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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 01:04

 

Le marché, rien que le marché, tout pour le marché

 

Alors que les agriculteurs subissent une variation des cours d’une amplitude sans précédent, les responsables européens de l’agriculture n’ont rien trouvé de mieux, avant hier, 20 novembre, que de faire davantage dépendre les prix et revenus agricoles de la loi de l’offre et de la demande sur le marché.

 

Au nom de la Commission européenne, Mariann Fischer Boel, Commissaire à l’agriculture, avait préparé un rapport sur le bilan de santé de la Politique Agricole Commune (PAC) qui ne s’écarte pas de l’orientation ultralibérale qui est la sienne.

 

Pour sa part, Michel Barnier, l’actuel ministre français de l’agriculture, tenait à ce que cette réunion avec ses 27 collègues s’achève par un bon compromis, pour deux raisons, au moins : il est président en exercice du Conseil des ministres de l’agriculture et il va bientôt démissionner, au début de 2009, afin de préparer les élections européennes.

 

Selon Luc Vernet, correspondant à Bruxelles du quotidien Ouest-France (21 novembre 2008), « l’Europe a trouvé un accord qui redessine la Politique Agricole Commune jusqu’en 2013 ».

 

« La présidence française a dû multiplier les concessions pour parvenir à un accord sur le bilan de santé de la PAC (…). Au final, cette « miniréforme » n’est que le prélude d’une réforme plus profonde, annoncée pour 2013. Plusieurs décisions prises, hier, constituent d’ailleurs un premier pas en vue des futures échéances.

 

Une PAC plus libérale. L’Allemagne n’a pu s’opposer à la libéralisation, à l’horizon de 2014, des quotas laitiers, notamment en raison de l’attitude pour le moins ambiguë de la France. Le secteur du lait traverse une crise « inimaginable il y a seulement quelques mois », a reconnu Mariann Fisher Boel, la commissaire européenne à l’Agriculture. Dès l’an prochain, une hausse de 1% par an de la production sera néanmoins autorisée. Parallèlement, à compter de 2010, toutes les aides encore liées à la production devront être dissociées, sauf dans certains secteurs fragiles.

 

Une PAC plus juste. La France, comme l’ensemble des Etats membres, va désormais avoir la possibilité de prélever de 10 à 25%, selon les cas, des aides versées à des secteurs agricoles florissants pour aider les zones de production les plus fragiles (montagne, élevage ovin notamment). Quant aux plus gros bénéficiaires de la PAC (plus de 300 000 euros)ils se verront prélever plus d’argent pour la politique européenne de développement rural.

 

Une PAC « à la carte ». La mise en place généralisée de « boîte à outils » au niveau communautaire, comme les appelle Michel Barnier, constitue un premier pas non négligeable vers une renationalisation de la PAC. De plus, les Etats membres pourront choisir d’utiliser l’argent européen, ici pour la reconversion énergétique des exploitations, là pour la recherche et l’innovation.

 

Une PAC pour les crises. Le ministre français estime avoir mis « un premier pied dans la porte », en imposant au niveau communautaire l’idée de venir en aide aux secteurs fragilisés non seulement pour des catastrophes naturelles mais, en plus, en raison d’aléas économiques. Pour les céréales, Paris est parvenu à maintenir de « vrais filets de sécurité », avec un mécanisme d’intervention (achats publics).

 

Pour mieux comprendre, je propose la lecture de l’article de Ouest-France (23 septembre 2008, Luc Vernet) Avenir de la Pac : la France en difficulté qui s’intègre dans un article mis en ligne sur ce blog le 27 septembre dernier Michel Sorin : la PAC dans le collimateur de l'Europe libérale.

 

« Les syndicats français sont en colère »

 

Voici les communiqués de presse des trois principales organisations syndicales agricoles françaises.

 

- FEDERATION NATIONALE DES SYNDICATS D'EXPLOITANTS AGRICOLES (FNSEA, 20 nov.)
 

Bilan de santé de la PAC : Un accord à bas prix !

La crise financière est omniprésente, la crise de l'économie dite réelle devient prégnante et la crise alimentaire semble permanente. Dans ce contexte, au bout de 14 heures de négociations, les ministres européens de l'agriculture ont abouti à un accord. On aurait pu penser que celui-ci soit inspiré des bouleversements mondiaux actuels, mais il n'en est rien !

Cet accord symbolise la fin de la régulation des marchés. Il finit de déstructurer les outils de gestion de ces mêmes marchés. Le rouleau compresseur de la Commission qui n'a qu'une stratégie : " Le marché, rien que le marché, tout pour le marché " peut alors avoir des conséquences graves pour les producteurs et les consommateurs. Le conseil n'a tenu aucun compte du contexte européen et mondial. A titre d'exemple, l'augmentation des quotas laitiers est une ineptie au moment où partout en Europe les producteurs subissent des baisses de prix importantes. De même, 5 % de modulation supplémentaire interpelle au moment où les charges augmentent et les cours des céréales vacillent. Il y a contradiction entre cette augmentation et une politique agricole qui se doit d'être une politique économique.

Malgré quelques points de détails, la France qui préside l'Union Européenne et qui souhaitait redonner des perspectives et des orientations politiques pour la PAC fait chou blanc. En effet, cette volonté politique ne se traduit pas dans cet accord où ce qui est qualifié positivement de filet de sécurité n'est en fait qu'un grand saut dans la précarité, dans l'instabilité c'est-à-dire un grand saut dans l'inconnu. La FNSEA dénonce le double langage d'hommes politiques qui en France et en Europe n'ont qu'un mot à la bouche " régulation " et détruisent cependant la seule politique régulée : la PAC.

Bilan de santé de la PAC : un accord à bas prix !

 

 

- Confédération paysanne (20 novembre)

Compromis sur la réforme de la PAC : la maison brûle et les ministres Européens mettent de l’huile sur le feu

Le compromis passé cette nuit est tel que prévu : scandaleux, injuste et dangereux.


L’ensemble du monde subit de plein fouet les effets des crises financière, alimentaire et écologique. Malgré cela, les gouvernements européens choisissent d’accentuer la dérégulation des marchés et donc l’instabilité des prix et des revenus agricoles pour les paysans : aujourd’hui en France, un quart des familles d’agriculteurs vit sous le seuil de pauvreté. La situation sera pire demain.


La suppression des quotas laitiers en 2015, après leur relèvement de 1% par an dès maintenant, arrive au moment même où les laiteries baissent leur prix d’achat aux paysans pour cause de surproduction.


Le soutien aux productions ovines, au lait de montagne, à l’agriculture biologique, aux fruits et légumes, sera réduit à peau de chagrin : l’article 68 initialement prévu pour les financer servira quasi exclusivement à financer l’assurance récolte des seuls agriculteurs qui auront la possibilité d’y souscrire.


Même les taux de modulation sont revus à la baisse ! Les avantages acquis sont ainsi bien protégés et le financement des nouveaux défis encore amoindri : changement climatique, énergie renouvelable, gestion de l’eau, biodiversité, secteur laitier. Le secteur laitier que l’on désorganise définitivement dans ce compromis rentre étonnamment dans la liste de ces nouveaux défis.


Vu l’orientation de ce compromis, on ne peut même pas être sûr aujourd’hui que la France utilisera les marges de manœuvre qui existent cependant dans ce canevas européen pour assurer « moins mal » le maintien des paysans et des productions. La France peut et doit remettre en cause les références historiques dans l’attribution des DPU.


Toute la question des mois à venir sera celle du courage politique du gouvernement français à assumer une autre répartition des soutiens à l’agriculture en France. Sans courage politique rien ne sera possible.

  suite

 

- Coordination rurale (20 novembre)

      Bilan de santé de la PAC : un compromis bien décevant

La Coordination Rurale regrette qu’à travers le compromis sans ambition proposé par la France, les ministres de l’Agriculture européens aient privilégié des aménagements à la marge qui ne suffiront pas à garantir l’avenir de l’agriculture en Europe. En effet, la grave dépendance en protéines n’est pas évoquée et la dérégulation de la production et du marché, en particulier du lait, avance à grands pas.

Le découplage total pour les grandes cultures en 2010 va bien dans le sens souhaité de la simplification. Mais celui des aides animales prévu d’ici 2012, même s’il ne touche pas les vaches allaitantes, risque d’avoir de graves conséquences pour l’élevage dans les zones difficiles et donc pour notre approvisionnement en viande bovine.

L’Union Européenne persiste dans l’erreur à propos du développement rural qui ne suffira pas à maintenir une agriculture européenne compétitive et de qualité. L’augmentation de la modulation, certes de moindre ampleur que prévu initialement, va gravement affecter le revenu des agriculteurs. Dans un contexte de forte volatilité des cours et de prix à la production qui ne couvrent pas les coûts de revient, le revenu des agriculteurs est en effet constitué totalement d’aides directes. La situation déplorable qui a conduit Michel Barnier à prendre des mesures d’urgence la semaine dernière va donc encore empirer.

Les décideurs européens n’ont pas saisi l’occasion qui leur était offerte de donner une nouvelle direction à la PAC à travers un renforcement de l’organisation des productions et des marchés, pour garantir la sécurité alimentaire des Européens et préserver tout un pan de notre économie. C’est un échec pour la France qui vient de faire à Bruxelles ce que le Président Sarkozy avait dit qu’il ne faudrait plus jamais faire (discours de Rennes – septembre 2007).

Bilan de santé de la PAC : un compromis bien décevant

 

Voir aussi (17 octobre 2008) Marchés agricoles déréglés : l’échec cuisant de la PAC

 

 

Cet article est le 111ème article paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

 

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