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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 14:45

 

Mondialisation de l'économie = fin de la démocratie* ?

*L’auteur de ce texte n’a pas souhaité rendre public son nom

L'«inéluctable mondialisation de l'économie» découle pour une part des progrès techniques, notamment dans le domaine des communications, qui facilitent les échanges de biens, et surtout de services et de capitaux. La mondialisation résulte encore plus de la volonté persistante des gouvernements et des puissances financières qui les soutiennent d'éliminer tout obstacle aux échanges et toute entrave au libre jeu des forces économiques avec pour premier critère la rentabilité financière.

 

L'internationalisation de l'économie repose sur le postulat selon lequel le libéralisme permet, tel la main invisible d'Adam Smith, la répartition optimale des activités en fonction des potentialités naturelles et du niveau de développement de chaque région. Une des conséquences les plus souvent énoncées est que les pays développés doivent se spécialiser dans des activités, intellectuelles et de service, à contenu intellectuel élevé, et abandonner les secteurs fortement consommateurs de main d'oeuvre aux pays en développement où cette main d'oeuvre est bon marché.

 

De même que les théories d'Adam Smith ont fourni une justification théorique à l'exploitation des travailleurs dans l'Angleterre du XIXème siècle, de même on constate que le triomphe actuel des théories libérales se traduit par la montée irrésistible du chômage et l'instauration d'une société duale, avec les maux qui les accompagnent.

 

Au-delà de ces faits, quelques réflexions de bon sens permettent de mesurer le caractère trompeur des justifications du libéralisme sans freins. En dépit des théories généreuses qui prétendent pouvoir pousser toute personne jusqu'aux études supérieures, une proportion non négligeable de la population, même dans les pays les plus développés, ne peut être employée que dans des tâches à faible contenu intellectuel. De même, si l'emploi constituait vraiment une priorité absolue, il conviendrait par exemple de comptabiliser les emplois créés en France par la vente d'une centrale nucléaire à la Chine et les emplois détruits par les textiles ou le matériel électrique importés en compensation.

 

Tout le monde répète que 1/3 des emplois français sont liés à l'exportation, mais personne ne s'étonne du paradoxe qui fait que les records actuels de solde extérieur s'accompagnent de records de chômage. Cela s'explique si l'on considére que nous échangeons des produits à forte intensité capitalistique contre des produits à forte intensité de travail et que plus nous exportons, plus nous importons de chômage en retour.

 

La seule façon d'atténuer les conséquences sociales de ces destructions d'emplois serait d'augmenter la redistribution des bénéfices commerciaux et financiers réalisés par les secteurs qui profitent de la division internationale du travail. Malheureusement, la libéralisation simultanée des marchés financiers multiplie les possibilités d'évasion fiscale et de localisation des gains dans des pays accueillants.

 

Les assurances prodiguées par les gouvernements pour apaiser les craintes engendrées par la libéralisation incontrôlée des échanges ne sont qu'une farce. Alors que les distorsions commerciales résultant des manipulations monétaires sont évidentes, aucun effort sérieux n'a été fait pour lier l'ouverture de nos frontières à l'acceptation d'une discipline monétaire par les USA. De même, les assurances de clauses sociales dans l'Organisation Mondiale du Commerce restent lettre morte, la récente réunion ministérielle de l'OMC à Singapour l'a confirmé.

 

Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que le citoyen se sente abandonné et qu'il perde confiance dans les mécanismes démocratiques. En s'en remettant sans garde fou aux lois du marché, le gouvernement retire au citoyen la possibilité d'influer par son vote sur un élément essentiel de sa vie : l'exercice de son droit au travail. Il n'est pas indifférent de souligner qu'au moment où se lèvent tous les jours des défenseurs des droits les plus divers, on passe sous silence ce droit essentiel, pourtant inscrit depuis 1946 dans le préambule de la Constitution.

 

L'opinion se révolte aussi contre le paradoxe qui voudrait que le libéralisme censé être source de richesses se traduise par une remise en cause sans précédent des acquits sociaux et des concepts de solidarité qui sous tendent la société française. Elle ne peut pas non plus admettre que les progrès scientifiques et techniques utilisés pour justifier la mondialisation se traduisent par une décadence matérielle et morale.

 

La tentation de l'extrémisme politique est une réponse naturelle à cette situation. Il est à craindre que lorsque cet extrémisme aura montré ses limites, il ne cède la place comme dans d'autres pays à des comportements encore plus inquiétants : extrémisme religieux, dérives maffieuses ou sectaires, ...

 

Pour lutter contre cette dérive, il faut que l'emploi devienne une priorité absolue dans les faits et non seulement dans le discours. Cela implique en premier lieu de combattre les politiques qui conduisent à la disparition d'emplois productifs et d'adopter des mesures qui contribuent à recréer de tels emplois dans notre pays. Il faut signaler à ce propos que pour sympathiques qu'elles soient, les dispositions qui ne créent que des emplois de service (par exemple en abaissant l'âge de la retraite dans les transports) contribuent à accroître les ponctions déjà exagérées sur le secteur productif et entretiennent le cercle vicieux de la redistribution croissante de ressources qui s'amenuisent.

 

Cette priorité réelle accordée à l'emploi constituerait la meilleure réponse au discours démagogique du Front National, qui attribue aux immigrés la responsabilité du chômage et des maux qui l'accompagnent, et dissimule ainsi la responsabilité d'un libéralisme effréné qui casse des pans entiers de l'appareil productif français. Si on veut lutter contre la xénophobie, il est plus utile de s'attaquer réellement au problème du chômage que de faire du tapage sur la loi Debré en "oubliant" de dénoncer l'accord OMC sur les télécommunications qui constitue une avancée majeure vers la déréglementation généralisée.

 

Même si l'on cherche à nous faire croire qu'il est "politiquement incorrect", un certain protectionnisme est nécessaire. Nous devons affirmer haut et fort qu'il ne s'agit pas d'une attitude conservatrice, mais de la constatation de bon sens qu'il n'est pas possible de se réclamer d'une certaine conception de la solidarité et de l'organisation sociale si l'on refuse toute protection contre les pays et les groupes d'intérêt qui n'appliquent pas ces règles. Dans ce contexte, l'attitude vis-à-vis de l'Union Européenne est un élément majeur. Loin de constituer le cadre indispensable à la défense de l'économie française, l'Union Européenne dominée par les tenants du libéralisme économique le plus dogmatique est un relais essentiel de l'internationalisation de l'économie.

 

Depuis au moins 20 ans, nous sommes soumis à un véritable terrorisme intellectuel qui nous répète que faute de développer l'intégration européenne, nous n'aurions qu'une Europe inachevée sans contenu politique et sans poids face aux USA. On n'a développé que l'Europe des marchands en supprimant tous les obstacles aux échanges, alors que l'Europe sociale censée contrebalancer cette évolution reste désespérément au point mort. Dans le même temps, l'élargissement croissant de l'Union Européenne à des pays de niveau économique et social disparate permet toutes les délocalisations et tous les trafics, au détriment des activités productives.

 

Si rien n'est fait, les évolutions en cours de l'Union Européenne conduiront au tournant du millénaire à deux changements majeurs qui rendront quasi impossible le retour en arrière, sinon accompagné de troubles graves. La monnaie unique et les contraintes qui l'accompagnent vont ôter aux Etats un de leurs derniers instruments au service d'une conception politique (et non uniquement économique) de la société. L'élargissement aux pays de l'Est achèvera la dilution de la construction européenne dans une vaste zone de libre échange ouverte à tous les vents.

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