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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 23:51

Un avenir qui ressemble à une grande dépression

 

Les messages vont tous dans le même sens, celui de l’aggravation. Le pire est à craindre, sous la forme de perspectives déflationnistes que l’Europe n’a pas vu venir. Ce qui s’est passé en 2008 a surpris la plupart des économistes. Prévoir 2009 est impossible, mais regardons bien en face ce que nous disent les spécialistes en ce début d’année.

 

Le 4 janvier, sur ce blog, nous avions passé en revue les Questions sur la crise économique, les banques, le profit, l'emploi.

 

Dans un article du Monde de l’économie paru le 13 janvier, Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris Dauphine, spécialiste des marchés des matières premières, montre à quel point on a assisté à des mouvements erratiques en 2008 ; il pressent un retour de la crise alimentaire.

 

2009, an II de la crise alimentaire


L'heure est encore aux bilans d'une année 2008 à bien des égards exceptionnelle
: crise financière, récession économique, affaires en tout genre, de Jérôme Kerviel à Bernard Madoff, et surtout une véritable chevauchée fantastique des matières premières.


Du pétrole aux céréales, du cuivre au fret maritime, de l'acier au caoutchouc, des ferrailles aux "vieux papiers", pratiquement tous les produits de base, faisant ou non l'objet de marchés dérivés, ont été victimes de cette
"exubérance irrationnelle" dont parlait l'ex-président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan.


Le pétrole était au plus haut, à 147 dollars (108 euros) le baril le 11 juillet, quelques semaines après les flambées céréalières et leur cortège d'émeutes de la faim. Quelques jours avant l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, de nouveaux achats chinois de minerais et de métaux propulsaient leurs cours et celui du fret maritime à de nouveaux sommets.


Mais personne n'avait imaginé
ni ne peut encore expliquer rationnellement aujourd'hui l'ampleur de la chute des prix qui a suivi, surtout à partir du début de l'automne : 95 % pour le fret maritime ; aux deux tiers pour la plupart des métaux et le pétrole ; à "seulement" la moitié pour les céréales ; pratiquement jamais les marchés des produits de base n'avaient connu pareille chute.

Certes, la Chine, premier importateur mondial de nombre de ces matières premières, a réduit brutalement ses achats, à la fois pour réduire les stocks de précaution réalisés avant les JO et surtout pour tenir compte du net ralentissement de sa croissance industrielle.


A cela il faut ajouter l'impact de la récession qui a rapidement affecté la totalité des pays industrialisés. Enfin, la crise financière et le reflux spéculatif ont certainement joué un rôle. Toujours est-il qu'en ce début de 2009, nous voici de retour aux prix de 2004 ou 2005.


L'image de cet immense yoyo mondial doit cependant être relativisée dès lors que l'on calcule en moyenne annuelle : les indicateurs globaux restent certes en progression, mais de 27 % seulement, et même de 10 % hors énergie. Les hausses les plus fortes concernent les produits agricoles (+ 30 % à 40 % pour les céréales et les oléagineux) et le pétrole (+ 35 %, 100 dollars le baril en moyenne).


En revanche, les marchés des métaux affichent des baisses (- 2 % pour le cuivre et l'aluminium), voire de véritables effondrements pour le nickel ou le zinc (- 42 %).

L'année 2009 sera très probablement marquée par des moyennes de prix en forte baisse. A une exception majeure, celle des produits agricoles et notamment des grandes productions végétales.


La crise économique a en effet peu de responsabilité dans le déclin des prix agricoles de ces derniers mois ; la principale raison en a été l'extraordinaire récolte 2008-2009, que n'a altéré aucun accident climatique de par le monde. L'augmentation de la récolte céréalière mondiale a été de 5,3 %, à plus de 2,2 milliards de tonnes. Cela a permis de reconstituer des stocks qui avaient atteint un niveau alarmant au 30 juin 2008.


Malheureusement, de telles exceptions climatiques ne se renouvellent guère, surtout en une période marquée par les conséquences imprévisibles du réchauffement de la planète. Il y a donc de fortes chances que les campagnes 2009 ou 2010 soient en retrait par rapport à l'année précédente.

Alors que le pétrole stagnera, au moins au premier semestre, entre 30 et 50 dollars le baril, que minerais et métaux souffriront de la récession mondiale, c'est du côté de l'agriculture qu'il faut donc à nouveau s'attendre à des tensions. N'oublions pas le message des émeutes alimentaires du printemps 2008 : le monde a faim, avec ou sans crise économique !


L'OCDE voit d'un œil sombre l'avenir de la zone euro
. "Le pire est à venir", a déclaré Angel Gurria, le secrétaire général de l'organisation, mercredi 14 janvier, lors d'une conférence de presse de présentation d'un rapport sur la zone euro.  

 

Lire la suite dans Le Monde, 14 janvier : OCDE : "Le pire est à venir dans la zone euro"

 

Pour sa part, Philippe Béchade livre sa façon de voir dans La Chronique Agora (2 janvier) :

 

Pour ceux qui imaginent qu'il s'agit simplement d'une (très) mauvaise passe -- car le capitalisme s'est montré capable de surmonter toutes les crises qu'il dû affronter au 20ème siècle -- rappelez vous simplement que s'il a fini par triompher d'un adversaire tel que le collectivisme (il lui aura fallu un peu plus de 70 ans), il n‘était en revanche pas préparé à gérer une victoire totale s‘étendant de Londres à Moscou ou de New York à Pékin.


Loin d'apporter la prospérité au plus grand nombre, l'élimination du rival communiste s'est transformée en une machine à enrichir une minorité de brasseurs d'argent et à enfermer le reste de l'humanité dans le piège de la dette. Ce fut une victoire à crédit en quelque sorte... et qui débouche sur une banqueroute.


Le meilleur résumé de la situation en ce début d'année 2009 émane de Miguel Angel Fernandez Ordoñez, le gouverneur de la Banque d'Espagne. Il voit l'Europe s'enfoncer dans une "grande dépression" parce que le marché interbancaire ne fonctionne pas, les ménages ne consomment pas, les entrepreneurs n'embauchent pas, les investisseurs n'investissent pas et les banques ne prêtent pas. "Il y a une paralysie presque complète à laquelle personne n'échappe... l'incertitude sur l'économie mondiale est actuellement totale".


Le politiquement correct lui interdit certainement d'évoquer la paralysie stratégique de la BCE. Cette dernière est incapable de remettre en question les dogmes monétaristes qui ont fondé le Traité de Maastricht, une sorte de ligne Maginot cimentée par la monnaie unique et dont la construction était censée préserver l'Europe d'une nouvelle invasion des pressions inflationnistes.


Mais tout comme en 1939, l'ennemi a frappé là où la BCE ne l'attendait pas. La hausse des prix de 2007 -- dans le sillage de la flambée du pétrole -- n'était qu'une attaque de diversion contre les fortifications de Maastricht ; la principale offensive, celle des pressions déflationnistes, a pris complètement à revers les anticipations de J.-C. Trichet et ses collègues. Ils ont refusé jusqu'au dernier moment de croire qu'ils avaient été pris en défaut par le
blitz de l'éclatement de la bulle du crédit et du gel des transactions interbancaires.


Notre pessimisme au sujet de la Zone euro provient du retard pris par la BCE face à la propagation de la crise à l'économie réelle
via le credit crunch et l'effondrement successif de l‘immobilier, de la bourse et des matières premières.


J.-C. Trichet prétend aujourd'hui qu'il n'a jamais voulu de la déflation (au nom de la convergence de la croissance et de l'inflation autour des 2%... alors que les deux tendent déjà vers zéro ou même -2%), mais il ne propose aucun changement de schéma tactique. Pas question d'imiter Gordon Brown et Alistair Darling en Angleterre, ni la Banque centrale chinoise -- laquelle ne se contente pas d'abaisser les taux directeurs mais réduit également le niveau des réserves obligatoires des établissements de crédit.


La BCE ne parvient pas à s'affranchir des barrières théoriques héritées de l'avant -Seconde Guerre mondiale
 : en étant optimiste, nous pourrions considérer que J.-C. Trichet tente de naviguer à vue, mais de son propre aveu, il ne voit plus rien !

Le pouvoir réfléchit. Le Monde aussi, qui nous rapporte ce qui s’est passé au colloque organisé par le secrétariat d'Etat chargé de la prospective, en partenariat avec Le Monde et le Financial Times, jeudi 8 janvier à Paris, sous le titre "Nouveau monde, nouveau capitalisme".

Est-ce que le capitalisme peut survivre à la crise ? (…) Sous les apparences policées d'un colloque officiel, la gravité de la crise a imposé la remise en cause des idées reçues

 

A lire (Le Monde Opinions, 14 janvier) : Le chemin du postcapitalisme, par Hervé Kempf.

 

La Fondation Res Publica, aussi, réfléchit, à l’initiative de Jean-Pierre Chevènement.

 

Lire les Actes du colloque de la Fondation Res Publica : L'Etat face à la crise (9 décembre 2008).

 

 

Cet article est le 61ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme

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