacré le plus de temps aux paysans. Je citerai, au passage, une phrase de son dernier livre : « L’humanité doit faire une rupture de pensée historique : cesser de croire que la production alimentaire de l’avenir sera obtenue par des paysans soumis, sans instruction et exploités. L’avenir exige de mettre fin aux paysans historiques, encore dominants dans le Sud ; il exige de nouveaux paysans, insérés dans de nouvelles sociétés enfin civilisées ! ».

 

Ce passage exprime bien la pensée de Louis Malassis. La formation des paysans et l’action collective sont pour lui la pierre angulaire du développement de l’agriculture, et il s’est préoccupé de cela toute sa vie.

 

Professeur à l’ENSA de Rennes, il crée, dès 1950, avec ses collègues enseignants, un centre d’étude et de recherche en économie et sociologie rurale de l’ouest, persuadé que le développement nécessitait d’abord de comprendre les phénomènes, donc de passer par des phases d’analyse et de recherche. A cette époque, sa thèse de doctorat fut consacrée à l’économie des exploitations agricoles. Et cette action, très volontaire en direction de la recherche, allait conduire quelques années plus tard (en 1956) à la création d’un département Economie à l’INRA, ainsi que les premiers laboratoires, placés près des établissement d’enseignement supérieur. Il gardera toujours le souci d’associer recherche et développement.

 

En 1960, il participe à l’élaboration de la loi sur l’enseignement supérieur agricole, qui voit le jour le 2 août 1960. C’est une date fondamentale : pour la première fois, l’enseignement agricole est inséré dans le système de l’éducation nationale. A partir de ce moment-là, les fils et filles de la terre fréquenteront des collèges et des lycées agricoles, mixtes.

 

1960 est aussi l’année de la création de l’INPAR (institut national de promotion agricole et rural de Rennes). Pendant de très longues années, cet institut formera de nombreux jeunes agriculteurs et agricultrices, en liaison étroite avec les organisations syndicales, coopératives et mutualistes. L’INPAR a été une pépinière de responsables agricoles de l’Ouest. La formation des militants était pour Louis Malassis quelque chose d’essentiel. Je ne citerai que la dernière phrase de son livre « Ils vous nourriront tous… » :

 

« Honneur aux militants qui mènent le combat pour un monde meilleur, compte tenu du lieu où les hasards de la vie les ont placés, mais surtout qui ont la volonté de s’engager dans l’action collective et d’y exercer les fonctions qu’ils sont en mesure d’assumer. Ce sont les militants qui changent le monde**** et font que le développement généralisé et la civilisation de l’entière humanité ne soient pas que des mythes ».

 

C’est le souci de la formation qui l’a amené à inventer une nouvelle forme de promotion : la télé promotion rurale. En 1966, il crée à partir de rien la TPR, d’abord à l’ouest puis dans l’ensemble de la France. C’est bien là une idée de génie utiliser les moyens modernes de la communication au service de la promotion. Les émissions de télévision sont effectivement associées à des centres d’écoute qui permettent la réflexion en groupe. Louis Malassis a toujours souhaité que TPR reste l’affaire des agriculteurs. A un journaliste qui lui dit « ils bafouillent, vos paysans », il répond « hé oui, mais laissez-les bafouiller, s’il vous plaît ». Il a toujours tenu à ce que les paysans soient majoritaires dans le comité d’orientation, qui comprenait aussi des représentants des services publics et des organismes de promotion sociale.

 

Louis Malassis a eu le souci permanent de la dignité des paysans, qui sont souvent, à travers le monde, l’objet de mépris. Il revendique pour eux le droit de se nourrir eux-mêmes et, donc, d’avoir accès à un minimum de revenu. Cela l’amène, sans condamner pour autant les autres formes d’agriculture, à privilégier l’agriculture familiale. Il place l’homme au centre de tout, condamnant sévèrement le libéralisme sauvage.

 

Cela l’amène à penser que, seule, l’organisation des paysans peut leur permettre d’améliorer leur situation. Il préconise la mise en place de syndicats, de mutuelles, de coopératives. Pendant son séjour à Rennes, il a toujours été à la recherche de solutions nouvelles. Il fut à l’origine du Centre d’étude et de diffusion de l’agriculture de groupe (CEDAG). Cet organisme a joué un rôle très positif dans la création de nombreux GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) et CUMA ‘coopérative d’utilisation de matériel agricole) dans l’ouest de la France. Il a aussi lancé l’idée d’une société coopérative régionale (SOCOA) pour coordonner l’action des coopératives agricoles. L’idée était prématurée et n’aboutit pas mais, aujourd’hui, elle demeure d’actualité.

 

Louis Malassis était persuadé que les paysans devaient s’insérer dans la société globale et ne pas s’enfermer dans leur ghetto. Il affirmait clairement qu’il n’y a pas de solution strictement agricole aux problèmes de l’agriculture, car c’est avant tout un problème de société. Il démontre à plusieurs reprises que les trente glorieuses de l’agriculture ont coïncidé avec les trente glorieuses de la société. La crise alimentaire mondiale qui se profile à l’horizon doit, aujourd’hui, fortement nous interpeller.

Louis Malassis l’avait pressentie, il n’est que de rappeler quelques idées simples et lumineuses qu’il avance dans sa trilogie :

 

-          Il est important de revenir à des choix fondamentaux de l’humanité : se nourrir, se loger, s’habiller, se soigner, se former.

-          Se nourrir est un besoin essentiel : on a besoin de toutes les agricultures du monde pour y faire face.

-          La surface cultivable par habitant diminue sans cesse avec la croissance démographique.

-          D’autre part, une certaine forme d’agriculture minière entraîne la destruction des sols par l’érosion et la pollution.

 

Et Louis Malassis de proposer « une agriculture nourricière, productive et durable » en insistant sur la nécessité de résoudre l’équation productivité-durabilité.

 

Les économistes et les politiques qui se penchent aujourd’hui sur l’avenir de la planète seraient bien inspirés de se mettre à l’écoute d’un homme qui apparaît comme un véritable porte-parole des paysans du monde ».

* Louis Malassis : cérémonie à Agropolis Montpellier le 12 juin

** http://www.agropolis.fr

 

*** Après le décès de Louis Malassis, ses amis de l'ouest se sont réunis à Rennes

Cérémonie d'hommages posthumes à Louis Malassis à l'Agrocampus de Rennes - 15 02 08

**** Louis Malassis expliquait sa démarche et ses idées dans un entretien en 2002

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commentaires

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 <br /> Bioéthanol – ce qu’il coûte et ce qu’il donne<br />  <br /> Il faut un peu plus d’un litre d’équivalent pétrole pour produire un litre de bioéthanol.<br />  Ces chiffres s’entendent depuis les labours jusqu’à la dernière distillation.<br /> Il faut un 1,600 litre d’éthanol pour fournir la même quantité d’énergie qu’un litre d’équivalent pétrole.<br /> Où est la bonne affaire ?<br /> Ce n’est pas parce que le monde entier déraisonne qu’on doit refuser tout effort de réflexion,  quelle que soit la position sociale ou politique.
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