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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 10:44

La faiblesse syndicale est un handicap pour les salariés

 

Le taux d’abstention, extrêmement élevé, lors des élections prud’homales du 3 décembre 2008, a nécessairement des causes multiples. Gérard Beillard, ouvrier dans une entreprise textile de Laval et militant du MRC 53, m’a transmis ses réflexions à ce sujet.

 

Les causes de l’abstention croissante aux élections prud’homales

 

Les élections prud’homales 2008 ont été marquées par un fort recul de la participation des salariés du privé. Il y a plusieurs causes mais, avant de les énumérer, je tiens à exprimer ma solidarité avec ces femmes et ces hommes qui s’emploient à faire fonctionner une justice de proximité. Ceux qui leur font appel s’accordent pour souligner la qualité de leur travail.

 

Venons-en au recul de la participation. Depuis 1979 (taux d’abstentions : 37%), ce taux a augmenté par paliers : 54% (1987), 67% (1997, 2002), 74,5% (2008).

 

Les causes :

 

-          Les syndicats, tous confondus, n’ont pas réagi lorsque la gauche au pouvoir, en 1983, a fait une politique de restriction sur les salaires. Les salariés n’ont pas accepté ce virage libéral, même si certains syndicats se sont laissés aller dans ce sens.

 

-          La gauche s’est rendu complice des néolibéraux en s’accommodant de cette économie de marché qu’elle n’a pas voulu réguler et réformer dans le sens de la justice sociale, quand elle était au pouvoir. Les couches populaires se sont lassées, voyant les syndicats empêtrés entre négociation et contestation.

 

-          Le MEDEF en a profité pour changer la conception du travail, effaçant ce qui restait de collectif entre salariés pour passer complètement dans l’individualisme. Il a réussi à diviser pour régner. La crise aidant et le pouvoir politique s’affaissant, les citoyens se sont refermés sur eux-mêmes.

 

-          La droite, arrivée au pouvoir décomplexée, a commencé à s’en prendre sans vergogne aux acquis sociaux (soit disant pour sauver le système social !), sans que le PS dénonce les dérives de cette économie de marché devenue incontrôlable.

 

-          Les syndicats sont trop éparpillés. Dans certains domaines, ils devraient se rencontrer et décider une contre-offensive, au lieu de se déchirer.

 

Ceux qui misent sur la négociation à tout prix (les « réformistes ») ont constaté qu’ils se sont fait avoir sur les retraites et sur l’orientation de la sécurité sociale. La négociation un pas en avant et un pas en arrière n’est peut-être pas le plus efficace.

Le mot « réformiste » va dans le bon sens, à condition que les réformes soient dans l’intérêt des salariés, ce qui, semble-t-il, n’était pas le cas.

 

Les syndicats « contestataires » devraient s’ouvrir plus à la communication, s’intéresser de plus près à ce que revendiquent les salariés et jouer un rôle plus collectif, en relation avec les autres syndicats. La diversité des syndicats est une bonne chose pour notre démocratie, à condition qu’ils jouent collectif et sur les bons terrains. Ils devraient débattre plus souvent entre eux des enjeux. Les organisations d’employeurs (MEDEF, CGPME, FNSEA) sont plus solidaires entre elles que les représentants de salariés !

 

Les syndicats seraient plus crédibles, aux yeux des salariés, s’ils manifestaient ensemble, mais ce n’est pas souvent le cas. Dans certains dossiers comme les retraites, la sécurité sociale, le travail le dimanche, les licenciements, les emplois précaires, la société que nous voulons pour le 21ème siècle, il faudrait qu’ils travaillent ensemble pour le progrès social.

 

Enfin, avant les élections prud’homales, les syndicats sont très peu passés dans les ateliers pour expliquer les enjeux de ces élections. Manque de temps, de moyens, de délégués ?... En tout cas, il reste beaucoup à faire en matière de communication.

 

Rien à voir avec le savoir faire du pouvoir dans l’opération de sauvetage des banques, sous la houlette du président de la République, ce qui profite aux banquiers incendiaires ; ils vont pouvoir reconstituer leurs marges sans droit de regard de l’Etat dans les conseils d’administration. Cet argent n’aurait-il pas été mieux utilisé s’il avait été affecté aux citoyens qui en ont le plus besoin pour maintenir leur pouvoir d’achat et, ainsi, éviter la récession ?

 

La vraie question est celle du rapport de forces : comment des syndicats, divisés et faibles, peuvent-ils discuter et négocier convenablement avec un MEDEF renforcé par le soutien d’un pouvoir politique fort ?

 

 

Pour en savoir plus sur les élections prud’homales

 

Concernant les résultats des élections prud’homales, voici quelques éléments d’information tirés de l’article de Rémi Barroux dans Le Monde daté du 5 décembre.

 

Cinq millions de salariés ont voté, soit un salarié sur quatre. 19 millions d’électeurs, salariés et employeurs, étaient appelés à élire près de 15 000 conseillers prud’homaux. Le résultat des élections donne une indication de la représentativité des syndicats. Premier constat, la CGT renforce sa première place avec 33,8% des voix (+ 1,6%). Dans L’Humanité, le 5 décembre, voici ce qu’en disait Bernard Thibault « Le résultat du vote gêne beaucoup de monde ».

 

A la deuxième place, la CFDT accuse une baisse de 3 points (22,1%). En recul aussi, FO obtient 15,9%, puis la CFTC baisse aussi (8,9%). La CGE-CGC progresse (8,2%), suivie par l’UNSA (6,2%) et Solidaires (3,8%) qui sont aussi les gagnants de ce vote.

 

On peut s’étonner que ces élections ne se déroulent pas sur les lieux de travail, ce qui favoriserait la participation (aux élections professionnelles, celle-ci est autour de 65%).

 

Pour en savoir plus sur ces élections, voir Prud’homales: où est la démocratie sociale? (MediaPart, 8 décembre), et aussi Le faux test syndical des prud'homales, par Michel Noblecourt (Le Monde, 1er décembre), Elections prud'homales, mode d'emploi (Libération, 2 décembre) ou Quel enjeu pour les élections prud'homales (France 2, 1er décembre).

 

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

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Published by SORIN Michel - dans Travail Economie
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commentaires

SORIN Michel 13/12/2008 14:21

Merci, Serge, pour cet éclairage complémentaire. Par ailleurs, j'ai reçu un message d'un abonné à ce blog, me signalant la réaction de Gérard Filoche (voir UFAL Flash  Nette progression des syndicats combatifs en dépit de l’abstention organisée par le pouvoir).

Serge Maupouet 13/12/2008 14:05

Le vote sur le lieu de travail serait sans doute une bonne chose pour augmenter la participation. Ainsi, pour confirmer ce qui est dit ci-dessus, lors des élections aux CAP (Commissions Administratives Paritaires) dans l'Education nationale, élections qui ont été organisées le jour précédant les élections prud'hommales, le rapport participation/abstention est exacement l'inverse (64,10% de votants au niveau national). Or, la quasi-totalité des enseignants sont appelés à voter dans leur établissement d'enseignement ou de rattachement.Voir mon très court topo à ce sujet : élections professionnelles : participation en hausse dans l'Académie de Poitiers et les résultats nationaux sur le site du Snes national http://www.snes.edu/capnhtml/tte_catego.html