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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 22:13

La réforme la moins chère et la plus urgente

 

Le ministre Xavier Darcos avait exprimé une ferme volonté de réformer le lycée, mais il a dû, lui aussi, faire marche arrière (voir l’article précédent paru, hier, sur ce blog (La réforme du lycée est reportée d'un an en raison des manifestations - 20 décembre 2008).

Il admet qu’il va falloir repartir à zéro, tant les incompréhensions et les oppositions à son projet de réforme sont grandes (Xavier Darcos et les lycéens se donnent rendez-vous à la rentrée (Le Monde, 21 décembre).

En fait, celles-ci sont dues essentiellement à la suppression de postes d’enseignants. Comment ce gouvernement pourra-t-il procéder à des réformes libérales pendant que la crise s’avance à une vitesse qu’on n’a jamais connue ?

 

Le président de la République est très malin pour semer la zizanie politique chez ses adversaires socialistes. Il l’est moins pour comprendre que sa politique libérale, dans le contexte actuel, ne peut que monter la société contre lui. Et comme il veut tout régenter, s’il persiste sur cette voie, il court le risque de n’avoir le choix qu’entre la démission et la capitulation…

 

Pour ma part, je veux être constructif. Ayant participé aux conférences organisées par l’AFLEC Association Familiale Loisirs Et Culture Saint-Berthevin ... animées par Philippe Barrieu, professeur d’économie politique au lycée Ambroise Paré et à l’université populaire de Laval, il me semble important d’évoquer ici les réflexions de ce professeur.

 

Que dit Philippe Barrieu du système éducatif français ?

 

Il considère le système éducatif en France comme un cas d’école, révélateur des blocages de la société. D’un côté, des constats assez bien partagés sur les succès et les difficultés du système français. De l’autre, l’incapacité collective à réformer ce qui devrait l’être, sans toucher à ce qui fonctionne bien.

 

Un constat qui n’est pas flatteur

 

Au-delà de progrès incontestables, qui semblent s’arrêter depuis une dizaine d’années, le niveau moyen est faible sur deux aspects : le supérieur (après la licence) et la formation professionnelle qualifiée, au-delà du baccalauréat.

 

Les classements internationaux sont plus que médiocres : les universités (selon les critères, contestés, de Shangai) et les acquis des élèves âgés de 15 ans (classement PISA). De plus, une enquête du CNDP montre un recul du niveau d’acquisition des connaissances (deux ans entre 1980 et 2002). Le plus préoccupant est le décrochage d’une forte minorité d’élèves (classement PÏSA).

 

Le gros point noir est l’aggravation des inégalités sociales à l’école. Les résultats scolaires sont très liés à l’origine sociale des élèves.

 

Comment remédier à ces difficultés ?

 

Ce n’est pas un problème de moyens insuffisants. La France met 6% du PIB dans l’éducation, ce qui est correct. L’effort financier par élève progresse. Mais la dépense est mal répartie : trop dans le secondaire et les grandes écoles, pas assez pour le primaire et le supérieur universitaire.

 

Les résultats modestes et les inégalités sociales peuvent s’expliquer par l’inadaptation de ce qui est enseigné aux élèves (enseignement trop encyclopédique, trop de matières différentes, trop de théories, pas assez de savoirs pratiques et de mise en autonomie). Ce type d’enseignement favorise le bachotage.

 

Les réformes pourraient être de mieux définir les savoirs fondamentaux et les enseignements optionnels, de séparer l’essentiel de l’accessoire dans chaque discipline et de développer en priorité la capacité de l’élève à l’apprentissage, la curiosité et l’autonomie.

 

Le système français est fondé sur la spécialisation unique de l’enseignant (une seule matière), sur un excès de formalisme (y compris dans l’évaluation, notamment le baccalauréat), le cours magistral et la transmission passive du savoir.

 

Par contre, ce qui relève de l’apprentissage personnel, du travail dirigé, de la réalisation d’objectifs, du comportement individuel …passe au second plan. L’élève « idéal » est un être attentionné mais passif, soumis à la règle et à l’enseignant. Mais le problème, c’est que cela ne marche plus, ou mal.

 

Il faudrait beaucoup plus d’interdisciplinarité, de travaux dirigés orientés vers la découverte et la réalisation, moins d’épreuves académiques. Bref, former aux savoirs faire plus qu’aux simples savoirs.

 

En conclusion, s’agissant de la France, notre compétitivité par les prix est illusoire. Elle ne peut venir que de l’effort structurel et, en premier lieu, la formation. Le cas de la Finlande montre le lien entre la prospérité économique et la qualité du système éducatif.

 

Parmi toutes les réformes, celle du système éducatif est sans doute la moins chère et la plus urgente.

 

 

La conférence est mise en ligne sur le site de l’AFLEC*. Voir La Réforme du Système Educatif.

  

* J’avais déjà mentionné ces Conférences d'économie politique organisées par l'AFLEC Saint ...  dans un article paru sur ce blog le 20 octobre 2006.

 

Cet article est le 14ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

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commentaires

S
Un grand merci à Serge pour ce commentaire tout à fait pertinent, issu de son expérience professionnelle. Je suis pleinement d'accord avec sa conclusion.
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S
Ci-dessous quelques remarques très partielles.Le problème crucial auquel sont confrontés les enseignants, tant en banlieue qu'en zone rurale (c'est moins vrai, pour des raisons évidentes, en centre-ville), est le manque d'appétence d'une part importante des préadolescents ou des adolescents pour l'enseignement et le travail scolaires. Pour être bref, ce travail scolaire, même basique, qu'on demande n'est pas (ou pas suffisamment) réalisé par ceux qui en auraient le plus besoin. Or, cette question ne peut être résolue uniquement au sein de l'école. C'est un problème sociétal, qui implique autant les parents que les enseignants, et qui concerne aussi l'action sociale (voir plus bas). Il ne suffit pas d'investir l'école d'une mission, il faut que la société en son ensemble soutienne les efforts de l'école, et les prolonge. Concernant l'autonomie donnée aux élèves. Bien sûr, c'est une compétence à développer : puisque la formation doit s'effectuer désormais tout au long de la vie, il faut apprendre aux élèves à rechercher par eux-mêmes des connaissances. C'est ce à quoi on initie déjà en classe par les méthodes actives. Mais l'expérience des TPE en lycée laisse dubitatif sur la systématisation de dispositifs de ce genre. Les élèves en décrochage ne sont guère plus impliqués dans la production qu'on leur demande. Les productions restent généralement assez pauvres, même s'il y en aussi des correctes et quelques brillantes. Pour faire bref : les élèves "scolaires", eux, s'en sortent toujours. L'autonomie ne résoud pas directement la difficulté scolaire. Par contre, il est vrai que, pour parler du collège, le collège unique est sans doute devenu "trop unique", c'est à dire que tous les dispositifs qui subsistaient pour proposer un parcours différencié à ceux qui se sentaient mal dans une classe traditionnelle ont été supprimés. Là, il y a une piste à rouvrir : proposer un cheminement différent aux élèves qui en ont besoin, mais avec l'optique de les amener au même niveau de formation que les autres (donc, il ne faut pas de filières de relégations, mais des classes de réussite où les élèves qui sont en échec dans le type d'enseignement proposé au plus grand nombre, pourraient être remis en selle).  Réformer l'école sans s'occuper de son environnement sociétal et socio-économique est un leurre. Pour réussir à l'école, il faut que l'école puisse être une priorité pour le jeune lui-même. Si ce jeune à d'autres préoccupations, beaucoup plus importantes, liées à des difficultés socio-économiques, familiales, etc., apprendre à l'école ne peut être sa priorité. C'est pourquoi, s'assurer que dans les écoles les postes d'assistantes sociales, d'infirmières, de tout personnel éducatif soient pourvus (et en personnel qualifié), que des places soient disponibles en internat, ou que les transports scolaires n'épuisent pas les enfants déjà avant qu'ils arrivent à l'école, me semble être tout aussi important que de changer la structure de l'école ou des enseignements. Il faut que les élèves aient, déjà, l'esprit assez libre pour se concentrer sur ce que l'école leur demande. Ensuite, il faut être en mesure de leur faire toucher le fait que la réussite à l'école leur apportera vraiment une progression concrète dans leur vie. Là aussi, il y a un chantier à ouvrir pour casser des représentations. Enfin, il faut encore être conscient qu'en "banlieue qualiiée de difficile" l'école diffuse des valeurs qui ne sont pas forcément celles des quartiers ou des familles. Le blocage peut aussi venir de là. Et j'en reviens au début de ma démonstration : aujourd'hui vouloir changer l'école sans agir sur son environnement, donc sur la société, c'est risquer de changer pour ne guère obtenir de résultats.
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