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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 09:49

Le monde a besoin d’une agriculture productive

 

Après avoir montré, dans un premier article paru le 10 juillet sur ce blog (Michel Sorin (MRC) : la PAC et les raisons de la crise alimentaire), que la crise alimentaire actuelle a été entretenue par la spéculation financière et par des décisions à courte vue de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique, puis avoir expliqué pourquoi il faut changer la PAC (Michel Sorin (MRC) : pourquoi l'Europe et la PAC doivent changer - 11 juillet 2008), voici la troisième partie du texte que j’ai rédigé pour le MRC, à la demande de son président, Jean-Pierre Chevènement.

 

Je rappelle que j’ai intégré les réflexions de Lucien Bourgeois et de Jacques Le Cacheux (voir Michel Sorin : la crise alimentaire, levier d'une autre politique - 10 juin 2008) dans ma propre réflexion sur la PAC - suite à la table ronde organisée par la Fondation Res Publica le 9 juin 2008.

Cette 3ème partie est celle de l’avenir et des défis qu’aura à relever la future Politique Agricole et Alimentaire de l’Union européenne.

Le défi de l’alimentation et de la santé

 

Avant la crise alimentaire, il y avait dans le monde 850 millions de personnes souffrant de la faim, deux milliards ayant des carences alimentaires et un milliard d’obèses, en raison d’excès ou de déséquilibres alimentaires.

Seulement 2,5 milliards sur 6,5 (2 personnes sur 5) avaient une alimentation adaptée et satisfaisante.

 

En 2050, la population mondiale aura augmenté de 3 milliards, dont la moitié en Asie, ce continent qui a fait des prouesses, la Chine en tête, pour nourrir une population en forte augmentation.

 

La crise alimentaire, comme le reconnaît le G8, ne peut que rendre la vie plus aléatoire à des millions de gens dans les pays pauvres. Il faut distinguer les besoins alimentaires vitaux (quantité de calories) dans les pays en développement (principalement en Afrique), et les besoins de qualité et de diversité alimentaires dans les pays développés.

 

La notion de sécurité alimentaire a été retenue par Bush et les USA pour obtenir du Congrès le renforcement du soutien au secteur agricole et alimentaire. A noter que deux tiers des dépenses de soutien prévus dans la loi agricole (Farm Bill) vont à l’aide à la consommation de produits agricoles par les familles socialement en difficulté.

 

Mieux faire le lien entre alimentation et santé, non seulement par le biais de la sécurité sanitaire des aliments, permettrait de réduire considérablement le coût de la santé, en réduisant les causes des maladies. Notre assurance maladie s’en porterait mieux financièrement.

 

Le point fort de la PAC a été le succès du complexe agroalimentaire (production agricole, industrie alimentaire, mais aussi distribution et restauration), dont l’impact sur l’économie est très important, surtout en France. Ce concept de sécurité appliqué à l’alimentation peut être promu partout dans le monde, en l’adaptant aux situations locales.

 

Le défi de l’énergie, du climat et de l’environnement

 

L’alimentation « contient » beaucoup de pétrole. Celui-ci a une place prépondérante dans la formation des prix. Par exemple, une bouteille d’eau, c’est du pétrole (plastique, transport, stockage, logistique) et la marque. Pour le yaourt, il faut ajouter la réfrigération.

 

Le problème essentiel de l’agriculture en Europe est l’énergie, dont une grande part est importée. Les transports des produits alimentaires sont excessifs (3000 à 4000 km) avec un prix du baril de pétrole qui a été multiplié par 12 depuis dix ans, et qui peut monter encore.

 

Les agrocarburants actuels (bioéthanol à partir de céréales et de sucre se substituant à l’essence, et diester à partir de matières grasses végétales se substituant au gazole) ne peuvent être considérés comme une solution, compte tenu de leur piètre rendement énergétique. La transformation industrielle de la biomasse, plus intéressante, ne pourra se développer avant une dizaine d’années.

 

Le coût de l’énergie (dépenses incompressibles : alimentation, transport, chauffage) est à l’origine de tensions sociales, qui vont aller en croissant (pêcheurs, transporteurs, agriculteurs, mais aussi consommateurs aux faibles revenus). 

 

Economiser l’énergie fossile, limiter autant que possible l’utilisation de produits chimiques, cela revient à produire mieux (bonne qualité) avec moins d’énergie en Europe et en Amérique.

De nouveaux modes de développement rural sont à lancer en Afrique, à partir des expérimentations en cours.

 

Le système agricole et alimentaire devra économiser l’énergie, se re-localiser vis-à-vis des consommateurs, utiliser plus de main-d’œuvre.

 

La question de la biodiversité est à prendre en considération partout, mais surtout dans les forêts équatoriales et les océans. Le Brésil, qui accroît ses surfaces agricoles aux dépens des forêts, est particulièrement concerné par cette observation.

La révolution verte en Inde a permis de nourrir la population, mais les excès d’utilisation des pesticides ont nui à l’environnement (les oiseaux, notamment). Il revient à chaque pays de faire des choix de production agricole respectant la nature et l’environnement.

 

Le défi de l’indépendance (OGM, protéines)

 

Les Organismes Génétiquement Modifiés sont portés par des firmes multinationales, qui veulent imposer sur le marché des plantes OGM afin de vendre leurs produits de traitement phytosanitaire et s’assurer la maîtrise de la production de semences, par le biais des brevets.

Les recherches scientifiques devront être intensifiées à l’initiative des pouvoirs publics afin de détecter les OGM dont l’utilité serait reconnue (apport dans des formes particulières de résistance des plantes). De manière générale, l’écologie scientifique et la lutte intégrée biologique sont les outils à développer pour l’amélioration des plantes et les traitements contre les maladies et les ravageurs.

 

L’Europe est importatrice (à l’excès) de protéines végétales pour compléter les rations animales basées sur les céréales et le maïs. Il serait tout à fait possible de réduire considérablement les importations de soja en développant les cultures de luzerne et de colza, dont la complémentarité est efficace.

Pour produire une tonne de protéines, il faut environ un demi hectare de luzerne (il en faut un hectare avec le soja). Pour nourrir ses animaux, l’Europe importe du soja, dont la production a mobilisé 15 millions d’hectares !

Avec le système luzerne-colza, l’Europe réduirait, non seulement sa dépendance en protéines, mais aussi les émissions de gaz à effet de serre, au niveau mondial, en permettant, en outre, de nourrir davantage de personnes.

Cette solution aurait, de plus, le mérite d’abaisser notre dépendance au soja OGM, dont les firmes multinationales se servent pour imposer les OGM aux peuples qui ne veulent pas en consommer. Les produits importés n’ont aucune traçabilité en la matière (les directives européennes n’étant pas source de protection ou de clarification).

 

Le défi de la production agricole, durable et économe, suffisante et de qualité

 

Pour l’Union européenne, comme pour chaque nation ou groupe de nations, la question de la sécurité alimentaire (autre nom de la souveraineté alimentaire) est primordiale. Les grands organismes internationaux (Banque mondiale, Fonds Monétaire International) ont préconisé, ces dernières décennies, des solutions qui allaient à l’inverse des intérêts des peuples, notamment l’abandon des agricultures vivrières au profit des importations alimentaires.

 

Les émeutes de la faim signent un échec collectif, car il est aussi celui des dirigeants de ces pays, qui n’ont pas su prendre les moyens d’assurer le développement durable des productions agricoles de base servant à la nourriture des populations. Bien souvent, dans ces pays, la démocratie et l’économie ne fonctionnent pas bien, les produits alimentaires sont importés et subventionnés par l’Etat. Il faut prendre en compte l’ensemble de ces éléments dans la perspective de contribuer à mettre en place des moyens plus efficaces pour assurer l’alimentation de tous, y compris dans un contexte de hausse des prix des céréales, du maïs et du riz commercialisés.

 

Dans certains pays (en Afrique subsaharienne, notamment, qui prévoit la doublement de la population), l’augmentation de la production agricole passe par l’apport d’engrais, car la très faible productivité s’explique par des carences des sols en phosphore et des plantes en azote. La fertilisation des sols africains est préférable aux accroissements, par déboisement, de surfaces cultivées (l’émission de gaz à effet de serre étant moindre).

 

En Europe, et tout particulièrement en France, les systèmes de production sont bien au point. Les agriculteurs ont besoin de visibilité et de stabilité des prix afin de produire de manière efficace et au moindre coût. Ils sont capables de s’adapter aux nouvelles contraintes (énergie, environnement) et aux nécessités de réduire les coûts, en utilisant au mieux la coopération en matière d’équipements et en adoptant de nouvelles techniques de conservation des sols, limitant l’utilisation des tracteurs.

Les pratiques agronomiques associant cultures et élevages doivent être privilégiées.

 

Le défi de l’organisation, souple et efficace, de régulation des marchés

 

Les principes de la PAC sont à remettre au goût du jour, notamment la préférence communautaire, qu’il faut appliquer de manière intelligente.

 

Les agriculteurs sont des entrepreneurs responsables qui veulent vivre de leur travail et de la gestion de leur entreprise. La question des prix des produits agricoles, de leur niveau et de leur stabilité, est donc primordiale.

C’est pourquoi il est essentiel que la volatilité des marchés soit corrigée par des mécanismes de régulation par filière et par produit, lisibles par tous et bien adaptés aux situations particulières de chaque produit, ce qui implique la concertation permanente entre les différents acteurs économiques concernés, à l’initiative de l’organisme de régulation des marchés.

 

Ce qui est vrai pour l’Europe l’est, tout autant, pour les autres pays ou groupes de pays dans le monde. L’abandon de la culture du riz par le Mali, le Bénin et le Burkina Faso (en raison de prix trop bas, qui incitaient à l’importation de ce produit) est à l’origine de la crise alimentaire dans ces pays, lorsque le prix du riz a pris son envol.

 

L’agriculture européenne a pu se développer grâce aux mécanismes de protection aux frontières et de maîtrise de l’offre (stockage, quotas, etc.) mis en place avec la PAC. Le principe est valable pour les autres régions du monde, qui ont besoin d’une agriculture productive et d’une bonne visibilité dans l’évolution des prix.

 

Ne nous laissons pas impressionner par les assertions de la Commission européenne, qui fustige les quotas laitiers et accepte volontiers les permis à produire des gaz à effet de serre, dont le principe régulateur est le même ! La plupart de ses membres actuels (notamment MM Barroso et Mandelson, ainsi que Mme Fischer Boel) font preuve d’un aveuglement idéologique insupportable.

 

Le défi de l’attribution des aides publiques

 

La sécurité alimentaire en France coûte environ 10 milliards d’euros par an (aides PAC), ce qui est comparable au coût des primes d’assurance pour le logement et les automobiles (11 milliards), ou encore au profit du groupe Total (12 milliards), chargé par les pouvoirs publics d’assurer l’approvisionnement énergétique du pays.

 

Ce montant n’a rien d’extraordinaire. Il a permis d’assurer aux agriculteurs les ressources leur permettant de renouveler leurs équipements et de fournir un produit au moindre coût à l’industrie agroalimentaire, lorsque les revenus agricoles étaient anormalement bas (jusqu’en 2006).

 

Mais les aides publiques PAC avaient pris une place excessive dans le revenu des agriculteurs (80% du revenu annuel agricole net moyen, en 2005).

 

La question du devenir de ces aides est importante, dans un contexte de remontée des revenus pour certains (grandes cultures), mais pas pour d’autres (productions de viande), le secteur laitier étant entre les deux. L’essentiel des aides publiques est désormais attribué aux agriculteurs qui tirent de l’activité agricole les revenus (privés) les plus élevés !

 

Le découplage des aides par rapport à la production n’est pas acceptable, pas plus que le mode de calcul qui gèle les situations des plus favorisés. Le re-couplage ne l’est pas plus, car il ne faut pas favoriser le productivisme. Dans des conditions économiques normales, avec de nouveaux outils de régulation des marchés, les aides publiques généralisées ne seront plus nécessaires.

 

Les aides devraient être plafonnées et réorientées vers les agriculteurs et paysans qui peinent à vivre de la terre, en raison de handicaps liés à la qualité des sols. L’aide publique, qui devrait être justifiée par des raisons économiques, pourrait être décidée à l’échelon régional ou interrégional (dans le cadre d’enveloppes financières attribuées au niveau européen).

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