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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 19:34

Engager une vraie refondation, sinon disparaître

 

Le congrès du PS à Reims a suscité de nombreux commentaires, souvent critiques. Avant tout, il faut comprendre pourquoi ses différentes composantes n’ont pas réussi à dégager une majorité sur des orientations communes. J’ai publié deux articles récents sur ce blog, qui apportent des éclairages :

 

Michel Sorin : le congrès PS ne prendra fin que le 22 novembre - 16 novembre 2008

 

Michel Sorin décrit la situation au PS et les raisons des difficultés - 18 novembre 2008

J’ai reçu les réflexions qu’Alain Gély, responsable du comité MRC Paris 14ème, a rédigées le 17 novembre. Elles sont complémentaires des miennes. En voici les extraits les plus significatifs, en laissant de côté ce qui concerne l’initiative de Jean-Luc Mélenchon de créer le parti de gauche.

 

Quelques réflexions sur le congrès du PS

 

Le parti « socialiste » est très éloigné du socialisme historique, « autogestionnaire et/ou planificateur ». Même le « socialisme libéral » d’aujourd’hui est coupé de ses racines historiques.

En effet, le socialisme libéral du début du XXème siècle acceptait que le marché joue un rôle important ; mais ce marché était censé mettre en relations des coopératives (de production et de consommation), des associations et des mutuelles. Il en restait quelque chose dans le PS « autogestionnaire » des années 70 mais ces potentialités n’ont pas survécu à la vague néolibérale des années 80-90. Sinon à l’état de traces : le « tiers-secteur » est aujourd’hui relégué au second plan voire ignoré.

Le « socialisme libéral » d’aujourd’hui vient en droite ligne de la guerre froide. L’anti-stalinisme n’était évidemment pas, à l’époque, dénué de fondements mais il n’a plus lieu de constituer une priorité actuellement.

 

Ces derniers temps, écrasé par le rouleau compresseur néolibéral - désormais en panne ? - le PS n’avait pas pu durablement s’extraire de l’atlantisme et du « financiarisme », acceptations des rapports de forces actuels, politiques, économiques et stratégiques.

 

On en est venu à confondre capitalisme et démocratie. C’est un peu dommage pour des socialistes : Marx mais aussi Jaurès, voire Blum, ont dû se retourner dans leurs tombes ! Le PS de Mitterrand et, quelque temps, celui de Jospin ont semblé s’extraire de ces ornières mais n’ont pas réellement tenté la mise en œuvre d’un projet de socialisme démocratique.

 

Illustration de ces dérives : Mitterrand obtenait quelque 40% des voix des ouvriers au premier tour des présidentielles de 1981 ; Jospin est tombé à 13% en 2002 (trois fois moins !) ; Ségolène Royal est remontée aux alentours de 25 % en 2007, avant de franchir la « barre des 50% » d’assez peu au deuxième tour dans cet électorat. Remontée significative mais très insuffisante. Un parti qui s’est éloigné à ce point d’une de ses bases sociales primordiales est-il encore vraiment « socialiste » ?

 

Remarquons que les autres « partis socialistes » - ceux de l’internationale « socialiste » (IS) -  ne sont guère mieux lotis, même s’ils sont généralement mieux ancrés dans les milieux populaires que le PS français. Une dérive générale s’est produite qui fait de ces partis de l’IS les représentants, surtout, de classes moyennes salariées recherchant avant tout un compromis avec les milieux de la finance mondialisatrice.

 

Aujourd’hui, la finance mondialisatrice entre en crise ouverte. La caricature du socialisme que constituaient les régimes « capitalistes «d’État » (dits soviétiques) est désormais jetée aux poubelles de l’Histoire. Sauf en Chine, mais ce pays ne peut prétendre jouer un rôle de modèle pour les socialistes européens. Les PS sont donc devant un vide stratégique ; sont-ils en mesure de renouer avec leur base sociale, de revivifier leurs références historiques, de formuler de véritables projets politiques, impliquant la prise du pouvoir d’État mais ne s’y réduisant pas ? Les PS peuvent-ils seulement reconstituer une pensée critique profonde et cohérente du capitalisme ? On peut éventuellement l’espérer mais on ne peut l’affirmer.

 

Cette indétermination pose évidemment problème aux républicains sociaux, démocrates de gauche, écologistes responsables et toutes forces politiques et sociales qui aspirent à construire une démocratie véritable et qui ne peuvent guère l’envisager sans une évolution socialiste des socialistes ! « 

On ne peut rien faire avec le PS, mais on ne peut rien faire sans lui » Il faudra bien surmonter d’une manière ou d’une autre cette contradiction, (« malédiction de Gilles Lemaire », proférée par l’ex secrétaire national des Verts). Cela suppose des évolutions, qui se produiront inévitablement…

 

« L’erreur en politique, c’est l’erreur sur la question de l’État. » (Citation approximative d’un propos de Gramsci, communiste italien).

Sous couvert d’internationalisme, nombre de socialistes ont oublié que la démocratie s’exerçait pour l’essentiel, et sans doute pour longtemps, dans le cadre des « États-nations ». Il est vrai que la nation, la patrie, ont donné lieu à des récupérations nationalistes et bellicistes tragiques.

 

Mais c’est la vision ethnique de la nation, celle de la race et du sang, qui en est responsable.

La nation républicaine, politique est au contraire un instrument de libération un ingrédient de l’internationalisme. Jaurès l’avait bien compris : « Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale, beaucoup de patriotisme y ramène ».

 

La confusion entre internationalisme et anti-patriotisme, ou l’anti-étatisme, explique l’invraisemblable dérive des PS européens, acceptant l’Union européenne actuelle comme vecteur de l’internationalisme. Une partie de la « gauche de gauche » commet la même erreur dramatique. L’abandon de toute réflexion un peu profonde et pertinente sur l’État se déduit de cette erreur fondamentale. D’où les approximations et les divisions du PS français, par exemple, sur la question constitutionnelle l’été dernier. Et le malaise sur la question présidentielle : le PS oscille entre un présidentialisme forcené, y compris en son sein, et un parlementarisme aux horizons limités. Corollaire : on voit fleurir des analyses, malheureusement fondées, selon lesquelles les grands élus régionaux et municipaux du PS préfèrent rester dans l’opposition au niveau national plutôt que de risquer de perdre leurs mandats locaux…

 

Sur le congrès du PS lui-même. Écartons d’abord les critiques faciles, assez communes. Le fait que des courants s’affrontent sur des textes présentés par des personnes et que des votes tranchent entre ces options n’est absolument pas répréhensible. Sauf à ériger en modèle le rassemblement autour d’un Dieu (Déesse ?), d’un(e) César(e ?) ou d’un(e) Tribun(e ?) [Il y a lieu désormais de féminiser Dieu, César et Tribun, c’est un progrès !]

 

Qu’un congrès de délégués n’ait pu trancher les différends et que les adhérents se prononcent en dernier ressort dans un scrutin à deux tours quelques jours après, c’est plutôt à saluer. Ou… ce serait à saluer si ces formes démocratiques n’étaient pas occultées par le clientélisme (grosses fédérations votant comme un seul homme ou presque) et par le vide stratégique signalé ci-dessus.

 

L’absence de synthèse est-elle un drame ? Qu’il y ait ou non synthèse dans un congrès du PS n’indique rien ou presque sur l’unité de ce parti non plus que sur sa capacité à se tracer une ligne claire et pérenne pour au moins deux ans. Ainsi, Épinay 71 et Metz 79 sont sortis sans synthèse (lire : sans unanimité) mais avec une force propulsive incontestable. A l’inverse, Nantes 1977 et Rennes 1990, congrès sans synthèses, ont débouché sur des échecs en 1978 et 1993. D’un autre côté, les congrès unanimistes (avec synthèses) à Valence en 1982, à Toulouse et à Lille dans les années quatre-vingt puis au Mans en 2005, pour ne citer que ceux-là, restaient lourds d’arrière-pensées et de faiblesses stratégiques.

 

Le score des différents courants a pu surprendre. Que l’attelage constitué par le favori des sondages (Delanoë) et le premier secrétaire sortant (Hollande) sans compter Moscovici, Jospin et quelques autres, que ce groupe ait pu plafonner à 25% alors que certains de ses membres espéraient dépasser 50 % est une réelle surprise. La référence malencontreuse de son leader présumé au socialisme libéral n’y est sûrement pas pour rien. Ils sont clairement les perdants de ce congrès qui n’a pas, au moins pour le moment de gagnant.

 

Ségolène Royal est en tête mais loin, très lojn, des 60% qu’elle avait recueillis au moment de la désignation du candidat PS pour les présidentielles. Martine Aubry, avec 24% retrouve à peu près le score de son allié Fabius, alors qu’elle avait attiré aussi des Strauss-Kahniens et évidemment des Deloriens. Benoît Hamon, a avec 19%, fait mieux que prévu mais reste très loin des 40% obtenus par le Non de gauche lors du referendum interne au PS en 2004, et plus loin encore des quelque 60% d‘électeurs socialistes qui avaient voté Non en mai 2005. B. Hamon semble en position d’influencer le choix du la future première secrétaire mais n’est-il pas devant une impasse ? Refuser de se prononcer, en cas de deuxième tout Royal-Aubry, c’est un aveu d’impuissance à court terme. A l’inverse, tout ralliement à l’une des candidates exposerait sans doute sa motion à l’éclatement. B. Hamon, qui avait rassemblé les courants de gauche du PS, est en outre affaibli par le départ de certains d’entre eux (…).

 

Conclusion

 

La refondation de la gauche semble aujourd’hui possible. Les scories du « stalinisme » sont balayées. Le capitalisme n’est pas seulement incapable de maîtriser les questions sociales et environnementales. Au contraire, il les suscite et les aggrave, ce qui recommence à se savoir.

Le colosse néolibéral vacille. Les bases sociales d’un socialisme démocratique existent. Des projets politiques voient le jour, qui peuvent être activés. Les militants, actuellement encartés dans des PS, ou extérieurs à ces partis, peuvent les uns et les autres contribuer à ces évolutions nécessaires.

Dans ces conditions, les PS actuels seront contraints d’évoluer en se ressourçant ou ils s’achemineront vers un éclatement et une disparition que, seuls, quelques vieux élus locaux regretteraient.

 

Cet article est le 80ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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Published by SORIN Michel - dans Gauche France
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