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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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22 novembre 2006 3 22 /11 /novembre /2006 15:51

 

L’agriculture et le défi énergétique

 Pierre Cuypers est président de l’association pour le développement des carburants agricoles. A l’invitation de Jean-Pierre Chevènement, président de la fondation Res Publica, il s’est exprimé dans le cadre du colloque ayant pour thème « L’avenir de la Politique Agricole Commune ». Chacun peut consulter la fondation (voir www.fondation-res-publica.org ) pour prendre connaissance des actes de ce colloque ou commander le livre (10 €).

 En introduction, Pierre Cuypers, qui est aussi président de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, a souhaité que l’Europe défende son modèle agricole et sa sécurité sanitaire, craignant que, lors des négociations de l’OMC, notre agriculture soit prise en otage, en contre - partie d’autres éléments de négociation, et que nous soyons placés sous dépendance du monde en matière alimentaire, comme nous le sommes en matière d’énergie.

 Puis il a évoqué le changement climatique. Le grand rendez-vous de Montréal en décembre 2005 : 189 nations réunies pour bâtir une stratégie de lutte contre les gaz à effet de serre et les changements climatiques qu’ils induisent. Seulement 34 pays, à cette date, avaient ratifié le protocole de Kyoto, dont des pays en développement,  dispensés de l’obligation de l’appliquer. Les USA et l’Australie, qui sont parmi les pays les plus pollueurs, ne l’ont pas ratifié. La France s’est engagée et a commencé d’agir. Les gaz à effet de serre dans l’atmosphère, pour l’essentiel issus de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), sont à l’origine du réchauffement climatique (+ 2°5 au 20ème siècle, peut-être 6° au 21ème siècle si des mesures n’étaient pas prises. En moins de 200 ans, nous avons prélevé la plus grande partie du pétrole disponible et facilement accessible. Il va falloir économiser cette énergie.

 Nous devrons relever trois défis : l’eau, l’alimentation, l’énergie. Face à ces trois défis, la terre est le seul écosystème capable de réguler le carbone sur la planète. Nous devrons donc développer des énergies diversifiées, afin d’assurer notre sécurité et notre indépendance.

La biomasse est du pétrole frais renouvelable chaque année mais cela suppose une volonté politique. La biomasse, c'est le bois, la cogénération, la fermentation, ce sont aussi les biocarburants. C'est la biomasse qui apporte la réponse la plus massive en matière d'énergie et de capacité à répondre aux attentes de nos concitoyens, en matière d'énergie pour les transports. C'est la plus productive parce qu'on peut la faire évoluer et la plus durable parce qu'elle est renouvelable.
La biomasse ne concerne pas seulement l'agriculture, mais aussi l'environnement, l'économie, les affaires sociales. Toutefois l'agriculture est la seule capable d'apporter la matière première qui permet de développer la biomasse.

  Il existe deux sortes de biocarburants :

 Le complément de l'essence est un alcool fabriqué à partir de céréales, de blé, de maïs, mais aussi de betteraves et de bois. Le seul problème est l'adaptation des coûts.

 Pour les moteurs diesel, c'est le diester (nom commercial en usage en France, pour diester et ester méthylique d'ester végétal) qui s'additionne au gasoil. Il est produit à partir de toutes les matières grasses, le colza, le tournesol, le coton, la palme. Les plantes oléagineuses sont répandues partout dans le monde.

  Nous avons donc lancé deux plans biocarburant.
Le premier est la reprise des directives communautaires votées en 2003. Elles donnent un fil rouge conducteur jusqu'en 2020. A cette date, 20% de toutes les énergies consommées en Europe devront provenir de l'ensemble des énergies renouvelables. Pour atteindre cet objectif, la directive européenne dit qu'en 2005, chaque pays de l'Union devra justifier de la capacité de produire 2% des énergies du transport par le renouvelable, c’est-à-dire par les biocarburants (il n'y en a pas d'autre).

 En 2010, nous devrons atteindre 5,75%. Nous sommes actuellement à 1,2% ! Nous sommes donc en retard. La France, comme quinze autres Etats, a été sommée de rattraper son retard. Face à la montée du prix du baril, le gouvernement actuel a mis en place un second plan carburant avec l’objectif d'atteindre 10% en 2015. Il faut le temps de construire des usines (dont chacune coûte entre 100 et 200 millions d'euros), environ huit mois auxquels s'ajoute toute l'instruction administrative qui précède pour l'acceptation du dossier.

 Il fallait aussi une directive fiscale pour faire passer cette directive de promotion. Or la fiscalité, au niveau européen, suit la règle de l'unanimité. Nous avons obtenu une directive qui permet d'adapter la fiscalité. La TIPP qu'on appelle la TIC (taxe intérieure sur la consommation) est la participation de pétrole au budget de la nation. Quand nous produisons des graines, avec l'amont et l'aval de la production et tous les services qui interviennent, nous payons déjà une fiscalité territoriale (la taxe foncière) et nous payons sur les produits et les salaires liés à la production végétale. Nous pouvons donc ne pas être soumis aux mêmes taxes que le pétrole. Or la fiscalité que nous subissons aujourd'hui pour développer les biocarburants est celle du produit qui nous accueille : l'éthanol subit la fiscalité de l'essence et les deux diesters celle du gasoil.

Pour trouver une parité financière et concurrentielle, nous avons donc obtenu une exonération partielle de la TIPP qui permet de corriger et de faire en sorte que le produit ne soit pas vendu plus cher à la pompe que le gasoil ou l'essence.
Nous demandons actuellement aux pouvoirs publics de mettre en place une fiscalité écologiquement adaptée aux biocarburants qui permette d'éviter de revenir chaque année devant une loi de finances. En effet la construction d'une usine suppose pour les partenaires financiers et industriels une durée d'amortissement pendant laquelle ils doivent trouver une certaine visibilité.

Cela coûte-t-il plus cher ?
Une étude réalisée en 2002 au plan national et européen répond à cette question.
Alors que l'essence et le gasoil ne restituent qu'une partie du pétrole brut raffiné, la production du bioéthanol produit deux fois plus d'énergie qu'elle n'en consomme, c'est trois fois plus pour le diester.
Pour produire mille tonnes de bioéthanol, on crée sept emplois, neuf pour le diester. Notre objectif français est d'aller vers la création de 45 000 emplois pour 2015 ; nous en avons déjà créé 28 000. 

J'ai lu dans différents journaux qu'en développant les biocarburants, le monde agricole risquait d'affamer la planète. Soyez rassurés. Aujourd'hui, si on réalise l'objectif des 10% de biocarburant à base de céréales, ça ne prélèvera que 5% de la production de céréales en France.

 Dans le cadre de l'OMC, un accord réduit la production de sucre en France de 15% à 25%. Une sucrerie qui ne tournait que 62 ou 64 jours l'année dernière disparaîtra si on réduit son temps de travail de 20%, avec les emplois et l'activité économique qu'elle génère. Il faut donc adjoindre à ces usines une distillation destinée à fabriquer de l'alcool de betterave.

 Nous sommes aussi capables de mobiliser des surfaces pour la production d'oléagineux, ce qui nous rendra, je l'espère, très compétitifs.

 En réponse à une question de Jean-Pierre Chevènement, Pierre Cuypers précise que la France a la capacité de satisfaire 20% de ses besoins en énergie pour les transports par la biomasse.

 Ce serait du même coup réduire la facture pétrolière, améliorer l'environnement, favoriser la création d'emplois et maintenir une activité dans la ruralité. C'est un objectif à atteindre mais nous allons déjà commencer par 10% de l'énergie liquide disponible en matière de transports.

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