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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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19 novembre 2006 7 19 /11 /novembre /2006 23:12

 

Une vraie politique agricole pour assurer la sécurité alimentaire en Europe

   Lors de son intervention le 26 juin 2006*, l’ancien président de l’INRA et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie de l’agriculture, a d’abord rappelé que la PAC avait été fondée sur des idées politiques qui ont entraîné la mise au point de mécanismes.

Aujourd’hui, les bases politiques sont obsolètes et il ne reste que des mécanismes. Le problème est de trouver de nouvelles bases politiques.

Je me suis efforcé de résumer son intervention.

 Pour moderniser l’agriculture, la profession a accepté dans les années 1960 une forte diminution du nombre d’agriculteurs, avec une reconversion possible dans des emplois industriels massivement créés. Il fallait assurer, comme aux USA, une alimentation à bas coût à cette nouvelle classe ouvrière.

Ce cercle vertueux n’existe plus aujourd’hui. Il n’est plus possible de quitter la campagne pour trouver un emploi en ville. Mais on peut toujours se procurer une alimentation à bon marché, souvent importée.

 Des mécanismes avaient été mis en place pour soutenir l’agriculture par les prix : un sas d’entrée, avec contrôle de l’importation, permettait de calculer un prix intérieur européen qui soit supportable par les consommateurs et rémunérateur pour les agriculteurs. C’était justifié en l’absence de monnaie unique.

 Cette politique de prix est obsolète parce qu’elle est perverse.

Son coût était démesuré à partir du moment où l’Europe est devenue exportatrice (restitutions aux frais du contribuable). Subventionner des exportations devenait absurde.

En outre, elle est perverse sur le plan de l’environnement : plus le prix est élevé, plus on utilise d’intrants.

D’autre part, l’Europe est en situation de faiblesse dans les négociations internationales vis-à-vis des USA qui produisent du blé extensif inoffensif pour l’environnement.

La baisse des prix est donc favorable à l’environnement.

 Il n’est pas question de revenir à un soutien de l’agriculture par les prix et on peut penser que la réforme de la PAC en 1992, imitant ainsi la solution américaine, était la seule possible, à cause des effets budgétaires, à cause des pays anglo-saxons plus libéraux que nous, et, surtout, sous la pression de l’OMC.

La réforme de la PAC n’est que l’ajustement à l’OMC. Depuis que l’agriculture est rentrée dans l’OMC, on ne peut plus l’isoler du reste de l’économie : impossible de refuser d’importer des produits agroalimentaires à un pays à qui l’on vend des Airbus. Quant à savoir si l’agriculture restera toujours dans l’OMC, ce n’est pas possible de l’affirmer.

 En fait, dans ces négociations, l’Europe a un jeu de rôles avec les USA. C’est un jeu de solidarité, même si les avantages comparatifs sont différents entre les deux partenaires. Les deux veulent protéger leur agriculture. Nous ajustons la PAC à ce que les USA peuvent accepter dans le cadre de l’OMC.

Les adversaires de l’Europe et des USA sont le Brésil, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas dupes de l’entente euro-américaine pour contrer le libéralisme.

 Il faut préciser que la mondialisation ne résout en rien le problème de la pauvreté. La libéralisation est demandée par des pays riches et ce n’est pas cela qui créera la richesse dans les pays en développement. Notre intérêt est de nous occuper du développement des pays pauvres. Et cela passe par leur capacité à réaliser des investissements lourds à faible taux de retour.

 Il faut donc sortir de deux supercheries : la première serait de croire qu’on peut re-nationaliser, la seconde serait de penser que le libéralisme est la solution à tous nos maux.

 Que faire ? Faute d’idée pour le moment, mieux vaut laisser les mécanismes en place fonctionner le plus longtemps possible.

Pourquoi ? La croissance de la population mondiale est de 1,5% par an et les prévisions sont environ 9 milliards d’individus en 2040, au maximum. Pour les nourrir, il faut une croissance de la production agricole d’environ 2% par an. Certaines zones de la planète vont être en déficit alimentaire, notamment l’Asie et l’Afrique. Les zones qui peuvent combler ces déficits sont celles qui ont des réserves de production importantes : l’Amérique du Sud et, peut-être, l’Ukraine et la Russie.

 L’Europe ne pourra pas nourrir le monde. Son intérêt est d’avoir une politique agricole qui lui permette de faire face à ses propres besoins et à une sécurité alimentaire qui ne va pas de soi.

 Il y a des incertitudes majeures à l’échelle mondiale : la première concerne l’énergie, qui peut créer une tension très forte sur les prix agricoles, surtout là où il n’y a pas beaucoup d’eau, peu d’énergie et une population nombreuse, c’est-à-dire dans des pays pauvres. Mais il pourrait y avoir des répercussions sur les prix dans nos zones et rendre plus difficile l’accès à l’alimentation.

La seconde est liée aux changements climatiques qui affectent particulièrement l’Afrique et entraînent des déplacements de populations. Face à ces dangers, s’assurer une sécurité d’approvisionnement en Europe est une nécessité absolue.

 Les avantages comparatifs de la France et de l’Europe conduisent à faire des produits transformés. Les USA ont trois fois plus de terre que l’Europe : un hectare par habitant contre 1/3 chez nous. Les USA exportent des denrées et l’Europe exporte de plus en plus des produits transformés. Nous devons jouer la valeur ajoutée.

Rien, dans la PAC actuelle, ne s’oppose au développement d’une industrie agroalimentaire de qualité. Il vaut mieux viser l’Europe (ce qui n’empêche pas d’exporter vers d’autres pays) et regarder ce qui va se passer à l’est de notre continent dans les 20 ans qui viennent.

 Cela pose la question de la protection de notre espace européen. Les restitutions vont être annulées (elles ne sont pas un problème). Mais la protection de notre espace est un véritable problème. Il est essentiel d’assurer la sécurité sanitaire de notre alimentation, en raison des nouveaux risques, des maladies émergentes, qui sont la conséquence des échanges mondiaux. C’est l’exigence des consommateurs.

 Il faut aussi éviter les distorsions de concurrence.

 Agir sur ces différents points est tout à fait possible dans le cadre de l’OMC. Encore faut-il le faire correctement, de manière cohérente et transparente.

 Il doit y avoir régulation. Par qui ? Par une organisation mondiale ou par la grande distribution ? Certains pays (Argentine, Costa Rica) se soumettent aux règles de la grande distribution. Si les politiques ne s’en occupent pas, effectivement, la grande distribution, le marché, s’occuperont eux-mêmes de la sécurité sanitaire, du bien être animal.

 On peut préférer que cela fasse l’objet de règlements internationaux.

 Enfin, il est impératif de promouvoir notre compétitivité dans les produits de qualité et l’agroalimentaire. Les agriculteurs doivent aussi conquérir le créneau citoyen en expliquant à quoi sont utilisées les aides.

 Un des éléments de la promotion de notre compétitivité est la gestion du risque de production agricole. L’idée est de promouvoir un système d’assurance, comme aux USA. La gestion des risques demande l’intervention des pouvoirs publics.

 Il faut aussi s’occuper du foncier et revoir les questions de concurrence entre les différents partenaires de la filière agroalimentaire.

 Il faut soutenir l’innovation, à condition que ce soit pour produire des denrées ayant une forte valeur ajoutée.

 Enfin, il faut redonner l’espoir aux gens. Pour cela, au-delà des mécanismes (qui seront ajustés en 2013), il faut redonner une visibilité à ce qui serait une vraie politique agricole.

 Car, si les agriculteurs apparaissent comme exerçant un métier comme les autres, ils seront traités comme les autres !

 

 *Colloque de la fondation Res Publica : www.fondation-res-publica.org

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