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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 17:51

Une politique agricole humaniste face au libéralisme

 

Le 9 juin 2008, j’étais invité par la Fondation Res Publica à participer à la Table ronde sur le thème « Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ? » à Paris. Voir, à ce sujet, l’article paru sur ce blog le 10 juin Michel Sorin : la crise alimentaire, levier d'une autre politique.

 

Voici le texte de mon intervention, dans la première partie de la Table ronde.

 

La crise alimentaire a été provoquée par la brusque augmentation des prix des matières premières agricoles, elle-même répercutée dans les prix des produits alimentaires.

 

Auparavant, c’est-à-dire avant 2006, les prix des produits agricoles de grande consommation étaient tellement bas que cela favorisait l’importation par les pays pauvres des denrées alimentaires, cause de la disparition des agricultures vivrières. La remontée des cours était souhaitable mais elle a été trop brutale, ce qui explique les émeutes de la faim dans de nombreux pays.

 

Même si l’actuelle envolée des cours ne dure pas très longtemps (selon l’avis du professeur Mazoyer), en cherchant bien on peut trouver des effets positifs à cette crise alimentaire :

 

-          D’abord, elle justifie le bien-fondé des politiques agricoles et de la régulation des marchés agricoles. Sous la pression des partisans du libre-échange, les impératifs de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) s’imposaient à tous ces dernières années. Cela va changer.

 

-          Ensuite, les émeutes de la faim ont sensibilisé les citoyens à la situation des pays pauvres dont la dépendance aux produits importés s’est fortement accentuée.

 

-          De plus, la Commission européenne (notamment son président Barroso, les commissaires au commerce, Mandelson, et à l’agriculture, Madame Fischer Boel) fait la preuve de son insensibilité aux besoins des populations. Ces responsables sont guidés exclusivement par leurs positions idéologiques et politiques libérales, ce qui les conduit à refuser toute inflexion de l’orientation de la Politique Agricole Commune (PAC). Désormais, cela se voit !

 

-          Enfin, cette crise alimentaire, qui s’ajoute aux crises climatique, énergétique et financière, oblige les Etats et les populations à voir les réalités en face, ce qui les amène à remettre en cause le néolibéralisme. Il s’ensuivra, on peut le penser et l’espérer, des comportements citoyens nouveaux, conduisant à faire confiance, au moment des élections nationales, à des gens qui représenteront les intérêts du peuple, avant ceux des multinationales.

 

Je me situe délibérément dans cette perspective, celle d’une future majorité politique qui voudra mettre en place une alternative aux politiques libérales.

 

Actuellement, l’idéologie libérale exerce son emprise partout, en partant d’un consensus supranational sur la globalisation, relayé par des élus politiques consentants ou complices, au niveau des Etats.

Une alternative politique partira des nations et des Etats et se propagera vers l’Europe et les organisations internationales. Ainsi, la réorientation de la politique européenne, éminemment souhaitable, sera la résultante d’un changement de politique au niveau national.

 

Mon propos concernant l’agriculture va se situer dans cette perspective de réorientation de la construction européenne, qui s’inscrit elle-même dans une volonté politique de maîtriser la mondialisation et le capitalisme.

 

Comment réorienter en profondeur les politiques agricoles, en liant tous les niveaux, du local au mondial, en prenant appui sur les citoyens et les institutions publiques dans lesquelles ils sont représentés ?

 

Je suis certain d’une chose : notre pays, qui a contribué si fortement à lancer la PAC dans les années 1960 (grâce à une alliance solide entre le ministre Pisani et les organisations professionnelles agricoles) a perdu sa capacité d’action et son influence sur ses partenaires européens.

Ce jour même, dans le train, Jean-Michel Lemétayer me faisait part de son inquiétude, en tant que président du comité des organisations professionnelles agricoles au niveau européen, devant l’incapacité de la France à faire passer son message auprès des autres pays.

 

En 2008, il serait illusoire de vouloir rafistoler la PAC, qui a été vidée de son sens par les réformes libérales mises en œuvre depuis 1992 et, surtout, 2003. Il ne reste plus que des mécanismes, qui continuent de fonctionner, mais sont de plus en plus inadaptés, par rapport aux attentes sociales.

Il convient, d’abord, de définir et affirmer une politique agricole (elle sera nécessairement agricole et alimentaire et devra tenir compte de l’état du monde), avant de chercher à refonder une politique européenne.

 

J’ai consulté la presse et lu les propositions des experts. J’ai retenu celles des professeurs et chercheurs, Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, d’une part, de l’auteur du livre « Nourrir l’humanité », Bruno Parmentier, et de l’ancien ministre, cofondateur de la PAC, Edgard Pisani, auteur du livre « Un vieil homme et la terre (2004) » d’autre part.

 

Le propos le plus novateur est celui d’Edgard Pisani. Il a raison de vouloir changer le regard sur l’agriculture, la considérer comme une activité essentielle qu’il faut développer pour que les ruraux trouvent des emplois sur place et puissent rester chez eux. De nombreux hectares de terres sont plutôt mal exploités dans le monde. L’agriculture familiale, c’est 800 millions de ruraux en Chine, 400 millions en Afrique. Il faut partir de là.

 

L’ancien ministre, qui a travaillé successivement avec le général de Gaulle et avec François Mitterrand, préconise d’inventer un lieu de réflexion et de régulation du commerce qui raisonne en grandes zones homogènes. Il faudrait réunir des scientifiques de toutes disciplines pour établir région par région, produit par produit, des prévisions et une règle générale de gouvernance, à adapter aux réalités locales.

 

Toutes les variables sont à analyser en même temps - production, commerce, consommation, changement des habitudes alimentaires, réchauffement climatique, ressources naturelles disponibles (eau, terre, énergie…) - pour déboucher sur des mesures courageuses. Par exemple, une entraide avec l’Afrique, continent qui a des réserves importantes de terre et d’eau, mais n’a pas l’argent pour les mettre en valeur.

C’est un travail gigantesque et il y a urgence, souligne un Edgard Pisani très âgé, mais aussi très mécontent de l’incapacité des dirigeants des Etats à faire face à la crise alimentaire.

 

Il est particulièrement sévère pour le sommet de la FAO qui vient d’avoir lieu à Rome. La FAO, dit-il en substance, n’a pas d’outil politique (le sommet de Rome ne sert à rien), elle n’a aucun pouvoir pour réglementer le marché. C’est l’Organisation Mondiale du Commerce qui le régente mais elle ne connaît rien à l’agriculture. C’est absurde d’imposer à l’Afrique et à l’Union européenne les mêmes règles à l’importation et à l’exportation.

 

Il préconise de mettre l’agriculture la plus fragile à l’abri de la concurrence internationale (lois de subsistance et de protection, règles adaptées à chaque pays, contrôlées internationalement, afin d’atteindre la suffisance alimentaire). Et il ajoute, en guise de conclusion : au lieu de penser le commerce, il faut penser le monde, dans ses contradictions, sinon on va à la catastrophe.

 

C’est bien là le point de clivage essentiel, qui fait la différence entre les politiques libérales actuelles, fondées sur la liberté du commerce, et les politiques humanistes, fondées sur le souci de l’intérêt général des populations.

 

Toutes les organisations professionnelles agricoles françaises sont opposées aux politiques libérales conduites par la Commission et les gouvernements européens. Le ministre de l’agriculture, Michel Barnier, y est lui-même opposé, mais cela ne change rien aux positions prises par les instances européennes. Elles sont enfermées dans une idéologie qui consiste à laisser-faire les marchés et à supprimer les mécanismes d’intervention et de régulation (quotas, stockage, notamment).

 

La crise alimentaire donne du grain à moudre à ceux qui mettent en avant la sécurité alimentaire, et c’est heureux. De même, il sera plus difficile aux Britanniques de s’attaquer au budget de la PAC, comme voulait le faire Tony Blair. Ne laissons pas faire les libéraux qui s’en prennent à la PAC pour avoir sa peau. La meilleure façon de préserver l’essentiel de la PAC, c’est de la refonder, comme il faut refonder, requalifier, réorienter, la politique européenne dans son ensemble.

 

Pour cela, il faut créer les conditions d’un changement de politique en France lors des prochaines échéances électorales nationales et faire en sorte que les Français soient placés clairement devant l’alternative entre libéralisme économique et financier d’un côté, et humanisme républicain et social de l’autre.

 

Voir aussi sur ce blog : Crise alimentaire et agriculture : place aux politiques agricoles  9 06 08

 

Crise alimentaire et agriculture : des experts proposent des solutions  8 06 08

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commentaires

S
Merci, Eva. Pisani est maintenant très âgé mais il continue de dire ce qu'il pense avec beaucoup de pertinence. J'avais repris les propositions qu'il avait présentées dans son livre "Un vieil homme et la terre" en 2004. Voir sur le site du MRC, rubrique Positions, onglet Agriculture, le premier texte que j'ai rédigé sur la PAC La Politique Agricole Commune (PAC) . Pour nourrir l’Europe et faire vivre le monde .
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E
Pisani est un homme qu'il faut écouter. Il a toujours des choses à dire, lui.. Eva
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