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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:04

Liberté de recherche, besoin d’indépendance réelle

 

Le 5 février, une partie des étudiants et des professeurs universitaires était dans les rues de France.

La coordination des universités, les syndicats FSU, CGT, CFDT, FO, Solidaires, les mouvements Sauvons l'université et Sauvons la recherche, ainsi que les étudiants de l'Unef, incitaient les personnels de l'enseignement supérieur à tenir des assemblées générales et à défiler.

 

Dans l’ouest, Rennes I et II, Nantes, Angers et Le Mans étaient en grève (source : Ouest-France).

 

Etudiants et professeurs de l’IUT de Laval dans le mouvement

 

A Laval, ils étaient une centaine dans la rue, derrière le slogan « IUT en danger, étudiants mobilisés ». Les étudiants et les enseignants de l'IUT (voir accueil [IUT de LAVAL]) ont manifesté contre la réforme des universités, craignant que la recherche ne soit dévaluée et contestant les réductions de budget. Une trentaine de professeurs les accompagnaient.

 

La loi LRU (liberté et responsabilité des universités) redéfinit le financement des IUT (voir Institut universitaire de technologie - Wikipédia). La responsabilité est transférée de l’Etat vers les présidents d’université, en l’occurrence, de l’université du Maine, au Mans. Des postes administratifs (Iatos) vont disparaître au cours des prochaines années.

 

Les raisons de la colère au niveau national

Les protestataires demandent le retrait du projet de décret qui modifie le statut des enseignants-chercheurs. Ils veulent aussi le retrait de la réforme sur la formation des maîtres. Et, enfin, « l'arrêt du démantèlement des organismes de recherche ».

 

Le professeur Dominique Rousseau (université Montpellier I, membre de l'Institut universitaire de France) avait publié, dans Le Monde daté du 28 janvier, son point de vue.


Les universitaires dénoncent une dérive bureaucratique, par Dominique Rousseau

 

La fronde des professeurs peut surprendre. Parce qu'elle est rare. Parce qu'elle est partagée. Parce qu'elle est moderne. Il faut sans doute que la situation universitaire soit grave pour que des universitaires, plus habitués aux voies feutrées des réseaux personnels qu'à celles, bruyantes, des manifestations collectives, dépassent leurs différences politiques, syndicales et disciplinaires pour décliner au temps présent "une certaine idée de l'université". De quoi s'agit-il ? En apparence, d'une simple réforme de leur statut. En réalité, du destin européen et international de l'université française.

 

Depuis vingt ans au moins, de rapport en rapport, les causes du malaise universitaire sont connues : uniformité des structures, pauvreté des moyens, asphyxie de la recherche et absence de sélection. Et pour y remédier, un maître mot : l'autonomie. Revendiquée et proclamée en 1968, approchée par la réforme de 1984, consacrée par la loi d'août 2007, l'autonomie des universités fait, dans son principe, consensus. Le désaccord et donc la fronde portent sur la forme de l'autonomie. Car il en est deux possibles, la forme bureaucratique et la forme universitaire.

 

En donnant aux présidents d'université et à leur conseil d'administration les pouvoirs de recruter les enseignants-chercheurs, de définir leur service, d'évaluer leurs travaux et de rémunérer en primes leurs différents services, la loi Pécresse consolide le pouvoir corporatiste, renforce le localisme et décourage la recherche. Bref, condamne les universités à un lent mais inexorable déclin. Inutile pour l'enrayer de jeter le bébé avec l'eau du bain ! Il faut garder l'autonomie, mais en la conciliant avec l'indépendance des enseignants-chercheurs pour lui donner sa véritable dimension universitaire. A l'autonomie contre l'indépendance des universitaires s'oppose l'autonomie par l'indépendance des universitaires.

 

L'évaluation des individus et des équipes de recherche, la modulation des services entre enseignement, recherche et administration, l'adaptation de la rémunération selon les talents ne sont des chances, pour les universités françaises, dans la compétition européenne et internationale que si elles sont décidées par des instances scientifiquement légitimes, c'est-à-dire, assurant, selon les exigences constitutionnelles rappelées en 1984, une "représentation propre et authentique" des enseignants-chercheurs.


LA LIBERTÉ DE LA RECHERCHE


Le recrutement, la promotion et l'évaluation des universitaires sont, en effet, des décisions scientifiques en ce qu'elles engagent la liberté et la qualité de la recherche. Elles ne peuvent donc être prises par des administrateurs, fussent-ils universitaires, mais par une instance où siègent des universitaires, français et étrangers, reconnus pour leurs compétences scientifiques. En garantissant ainsi l'indépendance des universitaires, serait garantie l'autonomie des universités à l'égard de tous les pouvoirs, politique, économique, administratif et syndical. Pour le plus grand profit des étudiants qui demandent pour leur formation professionnelle des enseignants-chercheurs qualifiés et responsables, dans des universités réputées et dynamiques.


Pour le plus grand profit aussi du citoyen. Quand, en 1984, le doyen Georges Vedel, alors membre du Conseil constitutionnel, fait consacrer la valeur constitutionnelle du principe d'indépendance des professeurs d'université, quand il fait sanctionner, par la décision du 20 janvier 1984, les règles d'organisation de l'université qui y portent atteinte, il fonde son raisonnement sur une liberté, "la liberté du citoyen", qui, dit-il, est toujours "première". Vingt-cinq ans après, cette exigence de liberté n'a pas changé.


Sur le blog de Sylvestre Huet, hébergé par Libération, on trouve, le 7 février, cet article intéressant.


Le président de Paris-5 lâche Sarkozy et Pécresse


Le front des Présidents d'Universités craque : après l'appel de plusieurs d'entre eux à une réunion lundi à la Sorbonne, c'est Axel Kahn, le président de Paris-5 Descartes qui abandonne en rase campagne Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse.


Alors même que le Président de la République s'était réclamé de son soutien lors de son émission télévisée jeudi - en insistant sur son positionnement à gauche - Axel Kahn vient de déclarer : "M. le président de la République, vous n'arriverez pas à faire passer ce décret (...).


Cette volte-face d'Axel Kahn sera diversement appréciée. Il avait en effet récemment réaffirmé, avec trois autres Présidents dans
une tribune soutenant cette réforme. Mais nul ne peut se tromper sur sa cause : comme de nombreux Présidents d'Universités, au contact de leurs collègues et électeurs, il ne peut que constater l'énorme colère de ces derniers. A moins de décider de se couper de leur base électorale mais aussi de leurs collègues avec lesquels ils doivent travailler, il leur devient de plus en plus difficile de suivre Valérie Pécresse.


La nouvelle position d'Axel Kahn reflète une réalité désagréable pour Nicolas Sarkozy et sa ministre : le refus de la communauté universitaire de se voir imposer un nouveau statut analysé par beaucoup comme atteignant la dignité de leur métier, est clairement majoritaire, toutes opinions politiques confondues.

En outre, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont commis l'erreur tactique de provoquer un front commun d'actions en cumulant plusieurs raisons de colère du milieu universitaire et scientifique.

A la réforme du statut s'ajoute en effet celle de la formation des enseignants et de leur recrutement. Réforme baptisée mastérisation, mais dont le refus n'est pas celui d'une hausse du diplôme exigé pour être enseignant, mais la manière dont elle est conduite.


Pour les professeurs des écoles, c'est la diminution de la formation pédagogique et la disparition de l'année de stage payée qui est au coeur de la colère des IUFM et explique pourquoi ils se mettent en grève. Pour les enseignants du secondaire, c'est presque l'inverse : les contestataires visent l'affaiblissement des contenus disciplinaires, la possiblité d'être recruté comme professeur de langue vivante sans examen oral, le risque de voir les reçus au master/recalés aux concours gonfler les rangs des futurs vacataires.


Surtout, les choix budgétaires encadrent et déterminent complètement le sens réel des réformes. Avec moins d'enseignants-chercheurs, il est évident que la charge de cours de la majorité ne peut qu'augmenter. Avec le démantèlement des Organismes de Recherche et leur transformation en Agence de Moyens, la précarisation des jeunes chercheurs, c'est la structuration de la recherche qui vacille.


L'addition de ces différentes décisions par le gouvernement se paye aujourd'hui par un mouvement social inédit, de très grande puissance, et dont les participants sont loin de se limiter à la gauche universitaire
.

L'irruption possible des étudiants, déjà perceptible dans les manifestations de jeudi dernier, pourrait mettre en difficulté politique Valérie Pécresse et même le Président de la République. Or, ces étudiants ont bien des raisons d'entrer en action :  les problèmes de formations, de bourses, de qualité d'accueil dans les Universités, d'orientation scolaire, de réussite... sont tout aussi énormes qu'il y a un an, deux ans, trois ans.


Voici des extraits des déclarations d'Axel Kahn
sur Europe-1, d'après Reuters.


"Depuis plus d'un an j'étais favorable à une modification du décret fixant le service des enseignants chercheurs. Aujourd'hui l'affaire est emmanchée de telle sorte qu'elle n'aboutira pas. Puisque le président de la République a fait l'honneur d'accorder quelque poids à mon avis, il s'est réclamé de moi, qu'il m'écoute : M. le président de la République, vous n'arriverez pas à faire passer ce décret aujourd'hui et par conséquent il faut reprendre le dialogue, voir comment on évalue le métier des enseignants chercheurs, comment on valorise toutes leurs activités."

Il a également regretté les propos "blessants" sur les chercheurs et la réalité de leur engagement tenus par Nicolas Sarkozy. "Tout cela fait qu'aujourd'hui la communauté est à ce point remontée contre ce qui se fait que la seule possibilité de reprendre un dialogue et de discuter d'une évolution du métier des chercheurs, c'est de retirer ce texte, même si personne ne peut désirer revenir au statu quo antérieur".


Lire aussi, sur le site de L’Humanité, le 22 janvier, l’article intitulé
Universités sous haute tension.

 

Cet article est le 17ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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