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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 12:15

Une politique à contre-courant de la PAC 2003

 

Il y a quelques jours, j’ai reçu communication d’un document important concernant la future politique agricole américaine (quel que soit le président élu). On peut d’ailleurs le télécharger sur le site du ministère de l’agriculture. La publication est produite par la toute nouvelle sous-direction de la Prospective et de l’Evaluation.

 

C’est une analyse préparée par Catherine Rivoal, chargée de mission international et mondialisation, qui traite de « l’avenir de la politique agricole américaine et de ses impacts sur l’agriculture mondiale ».

 

« Après avoir rappelé les fondamentaux de la politique agricole américaine, cette note compare les programmes des Démocrates et des Républicains puis présente les principaux dossiers que le futur président aura à traiter. Indépendamment du résultat de l’élection à la présidence des USA, la politique agricole américaine restera interventionniste (…). L'actuelle crise des marchés financiers accapare les esprits et masque d'autres enjeux pourtant fondamentaux pour les prochaines années : biocarburants, crise de l'alimentation, subventions, soutien au revenu des exploitants, place de l'agriculture dans les négociations internationales, etc.».

 

L’auteur de ce document fait référence à Jean-Christophe Debar (Agri US Analyse). Cela me permet de signaler l’article paru sur ce blog le 7 novembre 2006 Jean-Christophe Debar : l'historique des politiques agricoles des Etats-Unis d'Amérique.

 

Ce 5 novembre est le lendemain d’un jour qui restera dans l’histoire, celui de la victoire de Barack Obama. Je renvoie à quelques articles de presse :

 

Etats-Unis : la révolution Obama (Libération, 5 novembre),

 

Les résultats de l'élection (Libération, 5 novembre),

 

Sénat, représentants, gouverneur: les autres élections américaines (Libération, 5 novembre),

 

La carte électorale qui va changer le monde (Marianne, 5 novembre),

Obama sera-t-il l'accoucheur d'un nouveau monde post-américain? (Rue89, 5 novembre, Pierre Haski).

 J’en arrive au texte de l’excellente analyse de Catherine Rivoal, daté du 14 octobre 2008.      

Présidentielles américaines 2008 : la future politique agricole sous le signe de la continuité


Dans un contexte économique tendu, la campagne électorale américaine montre deux visions différentes du futur de l’agriculture, la plupart du temps abordé sous l’angle économique. Côté Républicain, on souhaite abaisser les aides à l’agriculture, ouvrir plus encore les marchés internationaux aux producteurs nationaux et renforcer la libéralisation des produits agricoles. Côté Démocrate, on privilégie le soutien à un marché libre mais plus équitable, le développement des biocarburants, une croissance respectueuse de l’environnement et les conditions sociales des travailleurs.

 

Les deux partis s’accordent sur le safety net (filet de sécurité) défendu à l’OMC en juillet 2008, à l’image du Farm Bill 2008, sans doute le plus protecteur des revenus des agriculteurs depuis les années trente. Quel que soit le candidat choisi par les Américains, la politique agricole restera interventionniste.

 

Le 4 novembre 2008, les Américains éliront leur nouveau président. La campagne électorale est marquée par un contexte de fort ralentissement économique et de crise alimentaire mondiale, et ceux qui se déplaceront jusqu’aux urnes auront d’abord à l’esprit la question de la stabilité de l’État, la crise financière liée aux prêts hypothécaires, la sécurité nationale et internationale, la rareté énergétique.

 

Comme lors des présidentielles françaises, l’agriculture n’est pas un sujet majeur pour les candidats même s’il demeure incontournable. L’accent y est avant tout porté sur la fiscalité, les subventions et sur la production de biocarburants. Pour les analystes, quel que soit le candidat choisi par les Américains, la politique agricole restera interventionniste.

 

Entre un passé glorieux et une actualité économique morose

 

Deux éléments majeurs influent sur le volet agricole des programmes des deux candidats : l’héritage des politiques publiques menées depuis les années trente et le contexte économique intérieur et mondial.

La politique agricole américaine est marquée par l’évolution d’une intervention de l’État fédéral d’abord sur la production (gel des terres, etc.) puis, progressivement, sur le budget (aides directes). Une image très différente de celle d’une Amérique qui ne se vouerait qu’à la seule règle du marché.

 

Dans les années trente, l’État intervient en pleine crise en régulant la production. Les prix garantis permettent aux agriculteurs d’investir dans de nouvelles technologies pour accroître leur productivité. L’État soutient la demande intérieure de produits agricoles grâce aux programmes domestiques d’aide alimentaire, dont les food stamps ou bons alimentaires, et enclenche une politique très offensive de conquête de parts de marché à l’international.

 

Les années 1970 marquent une période faste. Le marché mondial double, les prix agricoles enregistrent de fortes hausses et certains secteurs fonctionnent même sans aides.

 

Dans les années 1980, lors de la période Reagan, républicain libéral, le marché stagne avec un dollar fort. De nombreux agriculteurs sont ruinés et demandent des protections au Congrès. La pérennisation des food stamps apparaît comme une politique sociale. La politique agricole menée alors vise à colmater les nombreuses brèches.

On abaisse le prix garanti en dessous du prix du marché mondial et les États-Unis cassent les prix partout où l’UE prend des parts de marché. Ces exportations à bas prix ne sont possibles que parce que des aides directes importantes (deficiency payments) compensent la différence entre ce prix très bas et un prix objectif nettement plus élevé et permettent donc, comme les restitutions européennes à l’époque, ce dumping américain et européen sur les marchés mondiaux.

 

En 1996, dans un contexte économique euphorique, le Fair Act enclenche le découplage des aides et une orientation de la production par le marché.

 

En 1997, la crise asiatique, l’effondrement des prix sur les marchés agricoles, le cours du dollar élevé,

et des catastrophes climatiques (sécheresse dans le sud-ouest, inondations sur les grandes plaines) ébranlent la confiance des agriculteurs.

 

En 2000, la part de la prime d’assurance (récolte et revenu) prise en charge par l’État passe de 30 % à 50 %. Deux ans plus tard, c’est un Farm Bill « pompier » qui sort du Congrès. Une aide d’urgence de 7,4 milliards de dollars est injectée, dont les counter-cyclical payments, et vient doubler les paiements directs.

 

Aujourd’hui, sur les 90 milliards USD du Farm Bill 2008, plus de 60 milliards USD sont consacrés aux aides alimentaires domestiques. Ce Farm Bill pérennise les aides d’urgence et les aides à l’assurance et installe un certain nombre de filets de sécurité.

Aujourd’hui, à l’heure où l’Union européenne instaure le découplage des aides, les États-Unis ont déjà fait machine arrière et tout l’arsenal de protection des revenus des agriculteurs est remis en place.

Le marché intérieur est stable mais insuffisant et les agriculteurs américains exportent un tiers de leur production. Ce marché augmente légèrement avec la croissance démographique et les nouveaux débouchés industriels que constituent les biocarburants.

 

Les États-Unis prévoient de transformer en 2008 près de 101 millions de tonnes de maïs en bio-éthanol, soit 34 % de la production. Dans un contexte de ralentissement de l’économie, les questions commerciales liées à l’agriculture constituent un enjeu d’autant plus important. Ainsi, depuis la crise des subprimes, les banques se détournent des secteurs en déclin (dont l’automobile) pour courtiser les secteurs exportateurs, en particulier l’agriculture.

 

Les discours des candidats à la présidentielle portent surtout sur la production d’énergie renouvelable à partir de l’agriculture, sur le Farm Bill en général, et plus particulièrement les subventions agricoles,

la politique d’aide à l’installation et à la transmission d’exploitations, mais également la politique d’immigration, les accords de libre-échange (ALE) et les barrières douanières.

 

Les États-Unis, dont les exportations en maïs couvrent près des deux tiers du marché mondial (20 % de la production sont voués à l’export et plus de 30 % à la production d’éthanol), ont beaucoup misé sur le marché de l’éthanol. Alors que les prix des produits agricoles étaient élevés jusqu’en mars 2008, les États-Unis affichaient des pronostics prudents quant à l’avenir. En juin 2008, le maître mot

en matière agricole était safety net, soit la conservation des prix d’objectifs et des assurances récoltes.

 

Les élections présidentielles renvoient généralement à une régionalisation des enjeux agricoles, avec des comparaisons de développement entre la montagne et la plaine, entre les littoraux et les terres intérieures. La région du Midwest est un « grenier à blé » dont le développement économique ne repose que sur l’agriculture. Traditionnellement, les États des plaines votent pour le candidat républicain, alors que le vote des côtes maritimes se porte sur le candidat démocrate.

 

L’avenir de la politique agricole, vue par les Démocrates et les Républicains

 

L’analyse des discours politiques doit tenir compte des situations dans lesquelles ils sont produits. Les programmes évoluent au cours de la campagne électorale et on sait qu’il y a toujours un décalage entre les discours et les politiques menées une fois l’élection passée.

 

Par exemple, on a assisté au revirement de B. Obama sur l’ouverture de plate-formes offshore supplémentaires pour faire face à la montée du prix du pétrole fin juillet 2008. Aucun des deux candidats n’est familier des questions agricoles ou rurales, au-delà d’un lien familial pour J. Mc Cain et de son mandat de sénateur d’un des plus importants États producteurs de biocarburants pour B. Obama.

 

Selon les sondages d’opinion, la crise financière et le risque de récession constituent la première préoccupation des Américains, devant le prix de l’essence à la pompe et loin devant la guerre en Irak. La crise des marchés est le thème dominant des discours des deux candidats à moins d’un mois du vote. Ils ont des solutions différentes mais sont d’accord pour réduire la dépendance américaine

au pétrole importé.

 

Côté politique internationale, les Etats-Unis ont pris leurs distances vis-à-vis de l’OMC et favorisent des accords bilatéraux, critiqués par le camp démocrate. L’élection d’un certain nombre de présidents de gauche a ralenti ces accords dans la zone andine. La République Dominicaine, en passant un accord bilatéral avec les États-Unis, a littéralement sacrifié son autosuffisance alimentaire sur l’autel du libre-échange.

 

D’autres éléments pourront intervenir sur la politique agricole issue des urnes et sur ses effets sur le commerce agricole mondial. Ainsi, les positions géostratégiques des candidats aux Proche et Moyen Orient, vis-à-vis de la Russie, de la Chine et de l’Inde influeront nécessairement sur les équilibres commerciaux. Leurs engagements sur les questions environnementales toucheront également le secteur agricole. J. Mc Cain a fait des OGM et des nanotechnologies un fer de lance de la compétitivité de l’agriculture américaine et il soutient l’ensemble des programmes de recherche engagés.

 

B. Obama, tout en ne s’y opposant pas, affiche une certaine prudence vis-à-vis des OGM. Enfin, il se différencie fortement de son concurrent en se positionnant sur les problématiques de l’éducation et de l’accès aux soins en zone rurale.

 

Une politique à contre-courant de la PAC 2003

 

Ces élections ne devraient pas changer les orientations de la politique agricole américaine. Le poids des groupes de pression au Congrès et l’importance économique pour certaines régions du  maintien d’activités agricoles contribueront à assurer une continuité. Si J. Mc Cain est élu, il sera obligé d’intervenir en cas de crise agricole, comme le fit R. Reagan en 1983.

 

Les États-Unis, au regard de leur histoire et du Farm Bill adopté en juin 2008, ne renonceront pas à leur politique agricole. Le passé glorieux d’exploitations familiales permettant de gagner la guerre d’indépendance au XVIIIe siècle reste ancré dans les esprits.

 

Depuis les années trente, hormis en 1996, les fondamentaux des dispositifs préservant la sécurité des revenus agricoles ont été conservés. À l’avenir, le développement de la conduite des machines agricoles par satellite, déjà enclenché, permettra d’accroître la productivité par individu et d’améliorer la qualité de vie des exploitants. On pourrait ainsi augmenter de 20 % la surface cultivée par actif. Or, les agriculteurs ne feront ces investissements que s’ils ont des perspectives d’avenir sécurisées.

 

Le nouveau Farm Bill, d’un montant de 289 milliards USD, montre que la structure fondamentale du soutien américain à l’agriculture reste inchangée : elle dépend du rendement et des prix du marché. Un prix élevé des matières premières est attendu pendant la durée de vie du Farm Bill (2008-2012). Les aides importantes prévues pour les producteurs d’éthanol devraient contribuer à tirer vers le haut les prix agricoles. Pour le moment, la récolte 2008 étant exceptionnelle, les ministres des finances du G8 viennent de donner la priorité à la lutte contre l’inflation des prix de l’énergie et des produits alimentaires.

 

Mais c’est la politique énergétique et plus particulièrement la problématique des biocarburants qui exacerbent les divergences de position des candidats et sont les plus à même d’avoir une influence sur l’agriculture mondiale. En maintenant les objectifs actuels d’incorporation d’éthanol,

la politique de B. Obama pourrait conduire à soutenir les cours mondiaux du maïs et jouerait dans l’équilibre mondial de la production de biocarburants.

 

J. Mc Cain, tout en prônant le développement d’énergies renouvelables, réaffirme son opposition aux soutiens à la filière biocarburants. L’adoption du nouveau Farm Bill et l’augmentation des aides devraient aboutir à une augmentation de la production agricole américaine.

L’absence d’accord dans le cadre des négociations de Doha ne permet pas aux Européens d’imposer leurs règles du jeu et les États-Unis restent maîtres du marché, position qui leur permet de continuer à agir de façon unilatérale, même si dans la négociation des pays émergents comme l’Inde et la Chine jouent un rôle non négligeable.

 

Au Congrès comme chez les professionnels, l’échec du cycle de Doha est jugé préférable à la conclusion d’un mauvais accord. Selon Adam Posen, du Peterson Institute for International Economics, le prochain président adoptera, quelle que soit son étiquette, une approche plus défensive face à la mondialisation. Cette position sera le résultat de l’insécurité économique liée à la récession qui s’annonce et au chômage actuellement en hausse.

 

Si les Américains élisent un président démocrate, la position du gouvernement sera d’inclure des normes minimales de travail et de respect de l’environnement. Cette position aurait un impact sur les accords de libre-échange, mais un impact mineur sur les produits agricoles qui sont les seuls à avoir été épargnés par la politique d’ouverture économique de George Bush.

 

Conclusion

 

Même si le slogan d’Obama, « Change we can believe in », en dit long, les espoirs des Américains et des Européens pourraient être déçus. Alors que l’Union européenne agricole a les yeux rivés sur 2013 et le découplage total des aides par rapport à la production, système inefficace pour soutenir les revenus agricoles lorsque les prix sont bas et injustifié lorsqu’ils sont hauts, la politique agricole américaine conserve ses filets de sécurité.

 

Nombre d’experts considèrent qu’il n’y aura de changement de cap à court terme avec aucun des deux candidats, mais tout au plus des rectifications de trajectoires. Enfin, il faut rappeler le rôle très important du Congrès américain. Ce n’est ni le président des États-Unis, ni l’administration qui font les lois, mais bien le Congrès. La politique américaine à l’avenir dépendra largement, quel que soit le domaine, de l’équilibre des pouvoirs qui sortira des urnes de la présidentielle et du renouvellement du Congrès.

 

Cet article est le 110ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

 

Voir aussi, concernant les USA, Amérique du Nord

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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