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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 23:07

Un système de soins inégalitaire avec perte de liberté

 

Le Parlement commence demain l’examen du projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoire ». De nombreux professionnels de santé sont très critiques à l’égard de ce texte, considérant qu’il mène à la privatisation du système de santé.

 

De son côté, Gérard Beillard, ouvrier dans une usine textile de Laval et militant du Mouvement Républicain et Citoyen en Mayenne, continue de réfléchir à l’organisation de notre système de santé.

 

J’ai publié sur ce blog plusieurs articles issus de cette réflexion (voir Gérard Beillard : la Sécurité sociale est menacée par la privatisation - 26 septembre 2008).

 

Ce soir, je propose de prendre connaissance de son texte, dans lequel il s’est inspiré des propositions de l’ancien délégué national MRC à la santé, Elie Arié, cardiologue, qui milite dans le 13ème arrondissement de Paris (voir son site L'idée républicaine et l’article Quel juste contrôle pour l'assurance-maladie ? que l’on trouve aussi sur ce blog Elie Arié pointe les risques de dérive du système de santé français - 4 juin 2008).

 

Ne laissons pas la Sécu passer dans le privé.

Ce serait une faute républicaine.

 

On nous rappelle depuis des années et des années que la Sécurité sociale va mal. A cela, on pourrait se poser la question : pourquoi ? La première réponse qui me vient à l’esprit, c’est de permettre à tous les acteurs qui sont en rapport avec la Sécu de se responsabiliser et de ne pas se comporter en corporation égoïste. Ils doivent une part de leur gagne-pain à la Sécu.

 

Pour une fois, Monsieur Sarkozy n’a pas tort de demander aux médecins libéraux de travailler ponctuellement dans les zones désertifiées. Il faut recadrer les choses.

 

On ne peut pas toujours demander aux assurés les plus vulnérables de subir le « trou » de la Sécu par les franchises, les déremboursements de médicaments, le forfait hospitalier, etc. Les Mutuelles et les Assurances privées ne veulent pas prendre en compte la différence. Par contre, les augmentations sont là.

 

Certes, il existe un contrôle des prix (tarifs des consultations, prix des médicaments), d’ailleurs de plus en plus lâche. Mais il n’existe aucun contrôle des volumes, d’où un déficit chronique de la Sécu depuis sa création ; notre Assurance Maladie fait l’objet d’un plan de résorption des déficits, en moyenne tous les deux ans et demi.

 

Car, aujourd’hui, les possibilités de la médecine curative, préventive et de dépistage, sont pratiquement illimitées, et personne ne sait financer des prestations illimitées. Celles-ci sont, toujours et partout, limitées par les capacités de financement.

 

Il existe, en gros, deux grands systèmes : le système libéral et le système socialisé, aucun pays développé n’ayant adopté l’un et l’autre. Au Québec, le système est totalement socialisé. La plupart des pays ont des systèmes mixtes, avec des propositions variables de libéralisme économique et de socialisation.

 

Dans un système totalement libéral, chacun (assurés et professionnels de santé) fait ce qu’il veut, mais les prestations sont limitées par les possibilités financières (qu’il s’agisse de paiements directs ou de souscriptions d’assurances privées, cela revient au même), car personne ne peut consacrer 100% de ses revenus à se soigner ; le rationnement s’opère selon les revenus de chacun, et la distribution des soins est inégalitaire.

 

Dans un système socialisé, que chacun finance en proportion de ses revenus, c’est l’Etat qui doit fixer la part du budget qui doit être consacré au système, car personne ne peut consacrer 100% de ses revenus à des prélèvements obligatoires destinés au système de soins ; les soins doivent être alors limités, non par les revenus de chacun, mais par des critères médicaux d’utilité et d’efficacité médicales, les mêmes pour tous ; la distribution des soins est alors égalitaire.

 

Le premier système privilégie la liberté, le second l’égalité. Mais aucun ne peut, comme nous prétendons le faire, socialiser des dépenses régulées par la loi de l’offre et la demande ; il n’y a, alors, plus aucun frein à la consommation. Le déficit devient inéluctable et, avec lui, la privatisation, déjà bien entamée.

 

Faute d’accepter une discipline collective, nous nous acheminons vers un système à l’américaine : des assurances complémentaires de moins en moins complémentaires, de plus en plus inégalitaires, avec une Sécu qui ne sera plus qu’un filet de couverture minimale pour les plus pauvres, et des travailleurs pauvres qui risquent d’être totalement exclus du marché de la santé, trop pauvres pour l’assurance privée, pas assez pauvres pour le système public.

 

Mais quand on observe l’évolution du système de soins, régulé par la loi du marché, les choses n’en sont que plus inquiétantes. En effet, quelle est la situation des assurances maladies aux Etats-Unis d’Amérique ?

 

Les assurances, ayant pour but de faire du bénéfice, ont rationalisé les pratiques médicales. Les médecins n’y sont plus payés à l’acte. Ils sont tenus d’appliquer les traitements médicaux décidés par les assureurs.

Les assurés doivent suivre des « parcours coordonnés de soins », c’est-à-dire qu’ils ne peuvent consulter un spécialiste que si le généraliste le demande (et, bien souvent, un généraliste seulement quand une infirmière le juge utile). Leur liberté du choix du médecin est limitée aux seuls médecins travaillant pour la compagnie chez laquelle ils sont assurés.

 

Ainsi, ce sont les assureurs privés américains, et non l’Etat, qui ont mis fin au dogme archaïque du libéralisme médical, tel qu’il existe en France : liberté de choix, d’installation, de prescription et des honoraires.

 

Ils ont imposé une rationalisation des pratiques que l’Etat, en France, n’a jamais eu le courage d’imposer ; les critères ne sont, évidemment, pas ceux qui sont conformes à l’intérêt général, qu’est celui de la santé publique. Ce sont des critères de rentabilité financière. Mais, s’il s’avère que, seuls les assureurs privés sont capables de rationaliser les pratiques médicales, ils l’emporteront inéluctablement sur les assureurs publics.

 

Ce ne serait là que la conséquence logique d’un demi-siècle de démission de l’Etat en général, de la gauche en particulier, face à tous les corporatismes du monde de la santé (ils ne sont pas que médicaux).

 

Ainsi, si, au départ, le système libéral privilégie la liberté, et le système socialisé l’égalité, à terme le système libéral sacrifie la liberté au profit, sans pour autant instituer l’égalité.

 

Ainsi, aurons-nous perdu, par démagogie et lâcheté, à la fois la liberté et l’égalité dans notre Sécu.

 

Des solutions respectant l’égalité et la liberté existent. A l’Etat d’être responsable et courageux.

 

NB : Après son deuxième mandat présidentiel, François Mitterrand avait dit « Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas avoir nationalisé la médecine ».

 

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Santé et sécu sociale.

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