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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 22:59

La société guadeloupéenne doit se prendre en mains

 

L’accord signé en Guadeloupe après un mois et demi de grève générale est un bon point pour les 49 organisations coalisées sous l’enseigne LKP. Il reste à voir de quelle façon il va s’appliquer, sous le contrôle vigilant du porte-parole du mouvement, Elie Domota.

 

Tout commence avec cette lutte sociale victorieuse. Il faut déverrouiller l’économie, la mettre au service de la société. Les Guadeloupéens sont très attachés à la France (80% sont favorables à un statut en lien direct avec la République). Mais la réciproque n’est pas vraie. Les gouvernements successifs de la Vème République se sont peu impliqués dans le développement volontariste de l’île.

 

Certes, depuis une vingtaine d’années, le paysage guadeloupéen a beaucoup changé. L’habitat est en gros progrès, mais c’est l’emploi privé qui fait défaut. Le département vit grâce aux emplois publics et aux aides de l’Etat. Et la hausse des prix des produits de première nécessité a fait baisser le pouvoir d’achat des revenus les plus faibles à un niveau insupportable. La population est entrée dans une vraie colère, qui explique le succès de LKP.

 

Il ne suffit pas d’évoquer le poids historique, bien réel, de la colonisation. Il faut entamer un processus de développement économique endogène, à partir des atouts de ces îles antillaises françaises, la Martinique ayant des caractéristiques proches. Peut-être faudra-t-il nationaliser le commerce de gros pour éviter les profits excessifs des familles qui contrôlent ces activités ? En tout cas, la France a le devoir de prendre des initiatives afin de débloquer une situation devenue, au fil du temps, insupportable.

 

Je renvoie aux articles parus précédemment sur ce blog (voir A Laval, 26 février, manifestation de soutien aux Antillais en lutte - 27 février 2009).

 

Des amis m’ont signalé le témoignage d’un étudiant, Sadi Sainton, qui était présent en France métropolitaine pendant les manifestations contre le CPE, en 1996, et qui est actuellement  à l’université Antilles Guyane en Guadeloupe (voir HNS-info Témoignage de Sadi Sainton, étudiant à l'Université ... reprenant son courriel daté de fin février).

 

Voici un extrait de son message, qui a eu un grand succès sur la Toile.

 

Une grève contre la vie chère ?

Non. Pas vraiment. Le collectif qui mène la grève est un ensemble de 49 associations syndicales, politiques, associations de consommateurs et associations culturelles. Elle a déposé (un mois avant le début de la grève générale, et personne n'a jugé bon de s'en préoccuper) un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres. Parmi ces chapitres, un (un seul !) concerne la vie chère.

Mais alors qu'est-ce que cette grève?

Le collectif à l'initiative de cette grève s'appelle "LKP" : Lyannaj kont pwofitasyon (C'est du créole). Traduction "alliance contre le vol et les profits abusifs". C'est une mobilisation sans précédant. Le LKP parle de 100 000 personnes dans les rues (sur une population de 460 000, soit près du quart de la population). Au delà de la bataille des chiffres, une chose est sure: c'est historique. C'est la plus grande mobilisation de l'histoire de
la Guadeloupe et chaque sortie du LKP crée un nouveau record. Depuis une semaine, la Martinique emboîte le pas, la réunion depuis deux jours, et la Guyane s'y prépare.

Qu'est-ce que la "pwofitasyon"?

Surtout, ne pas traduire par "profit" (c'est un faux ami). La "pwofitasyon", ici peut se traduire comme je viens de dire par "profits abusifs". Dans le langage courant, "pwofitasyon" désigne l'abus de pouvoir qu'un puissant exerce sur quelqu'un dont il sait déjà qu'il est plus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné (…).
 
Les domaines de "pwofitasyon" sont multiples chez nous. Le constat est le suivant. En Guadeloupe, les prix sont beaucoup plus élevés qu'en France et donc parmi les plus élevés d'Europe et du monde. On constate (pour les mêmes enseignes et les mêmes produits) des écarts de plus de 100% que l'éloignement (il faut bien payer le transport) n'explique pas (exemple : 84% sur les pâtes alimentaires). Selon tous les experts, après analyse de la chaîne, de la production au caddie du consommateur, en passant par le transport, le surcoût par rapport à l'hexagone ne devrait pas dépasser 10%. Les différences de prix constatées ressemblent donc fortement à.... du vol organisé.

Quelques exemples de "pwofitasyon" dénoncés par le LKP :

- L'essence que payaient les guadeloupéens était l'une des plus chères au monde. Il y a une crise internationale qui a fait exploser le cours du pétrole, certes, mais cela n'explique absolument pas le cours des prix en Guadeloupe (dans les DOM de manière générale). Aujourd'hui qu'un début lumière commence à être fait sur la question, plus personne ne le conteste.

- Le LKP a présenté à l'état son expertise des méthodes de fixation des prix, résultat : tout le monde est d'accord sur le constat qui consiste à dire que les prix sont anormaux (même ceux qui sont contre la grève générale comme forme choisie pour le dénoncer) .

 

Le secrétaire d'état aux DOM, monsieur Yves Jego envisage même une action en justice de l'Etat contre la SARA (Société Anonyme de Raffinage Antillaise) dont l'actionnaire principal (70%) est TOTAL. Vous m'accorderez sans doute que ce ne sont pas des nécessiteux. Et Jego (lui même), a dit que si, après enquête, il est démontré que la SARA a perçu des sommes indues (ce sera probablement le cas), cette somme devra être remise aux guadeloupéens sous la forme d'un fond pour la formation professionnelle.


N.B:
La SARA est en situation de monopole en Guadeloupe, pas de concurrence. C'est elle qui distribue l'essence.


- Quant aux prix de la grande distribution... une des pistes est de créer "un panier de la ménagère" constitué d'environ 100 produits sur lesquels la grande distributions n'aurait plus le droit de dépasser les prix de l'hexagone de plus de 10%, avec la création d'un organe bi-mensuel de contrôle des prix pour éviter de nouvelles dérives.



N.B: Les géants de la distribution sont en situation de quasi monopole. Il s'agit principalement du groupe Hayot (Bernard Hayot est dans le top 120 des fortunes françaises). En plus ils détiennent l'importation et ont le monopole de la distribution sur plusieurs grandes marques.

Pour accentuer le problème, les quelques concurrents existants sont des groupes amis (cousins, alliancés...) puisque ce circuit est aux mains d'une ethno-classe compacte et réduite (voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maîtres de la Martinique" voici un lien ou on peut voir l'émission :
http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV).

Les guadeloupéens sont asphyxiés et meurent de faim alors ?

Mais pas du tout !! C'est cette question qui m'a poussé à écrire ce mail. Un ami métropolitain m'a appelé aujourd'hui pour me demander si on tenait le coup. Au début j'ai commencé à répondre que malgré la durée du conflit, la mobilisation était toujours de mise. Il me coupe : "Non, je voulais dire...Arrivez vous à remplir le réfrigérateur" !

La Guadeloupe
est en grève générale depuis bientôt 4 semaines. Les hyper marchés et super marchés sont fermés. En revanche les petits commerces de proximités sont ouverts, mais les rayons des magasins sont de plus en plus vides...

MAIS : La Guadeloupe s'organise
. L'UPG (Union des Producteurs Guadeloupéens) ainsi que les pêcheurs font parti du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs continuent à pêcher et à vendre leur poisson. Les animaux ne sont pas en grève : les éleveurs continuent à s'en occuper et à vendre leur viande. La terre n'est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs exploitations et vendent leur denrées. Notre réfrigérateur n'a jamais été aussi plein.

Les hyper marchés sont fermés, mais les marchés sont ouverts. Il y a mieux : des marchés populaires sont organisés devant les piquets de grève et un peu partout. Les producteurs y vendent leurs denrées aux prix auxquels ils ont l'habitude de vendre aux super marchés. Conséquence : ils ne perdent pas leur récolte ni leur revenus, et le porte feuille du consommateur apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande distribution ne sont plus là.

Nous mangeons à notre faim et -fait intéressant- nous n'avons jamais autant consommé local !!
Je n'ai pas de purée mousseline, je n'ai plus de pâtes panzani... et alors ? J'ai des tubercules, des légumes, de la viande, du poisson, des fruits frais, des fruits secs, des fruits de mer... Et ça coûte moins cher que d'habitude. En fait, je crois que je n'avais jamais mangé aussi équilibré de ma vie (…).

 

Revue de presse :

 

Békés : Une affaire d'héritage (Le Monde, 1er mars)

Le surprenant succès du LKP, objet politique non identifié (Libération, 4 mars)

Fin de la grève en Guadeloupe, les négociations continuent en Martinique (L’Humanité, 5 mars)

La Réunion prend le relais de la contestation (Libération, 6 mars)

 

 

Cet article est le 46ème sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

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