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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 22:54

 

Un vent de liberté et de responsabilité souffle sur le lait

 

La grève des livraisons de lait a été lancée à Paris le 10 septembre (voir, sur ce blog  La grève du lait remet en cause les industriels et le système européen - 15 septembre 2009).

 

A l’origine de ce mouvement professionnel agricole d’un type tout à fait nouveau : un homme, Pascal Massol, présent hier soir en Mayenne, à La Chapelle-Craonnaise, non loin de Cossé-le-Vivien et de Craon. Le maire de cette commune, Gérard Lecot, lui-même producteur de lait, avait accepté de mettre à la disposition de l’association des producteurs de lait indépendants (APLI) une salle communale pour une réunion publique.

 

Près de 150 personnes avaient répondu à l’invitation diffusée sur les ondes de France Bleu Mayenne dans la journée.  J’y suis allé, dans le but de mieux connaître cette association APLI. 

Plus de trois heures de réunion sans temps mort. Deux fortes personnalités :

- Pascal Massol, président national, éleveur en GAEC dans l’Aveyron (voir Pascal Massol - LeMonde.fr), qui a provoqué, fin 2008, un mouvement spontané de producteurs de lait en colère, dans le Sud Ouest (où la production laitière est marginale),

- Pascal Cousté, éleveur dans les Côtes-d’Armor après avoir travaillé dans une entreprise laitière, muni d’un diplôme de l’ENIL (Ecole nationale de l’industrie laitière), ce qui lui permet de garder de bons contacts dans ce milieu professionnel.


 

Pascal Massol (à gauche) et Pascal Cousté

Les deux semblent bien se compléter, le premier intervenant sur la politique professionnelle de l’association de producteurs,
le second sur les éléments économiques chiffrés qui justifient les actions en cours.

 

Les relais de l’APLI en Mayenne sont Hervé Delogé, de Commer, Stanislas de Poulpiquet, de Bonchamp et Sébastien Bellier, de Peuton.

 

Les témoignages de femmes et d’hommes sont là pour convaincre les présents de s’engager dans la grève. Car ce département est rétif, le tempérament mayennais étant d’attendre et voir si le mouvement va réussir. Cette réserve peut aussi s’expliquer par le fait que les blocages de laiteries au printemps, à l’initiative de la FDSEA, ont occasionné des pertes de revenus non négligeables.

 

Dans la salle, venu en voisin, le responsable lait de la FDSEA, Michel Menan, ne tarde pas à contester ce qu’il considère comme des mensonges de l’APLI, laissant entendre que les propos diffamatoires ne seront pas tolérés par le syndicat majoritaire.

 

Cette attitude de la FDSEA est significative de la crainte qu’inspire le mouvement dans les rangs des dirigeants du syndicat majoritaire. Des membres de la Coordination Rurale et de la Confédération Paysanne, les deux syndicats minoritaires, étaient présents dans la salle ; ils soutiennent les grévistes.

Patrick Bricaud, ancien président de la FDSEA (entre 1996 et 2002), qui n’est plus adhérent de ce syndicat depuis 2004, a appelé à « ouvrir les vannes », sans tenir compte de l’appartenance syndicale. « Il faut avancer tous ensemble ! », ce qui lui a valu de chaleureux applaudissements. 

 

APLI-La-ChapelleCraonnaise-170909-002-T.jpgL'APLI, née en décembre 2008, n’est pas un syndicat. C’est une association de producteurs (cotisation modique de 20 euros, dont 8 euros vont à l’EMB (European Milk Board). La décision de faire la grève des livraisons de lait est individuelle, chaque adhérent étant responsable de ses actes.

 

Pascal Massol reproche aux responsables professionnels, au niveau national et européen, de ne pas avoir défendu le revenu des producteurs de lait, ce qui explique les prix actuels - autour de 270 euros les 1000 litres, 250 prévus en fin d'année, nettement inférieurs aux coûts de production - 330 euros, 400 pour vivre correctement.

 

Les actions en cours visent à obtenir un relèvement du prix du lait dans toute l’Europe. Il faut aller vers un prix européen, car l’Europe est notre marché intérieur, le marché mondial étant à oublier. La commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a fait de nouvelles propositions qu’il faut discuter. Il y a 3% de surproduction qu’il faut enlever. Cela fera remonter les prix du lait.

 

L’EMB a engagé des discussions avec le Parlement européen. Pourquoi Danone met 1,5 million d’euros dans son lobbying auprès du Parlement européen ? Il doit y avoir une raison ! Notre force à nous, notre lobbying, c’est d’être tous ensemble. Vifs applaudissements de la salle.

 

Il nous faut, en 4-5 semaines, sortir de l’ornière. Si nous n’y parvenons pas, ce sont les jeunes qui vont être décapités, et ceux qui ont investi et se sont mis aux normes européennes. Quel gâchis ! Quel manque de lucidité au plus haut niveau politique ! Le ministère de l’agriculture n’a pas vu venir la crise, il le reconnaît.

 

Cette grève du lait, c’est une automutilation, selon le président de l'APLI. Cela ne se fait pas, mais on le fait pour en sortir par le haut, en pensant aux 30 à 40% de producteurs qui seront contraints d’arrêter si la crise actuelle perdure. Il faut écouter, car chacun a sa petite part de génie, qui permet de trouver la solution. L’APLI sert à débattre et à créer des idées. Nous n’avons pas le droit de nous tromper.

 

Les actions de la FNSEA en mai 2009 vers les industriels, nous ne les avons pas critiquées, mais le reproche qu’on peut leur faire, c’est de ne pas avoir abordé le fond du problème, de ne pas avoir dit que nous produisons trop de lait par rapport aux besoins des industriels. Ce qu’il faut critiquer chez les industriels, c’est leur opacité. La filière laitière est assez riche. Ce qu’il faut, c’est une répartition équitable de la marge.

 

Nous avons dit au ministère que la contractualisation ne passera pas. Les coopératives sont parties à la dérive. Il est temps de se réveiller. Espérons qu’il n’est pas trop tard.


Visiblement, ces propos sont allés droit au coeur des gens présents, des hommes et des femmes qui n'imaginaient pas vivre de tels moments dans leur vie professionnelle.

L'horloge s'était arrêtée. A plus de minuit, les échanges continuaient entre les responsables de l'APLI et les adhérents présents. 


Le président : on a fait ce qu'il fallait pour réduire nos charges. Il fallait s'associer au niveau européen, fédérer les gens. Ce qui les sépare, c'est la langue, Pour le reste, c'est pareil. On tient le bon bout. Demain, nous serons fiers d'avoir réussi ce combat.

Une femme témoigne : mes trois enfants m'ont dit "ne baisse pas les bras". Une autre : j'ai laissé mon emploi dans une entreprise pour m'installer. J'espère que ça va aller.

Le mot de la fin à Pascal Cousté, qui le tient d'un belge : "Si vous voulez avoir quelque chose que vous n'avez jamais eu, préparez-vous à faire quelque chose que vous n'avez jamais fait".


   Cet article est le 132ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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