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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 22:12

Nous avons beaucoup à apprendre du Japon

 

Cette information m’a stupéfié : en novembre, la production industrielle du Japon s’est effondrée (-8% par rapport au mois précédent). En quelques mois, la diminution va dépasser les 25% ! La crise mondiale a fait chuter les exportations de 27% sur un an, ce qui explique la baisse de la production issue de l’industrie.

 

Le Monde, ce jour, éclaire notre lanterne avec cet article Au Japon, chute sans précédent de la production industrielle.

 

Une fois de plus, je me suis tourné vers le site de la Fondation Res Publica (Un trésor est caché dans Fondation Res Publica | République, mondialisation, dialogue des ...) pour puiser des informations concernant ce pays.

 

Les actes du colloque L'Asie vue d'Europe (8 septembre 2008) apportent une réponse. Voici quelques extraits de l’intervention de Jean-Marie Bouissou.

 

Le Japon, ex « number one »

 

(…) Tous les yeux sont tournés vers la Chine, l’Inde et, dans les écoles de commerce, peu de gens s’intéressent au Japon. Ils ont tort car le Japon d’aujourd’hui revêt certains aspects qui préfigurent ce que sera peut-être l’Europe de demain et connaît des problèmes qui sont aussi les nôtres. Il y a beaucoup à apprendre de ce Japon qui a connu quinze années de crise économique et politique extrêmement sévère : songez qu’en l’espace de quinze ans les exportations agricoles japonaises ont diminué de moitié ; songez que la dette publique cumulée au Japon dépasse aujourd’hui 180% du PIB (à 60% nous crions à la faillite !) ; songez que ce pays a connu, de 1990 à 2000, huit premiers ministres et six majorités différentes. Or, miracle : le Japon tient toujours debout ! Non seulement il tient toujours debout mais il n’est pas fracturé et il est optimiste.

Selon moi, le Japon est un pays qui compte beaucoup et qui ne doit pas être considéré comme un pays en déclin. Certes, en termes relatifs, on peut parler de déclin : en 1990, le Japon représentait presque 16% du PIB mondial, aujourd’hui, c’est moins de 11% ; en 1990 le Japon réalisait 10% des exportations mondiales, aujourd’hui sa part est tombée aux alentours de 6%. Déclin relatif, certes, mais devant l’émergence de géants comme la Chine et l’Inde, toutes les vieilles puissances enregistrent un déclin relatif.

Il faut considérer que le Japon est toujours le premier créditeur du monde. Il a la plus grosse réserve d’épargne privée de la planète : deux années de PIB, soit 12000 milliards de dollars. Il a encore le deuxième PIB du monde. Plus important : ce pays est la deuxième puissance technologique du monde par le nombre des brevets déposés (Canon aux Etats-Unis), nombre qui a doublé pendant les quinze années de crise ! Contrairement à d’autres pays, le Japon n’a pas freiné les investissements en R&D quand la crise s’est profilée, les dépenses de R&D ont été en permanence maintenues à 3% du PIB (record mondial).

Certes la situation économique est fragile : depuis 2005, le Japon oscille entre des moments d’espoir, des débuts de reprise, et des phases de dépression. Actuellement le Japon retourne à la récession, il a enregistré des croissances négatives sur deux trimestres successifs. Le gouvernement a réagi par un Nème plan de relance : ce gouvernement qui semble n’avoir plus d’argent et multiplie les plans de relance et les cadeaux fiscaux. La chute du gouvernement Fukuda la semaine dernière (1) est liée à cette politique.

Le problème économique du Japon est la faiblesse persistante de la demande interne. Cette faiblesse n’est pas imputable à une vague inquiétude sur l’avenir mais à une raison très concrète : le Japon s’est sorti de la crise par de brutales politiques d’ajustements, de profondes réformes structurelles ; les grands perdants des ajustement structurels ont été les revenus du travail : on a diminué les coûts de main d’œuvre. Personne ne s’étonne donc que les ménages dépensent moins.

Les exportations, traditionnellement le deuxième moteur de l’économie japonaise, souffrent aussi de la conjoncture mondiale actuelle (…).

Les Japonais parient sur l’innovation technologique : ils pensent qu’ils pourront garder une puissance industrielle tant qu’ils maintiendront cinq ou six ans d’avance technologique sur la Chine. C’est pourquoi ils ont fait du développement technologique l’axe de leur économie. Ceci repose sur une idée assez simple : dans le processus de création d’un produit, ceux qui gagnent de l’argent sont ceux qui le conçoivent, ceux qui le développent puis ceux qui assurent le service après-vente. Ceux qui en gagnent le moins sont ceux qui le fabriquent. Les Japonais rêvent d’être toujours dans la position de ceux qui vont concevoir et développer les produits, éventuellement les faire fabriquer par les Chinois, puis les commercialiser eux-mêmes.

Les Japonais ont également une force de frappe financière considérable. Les revenus des capitaux extérieurs représentent une source importante de la richesse nationale. Ils n’ont pas renoncé à la politique industrielle : les objectifs sont définis par l’Etat, assortis de moyens. Ils savent exactement quels secteurs ils veulent développer dans l’avenir et comment ils veulent les développer (…).
 
Le deuxième problème posé à la société japonaise est celui des inégalités. L’OCDE, en 2005, a évalué le taux de pauvreté au Japon à 15,3% (10,7% en moyenne dans les pays de l’OCDE, le taux japonais étant le plus élevé). Ce phénomène est nouveau : très longtemps le taux de pauvreté japonais a été l’un des plus faibles des pays de l’OCDE. Or, bizarrement, il n’y a pas de fracture sociale.

Les Japonais supportent très mal les inégalités : le fait qu’ils sont un peuple uni, le fait que leur capitalisme est plus humain que les capitalismes occidentaux, où les riches sont modestes, où les écarts de revenus sont faibles ont été au cœur de l’identité nationale japonaise d’après guerre. Cette identité se déchire et les Japonais le vivent très mal. Les élections qui viennent (après la récente démission de Fukuda) vont se jouer en grande partie autour de cette question des inégalités et de la manière de les combattre (…).

 

Et, il existe une autre source d’information sur le Japon, c’est Jean-Pierre Chevènement, qui a livré ses impressions à l’issue de son séjour dans ce pays. C’est sur son blog, en date du 23 décembre.

 

Quelques réflexions sur le Japon de 2008

 

(…) Le Japon a un rôle à jouer vis-à-vis de toutes les puissances asiatiques hors la Chine (ASEAN, Inde) et vis-à-vis de l’Australie pour créer un contexte favorable à la coopération et à la paix. On souligne souvent la progression des budgets de défense de la Chine (+ 17 % par an). C’est oublier que la Chine part d’assez bas et que son budget de défense n’est sans doute que le dixième de celui des Etats-Unis. Reste que la Chine est une puissance nucléaire et spatiale et que sa marine dispose avec la proximité des côtes chinoises d’un avantage stratégique en mer de Chine, que ne contrebalance que la présence d’une flotte et de forces armées américaines dans les ports du Japon et en Corée.

Le Japon depuis 1990 (l’éclatement de la bulle immobilière et de la bulle financière) n’a connu qu’une croissance ralentie). Au moment où, à partir de 2005-2006 il paraissait en sortir, le voilà à nouveau frappé par la crise. L’économie japonaise en 2008 est entrée en récession. La dette publique japonaise se situe à un niveau record – 170% du PNB- très au-dessus de l’Italie (110 %) et même de l’Allemagne et de la France (un peu en dessous de 70%), mais cette considération doit être tempérée par une autre, tenant au faible endettement des ménages japonais et à l’assainissement de leur système bancaire depuis près de vingt ans. La dette privée (ménages et entreprises) est de 80 % du PNB au Japon contre 170 % aux Etats-Unis (…).

 

Lire ce témoignage Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement.


Cet article est le 4ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

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