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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 21:49

Obama, un président porteur des aspirations du peuple

 

La transition Bush-Obama est longue, le président élu prenant ses fonctions le 20 janvier 2009. Pendant ce temps, la situation économique et sociale apparaît de plus en plus dans sa réalité (voir Etats-Unis : le chômage au plus haut depuis 15 ans, Nouvel Observateur, 5 décembre).

 

« La situation dont hérite Obama est un cauchemar ». Ce constat d’un spécialiste du monde des affaires concerne la crise économique, mais la politique étrangère et de sécurité n’est pas beaucoup plus confortable (voir l’article de Rémy Ourdan sur le site du Monde, paru le 1er décembre Les "guerres de l'Amérique", priorité de Barack Obama).

 

Le président a pris les moyens de rassembler le camp démocrate (voir Clinton succèdera à Rice au département d'Etat américain, Le Monde, 1er décembre).

 

Il s’engage dans la bonne direction en donnant la priorité aux investissements afin de moderniser les équipements du pays - infrastructures, nouvelles technologies, santé, énergie - voir Obama annonce un plan pour les infrastructures (Nouvel Observateur, 6 décembre).

 

Ce qui ressort des orientations de Barack Obama, c’est sa volonté de faire corps avec le peuple, de prendre en compte la réalité sociale.

 

Sa philosophie est à découvrir dans le discours mémorable qu’il a prononcé le 18 mars 2008 à Philadelphie. Claude Nicolet (qui était alors secrétaire national aux relations internationales du MRC) avait publié, le 5 avril, une tribune (voir, ci-après). Il y a un mois, il ajoutait ce commentaire :

 

« Je m'autorise à insister sur un point qui me parait important, c'est la volonté d'Obama de ne pas se laisser enfermer dans la question raciale. Autrement dit, le discours actuellement dominant sur nos médias qui consiste à dire que la France est en retard sur les questions liées aux discriminations (qu'il faut quand même regarder avec attention) et qui vise à instrumentaliser la victoire d'Obama relève selon moi de la manipulation.
Cette victoire est révélatrice de phénomènes bien plus importants. Certes la France a des difficultés sociales et économiques de taille et le racisme y a sa part, mais les réduire simplement à cela c'est prendre les choses par le petit bout de la lorgnette et refuser de s'attaquer au système c'est à dire au fonctionnement du capitalisme financier globalisé ».

Barack Obama ou le grand retour de la question sociale

 

Le 18 mars dernier, Barack Obama a prononcé un discours à Philadelphie dont l’importance fera probablement date. Le sénateur Obama, candidat à la candidature pour l’élection présidentielle aux Etats Unis d’Amérique était dans une situation difficile, suite à certaines déclarations du révérend Jeremiah Wright, dont il était très proche. Cet homme a, en effet, eu des propos très durs sur la politique intérieure et étrangère des Etats-Unis plaçant Barak Obama en situation délicate.

 

Se démarquant clairement des propos du pasteur, il a néanmoins refusé de le renier en affirmant « qu’il portait en lui les contradictions de la communauté ». Ce qu’il y a de passionnant et de remarquable dans ce discours, c’est qu’il procède d’un double mouvement. Il est à la fois une déconstruction et une mise en perspective permettant de produire une vision politique.

 

Il s’inscrit tout d’abord profondément dans l’histoire de ce pays sans en rejeter les contradictions, en particulier le « péché originel » de l’esclavage en décalage complet avec la déclaration d’indépendance.

Cette inscription dans l’histoire et dans le volontarisme que cela sous-entend, doit selon lui inciter à l’action. Rien n’a été donné, il a fallu se battre pour conquérir les droits civiques et civiles, lutter contre les discriminations pour « réduire l’écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité du temps ». Le souhaitable est possible à condition de le vouloir pour tous car il ne peut se réaliser au détriment de l’Autre.

 

Il pose ainsi clairement la question raciale dans un long préambule à son intervention comme préalable à la bonne compréhension de la réalité américaine qu’il ne faut pas chercher à récuser, rappelant un certain nombre de vérités sur la société américaine, ses inégalités et les violences qu’elles engendrent. Mais « on ne peut ignorer la problématique de la race » dit il, elle est profondément enracinée dans l’identité du pays.

 

Cependant cette violence ne doit rien au hasard mais plutôt au résultat de l’histoire et des politiques qui furent menées aux Etats Unis d’Amérique. Ce pays porte en lui ces immenses contradictions et il ne sert à rien d’essayer de les nier ou de les contourner.

Pratiques inégalitaires dans tous les domaines n’ont eu comme résultat que « l’échec et le gâchis comme expérience légués aux générations futures ». Dès lors, le racisme devenait une « définition du monde ». La « colère noire » ne peut être comprise sans cela, et le révérend Wright porte en lui cet héritage.

Mais la force du discours d’Obama tient au fait qu’il analyse aussi les raisons de la « colère blanche » venant des milieux populaires ou de la classe moyenne qui n’avaient pas le « sentiment que son appartenance raciale était un privilège ».

 

Face à la discrimination positive, face aux aides sociales dont les blancs se sentaient exclus, face à ce qu’ils ressentaient comme une injustice et une inégalité, surtout pour ceux qui ne se sentent en rien responsables des crimes esclavagistes. La rancœur est grande et c’est sur ce terreau que la coalition néo libérale puis néo conservatrice s’est bâtie.

 

Il réussit à déconstruire et à expliquer au peuple américain, les maux dont souffre sa société.

Dès lors il faut voir en face les « vrais problèmes : une culture d’entreprise où les délits d’initiés, les pratiques comptables douteuses, la course aux gains rapides sont monnaie courante, une capitale sous l’emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d’une minorité de privilégiés (…). Il est temps maintenant de parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, des urgences médicales aux files interminables et d’un système de santé qui s’effondre, des usines qui ont fermé leurs portes, des maisons qui sont à vendre, des entreprises qui délocalisent dans le seul but de faire du profit ».

 

Ce faisant, il subordonne en fait la question raciale à la question sociale et à l’organisation sociale de la société américaine.  Il propose alors de mettre en place un projet politique qui permettrait à l’individu de se réaliser et de s’émanciper en tentant de s’affranchir du déterminisme racial qui l’entrave tout en « assumant le passé sans en être victime ». Il ne s’agit pas d’une alliance des races mais bien d’une réflexion sur les structures économiques et sociales de la société américaines.

Le fait de voir revenir sous cette forme la question sociale au premier plan du discours d’un responsable politique américain qui peut devenir Président des Etats Unis d’Amérique, traduit incontestablement une évolution dans le rapport de force idéologique dans ce pays, mais aussi dans le monde.

 

Certes, Barack Obama est ancré dans la religion et y fait référence en permanence ; certes son approche très rapide du conflit israélo-palestinien est contestable, mais assurément  un discours différent en terme d’analyse politique, économique et sociale est apparu.

 

C’est donc en abordant de front ces questions économiques et sociales, qui constituent selon Obama le cœur des problèmes de la société de son pays, que l’on pourra aller « vers une union plus parfaite », mais qui ne peut se faire qu’à la condition que chaque citoyen entame le travail de perfection qui permettra à l’ensemble du peuple de prendre ce chemin. Car « les rêves des uns ne doivent pas se faire au détriment du rêve des autres ».

 

Il faut prendre la mesure des chocs qui sont entrain de se produire, crise économique et financière commencée cet été aux Etats Unis, contagion sur toutes les places boursières qui légitime à nouveau l’idée de nationalisation, effondrement de l’immobilier et d’une partie du crédit, renchérissement du coût de l’énergie et des matières premières, instabilité internationale majeure dans la corne de l’Afrique, en Irak, dans le Proche-Orient, en Afghanistan, tensions avec la Russie suite à l’extension de l’OTAN et à l’indépendance du Kosovo…La liste est longue.

 

La question de la place et de la fonction de l’Etat  va redevenir une question politique majeure dans les mois et les années à venir pour apporter de la régulation et de la sécurité aux citoyens. Pour qu’ils puissent vivre dans des sociétés où ne règne pas seulement la loi du plus fort.

 

Ce sont ces grands mouvements qu’il faut être aujourd’hui en capacité de percevoir pour bâtir de grands projets politiques, éventuellement à l’échelle d’un continent, mais aussi à coup sûr, cohérent au niveau mondial. C’est à cette échelle là qu’il faut désormais se placer.

 

Voir aussi JP Chevènement : les USA ne pourront, seuls, sortir de la crise - 15 novembre 2008

 

 

Cet article est le 4ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique du Nord

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Published by SORIN Michel - dans Amérique
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