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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 12:18

L’UE a soutenu les choix menant à la crise alimentaire

 

Dans Le Monde Diplomatique de janvier 2009, a été publié un excellent article de Jean-Christophe Kroll et Aurélie Trouvé, enseignants-chercheurs en économie agricole et alimentaire, intitulé « La politique agricole commune vidée de son contenu » (voir www.monde-diplomatique.fr).

 

La première partie est parue, hier 3 février, sous le titre « La déconstruction méthodique de la Politique Agricole Commune » après une brève introduction (voir Diagnostic alarmant de la PAC par les chercheurs JC Kroll et A Trouvé). La seconde « Un bilan désastreux » est à lire, ci-après et la 3ème partie « La nécessaire refondation de la PAC » lui succèdera.

 

Voici la deuxième partie, qui explicite les réalités de la politique européenne, en plein accord avec les options néolibérales du capitalisme mondialisé.

 

Un bilan désastreux


Le paradoxe de ce néolibéralisme en trompe l’œil
, c’est que l’on continue à verser des aides directes substantielles à l’agriculture. Par delà l’incohérence du discours idéologique, on peut toutefois entrevoir une explication à toutes ces évolutions.

 

Le soutien des prix et la protection du marché européen correspondaient à l'objectif initial de consolider la compétitivité de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la distribution, centrée sur le développement d'un marché intérieur qui s'étendait avec l'accueil à de nouveaux pays membres.

 

Mais lorsque les grandes entreprises de transformation et de distribution ont suffisamment musclé leur compétitivité sur le marché européen, elles développent leur activité vers l’extérieur de l'Union.

A partir des années 1990, la baisse des prix agricoles et l’accès à des approvisionnements importés à moindre coût viennent renforcer leur compétitivité internationale.

 

L'aboutissement logique de ce processus, c'est la délocalisation de leurs activités de transformation là où elles se fournissent, c'est-à-dire hors de l'Union. C'est ce qu'illustre l'exemple de l'entreprise Doux, qui a transféré une partie de son approvisionnement en poulets et de son activité d'abattage au Brésil. C’est alors que les producteurs agricoles européens qui ont joué la carte de l’internationalisation découvrent qu’ils sont devenus inutiles.

 

Cette politique de soutien à la compétitivité provoque d’importants dégâts sociaux et environnementaux,  tandis que la libéralisation des échanges s’accompagne d’une instabilité accrue des cours mondiaux, avec des fluctuations sans commune mesure avec les coûts de production.

 

Quand les cours sont au plus bas, les exploitations agricoles les plus productives des pays riches ne peuvent subsister sans la perfusion d’importantes aides directes : celles-ci représentent plus de 50 % du revenu agricole moyen européen au début des années 2000 (données Eurostat).

 

A l’inverse, comme ces aides sont à présent déconnectées des prix et du type de production, elles constituent des rentes indues versées à certaines catégories de producteurs quand les prix flambent.

 

Ainsi, les céréaliers européens continuent de percevoir des subventions massives alors même que les prix des céréales et leurs revenus ont doublé pendant l'année 2007 (données Agreste). Et comme ces aides restent liées à la surface, sans aucun plafonnement par exploitation ou par actif, la concentration des exploitations se poursuit inexorablement.

 

Dans certains nouveaux États membres, tels que la Pologne ou la Roumanie, elles menacent un secteur qui emploie plus du tiers de la population active ; elles fragilisent notamment une petite agriculture familiale d'auto-subsistance qui joue pourtant le rôle de tampon social face à la crise de l’emploi.

 

Le bilan environnemental de la PAC paraît tout aussi déplorable. Pour faire bon effet, la Commission européenne a  agrémenté  toutes ses réformes d'un  vernis environnemental tel que l'éco-conditionnalité[1] et le développement rural, affiché, depuis 1999, comme « deuxième pilier de la PAC ».

 

Cet habillage ne saurait toutefois cacher le mouvement de fond de libéralisation des marchés agricoles, avec son corollaire, la sélection et la spécialisation des exploitations les plus compétitives. Cette évolution se fait au détriment des systèmes les plus autonomes et les plus économes (cultures herbagères notamment), porteurs d’effets positifs sur les paysages, la biodiversité et la qualité de l'eau et des sols[2].

 

Elle s'accompagne d'une concentration des productions dans les régions les plus compétitives et d'une désertification dans les régions les plus défavorisées. En fait d'aménagement du territoire, c'est d'un véritable déménagement des productions qu'il s'agit.

 

Les conséquences pour les pays les plus pauvres sont tout aussi désastreuses. Les pratiques de dumping des pays riches ont été normalisées dans le cadre de l’OMC : la baisse des prix a été compensée par des aides directes massives, telles que les aides « découplées » de la PAC, considérées à l'OMC sans effet de distorsion sur les échanges.

 

Conjuguées au démantèlement des protections douanières (la seule politique de protection accessible aux pays pauvres), ce dumping conduit à une destruction inexorable des capacités d'auto-approvisionnement des pays les plus pauvres et à une augmentation dramatique de la dépendance alimentaire[3].

 

Enfin, le démantèlement dans tous les pays des mécanismes de soutien des prix et de stockage des produits empêche toute réaction possible en cas de tensions sur les marchés. Ainsi, les stocks de céréales ont diminué régulièrement depuis 1995, jusqu'à atteindre en 2008 le niveau le plus bas depuis 25 ans.

 

La crise alimentaire mondiale ne doit donc pas étonner. C’est toujours à partir d’événements conjoncturels que se révèlent les crises structurelles : la hausse brutale des prix alimentaires en 2007 a aggravé une situation endémique dramatique (925 millions de personnes sous-alimentées dont 75 millions supplémentaires rien qu'en 2007, selon la FAO). Elle renvoie à des inégalités mondiales inacceptables, conséquences de choix économiques désastreux.

 

Or ces choix, l’Union européenne les a soutenus, au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale, dans ses négociations bilatérales avec les pays du Sud et dans les négociations multilatérales. Pour accélérer l'émergence d'un compromis à l'OMC, elle a réformé par anticipation sa PAC en 2003.



[1]              Conditions environnementales qui, si elles ne sont pas remplies par les agriculteurs, entraînent une diminution de leurs aides.

[2]              Lire David Baldock et al., Environmental Integration and the CAP: A Report to the European Commission, Commission Européenne, Bruxelles, 2002.

[3]           Au Sénégal, par exemple, le taux de couverture des besoins en céréales, base de l’alimentation de la grande majorité de la population, est tombé de 70 % dans les années 60 à 40 % aujourd’hui. Lire Alioune Dieng, « Impact des politiques agricoles sur l'offre céréalière au Sénégal de 1960 à 2003 », Thèse de Doctorat.


  Cet article est le 114ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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