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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 15:22

La politique doit arbitrer entre la finance et l’économie

 

La crise financière a contaminé l’économie mondiale d’autant plus facilement que le système capitaliste est mondialisé et que la finance agit sans contrôle, la déréglementation ayant fait son œuvre. Comprendre la crise, la comparer à celle de 1929, c’est se préparer à prendre les décisions politiques afin de ne pas tomber dans les mêmes travers.

 

La Fondation Res Publica | République, mondialisation, dialogue des ... propose un colloque le 12 janvier 2009 à 18h à la Maison de la chimie à Paris sur le thème L'Allemagne, la crise, l'Europe.

 

L’économiste Daniel Cohen, qui a livré en septembre 2006 Trois leçons sur la société post-industrielle (« La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait ainsi l'unité de la question économique et de la question sociale. La "société post-industrielle", elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle »), a tenté de donner des conseils aux autorités politiques en ce qui concerne le traitement de cette crise :

Voir Le Monde, 2 janvier,  Keynes ou Friedman ?, par Daniel Cohen.

 

Le quotidien Les Echos avertit ses lecteurs que la crise économique se traduit par une baisse de la production industrielle aux USA (voir les articles parus le 2 janvier L'activité manufacturière aux Etats-Unis au plus bas depuis 1980) et en France (Le secteur manufacturier français termine 2008 en chute libre).

 

Vendredi (« les meilleures infos du Net » a sélectionné, ce 4 janvier, un article du journaliste Ivan du Roy sur son site bastamag.net ; il s’est livré à un travail d’investigation sur les grandes entreprises qui suppriment des emplois : Au moins 20 000 suppressions d’emplois ne sont pas liées à la crise.

« La crise a bon dos. Parmi la multitude d’entreprises, grandes ou moyennes, qui ont annoncé des suppressions de postes dans les mois à venir, certaines le font par pur opportunisme financier, comme le révèle notre tableau. Et pendant que la crise sociale frappe à la porte de dizaines de milliers de salariés poussés vers la sortie, les gros actionnaires continuent de percevoir des centaines de millions d’euros de dividendes ». Voir le sujet d'origine.

 

Marianne, le 3 janvier, pose la question Le néolibéralisme est-il immoral ?

 

De nombreux auteurs, critiques vis-à-vis du néolibéralisme, soutiennent que le système économique néolibéral est amoral puisqu’il ne repose que sur le profit et l’égoïsme individuel. On peut se demander si la crise économique actuelle ne démontre pas qu’il est même complètement immoral.

« Privatisation des profits, collectivisation des pertes »


C’est ainsi que la revue ultralibérale The Economist a résumé l’intervention des Etats à l’automne. Et après tout, comment ne pas être choqué par le fait que des patrons de banques soient renvoyés avec des parachutes dorés de plusieurs dizaines de millions de dollars, que leurs banques soient secourues à coup de dizaine de milliards de dollars alors que plusieurs millions de ménages Américains ont perdu leur maison ou leur emploi, voire les deux.

D’une part, les plus puissants peuvent faire des erreurs : les patrons partent avec de quoi assurer la vie de leur descendance sur plusieurs générations et les entreprises sont secourues par les autorités. De l’autre, les ménages subissent une double peine : la perte de leur maison et les impôts qu’ils devront acquitter pour sauver les banques qui les ont expropriés !

De nombreux auteurs comme Robert Reich ont qualifié le capitalisme d’amoral puisqu’il est seulement dirigé par la quête du profit. Mais ce qui arrive aux Etats-Unis va plus loin. Pour pousser les ménages modestes à devenir propriétaires, les banques ont conçu des emprunts particulièrement dangereux, avec des mensualités réduites les premiers mois et des taux variables, qui représentaient de véritables bombes à retardement financières.

Le problème est que si les banques faisaient courir un immense risque à ces ménages elles pensaient s’assurer contre tout risque par la
titrisation ou les assurances contre les impayés. L’asymétrie du système est moralement difficilement acceptable.

Mais loin d’avoir disparu, le risque était seulement devenu invisible, découpé dans de multiples placements que les banques se vendaient les unes aux autres. Pire, alors que personne ne vient au secours des ménages qui ont perdu leur maison, les autorités ont été contraintes d’aider les banques fautives pour éviter que le système financier ne s’effondre totalement et que les épargnants ne perdent l’argent mis de côté.

Il y a un immense problème moral à voir les ménages américains perdre leur maison mais contraints, par leurs impôts, d’aider des banques dont les dirigeants ont été grassement rémunérés à construire un système qui a conduit à des millions d’expropriations et ne doit sa survie qu’à l’injection massive d’argent public.

Un système « déresponsabilisant »


Le système néolibéral actuel est profondément responsabilisant. Les patrons des institutions financières tirent un tel profit à court terme de leurs excès que même leur renvoi n’est qu’une sanction bien douce par rapport à ce que subissent les millions de ménages qui ont perdu leur maison ou leur emploi.

De même, les plans d’aide aux banques posent un immense problème d’aléa moral. Parce qu’elles sont vitales pour l’activité économique et que leur chute entraînerait des conséquences économiques encore pires, il n’est pas possible de les laisser faire faillite. Par conséquent, l’Etat est
de facto contraint de couvrir leurs mauvaises décisions, fut-ce au prix de centaines de milliards !

Les leçons de la crise sont inquiétantes à ce titre : seule Lehman n’a pas été secourue. Les comportements dangereux des banquiers ne risquent-ils pas d’être encouragés par cette nouvelle crise ? Après tout, s’il y avait un nouveau krach financier dans cinq ou dix ans, tout le monde sait que les gouvernements seraient à nouveau obligés d’intervenir pour éviter un effondrement encore plus brutal.

Cet état de fait pose la question du statut du secteur bancaire aujourd’hui. Parce qu’elles sont trop grosses pour faire faillite, l’Etat et donc la collectivité sont caution solidaire
de facto des banques. Ne faut-il pas alors nationaliser le secteur ou ne faut-il pas limiter drastiquement leur taille pour éviter les risques systémiques ?

Mais le système n’est pas seulement déresponsabilisant pour les individus ou les entreprises. Il l’est également pour les Etats. Il y a quand même quelque chose de paradoxal à voir l’Allemagne frappée par la crise avant même les Etats-Unis.

D’une part, un pays aux finances publiques en quasi-équilibre, des ménages peu endettés, des prix de l’immobilier stables depuis dix ans. De l’autre, un pays qui cumule les déficits, dont les ménages croulent sous les crédits et n’épargnent plus et connaissant une bulle immobilière totalement exubérante et irrationnelle.

Et pourtant, la crise du second entraîne le premier dans une crise non moins violente. Un minimum de justice aurait supposé que la crise touche beaucoup plus les Etats-Unis que l’Allemagne.

Cette crise montre les immenses limites du système économique actuel. Il est injuste puisqu’il protège les plus forts et fait souffrir les plus faibles. Il est injuste parce que les travers de quelques-uns frappent aussi violemment les responsables que ceux qui ont su rester à l’abri de tous ces excès.

 

Retrouvez Laurent Pinsolle sur son blog et Les journalistes de Marianne racontent...

 

 

Cet article est le 60ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme

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