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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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24 novembre 2006 5 24 /11 /novembre /2006 18:34

 

L’agriculture menacée de disparition par l’avancée urbaine

 

André Thévenot est l’actuel président de la fédération nationale des SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural). Il s’est exprimé lors du colloque de la fondation Res Publica le 26 juin 2006 ayant pour thème « L’avenir de la Politique Agricole Commune » (voir les actes de ce colloque sur www.fondation-res-publica.org ou commander le livre).

 Il a dit son inquiétude devant le rythme accéléré de disparition des terres agricoles en France. Avant de développer ce point, il a justifié le bien fondé des politiques agricoles et alimentaires.

 Les politiques agricoles en question

 Entre 1988 et 2000, le nombre d’exploitations en France est passé de 1 million à 660 000, soit plus de 30% de disparitions. Il y en a 480 000 aujourd’hui, dont 400 000 gérées par des agriculteurs.

 Et demain ? La loi d’orientation agricole, en rupture avec les précédentes qui aidaient l’installation, donne priorité à l’agrandissement des exploitations.

 Il y a environ 8 000 installations par an. On peut envisager 300 000 exploitations dans 20 à 30 ans, peut-être moins si le rythme actuel continuait. Les actifs agricoles sont de moins en moins nombreux (2,5% des actifs totaux).

 Dans une économie mondialisée, certains imaginent qu’on pourrait importer les matières premières alimentaires à prix avantageux et exporter des services à forte valeur ajoutée.

 Ce serait une quadruple erreur : économique, politique, stratégique, culturelle et sociale.

 D’abord, erreur économique qui aurait pour conséquence d’affaiblir notre industrie agroalimentaire, avec les emplois et les devises qui y sont liés.

 Erreur politique qui mettrait fin à notre indépendance alimentaire, avec les risques de pénurie alimentaire que cela comporte.

 Erreur stratégique qui mettrait en cause notre sécurité alimentaire.

 Erreur culturelle et sociale car l’activité agricole est à la source d’un cadre de vie qui maintient le lien entre la société et le monde du vivant.

 André Thévenot évoque ensuite les surfaces nécessaires au développement des biocarburants. Actuellement, 800 000 hectares. Il en faudrait le triple dans trois ans pour atteindre les objectifs, ce qui est impossible. Ces biocarburants devront donc être importés du Brésil ou d’ailleurs.

 Selon la FAO, 852 millions de personnes souffrent de malnutrition, ce qui a provoqué le décès de 36 millions de personnes en 2003 (sur 62 millions de décès). La situation s’aggrave alors que la production agricole augmente plus vite que la population. Qu’en sera-t-il demain avec 9 milliards de personnes à nourrir ?

 Les surfaces agricoles ne vont pas augmenter. Au contraire, la surface agricole par habitant dans le monde (actuellement 0,2 ha ; en France : 0,5 ha) devrait être diminuée de moitié (0, 1 ha en 2050) en raison de l’augmentation de la population, mais aussi de la disparition de surfaces cultivées (appauvrissement des sols, érosion, avancée des déserts et, surtout, urbanisation).

 L’urbanisation se fait dans des conditions qui mettent en péril l’avenir de l’agriculture

 Cette question de l’avancée de l’urbanisation préoccupe beaucoup les SAFER.

 Avec l’appropriation des terres agricoles par les citadins pour leurs loisirs, elle est un des facteurs les plus déstabilisants pour l’avenir de l’agriculture.

 La crise de l’immobilier pousse à rechercher du foncier à bas prix, c’est-à-dire des terres agricoles. C’est ainsi qu’en France, tous les six ans, l’équivalent de la surface agricole d’un département est urbanisé, de manière irréversible.

 Cela revient à consommer à un rythme effréné une ressource naturelle limitée. Et l’extension urbaine se fait de préférence sur des plaines, dont les terres sont les plus intéressantes pour l’agriculture.

 Aujourd’hui, l’urbanisation couvre 4,5 millions d’hectares, dont la moitié était faite de terres agricoles de qualité, sur la douzaine de millions existant en France. Ainsi, 1/5ème des meilleures terres a été consommé.

 L’extension urbaine menace les 10 millions d’hectares de bonnes terres agricoles qui restent.

 L’enjeu n’est pas seulement agricole et alimentaire. Les espaces naturels autour des terres agricoles assurent aussi des fonctions importantes pour la société.

Ce qui est nouveau, c’est l’appropriation des espaces agricoles par les citadins pour leurs loisirs. Chaque année, ce sont 50 000 à 60 000 ha qui sont achetés directement pour être affectés aux loisirs. Les conséquences sont lourdes pour le monde agricole.

 Les prix du foncier s’envolent pendant que les revenus agricoles plongent. Il y a de plus en plus de conflits d’usages des espaces car les nouveaux résidents sont parfois critiques vis-à-vis des activités traditionnelles.

 Les agriculteurs sont pénalisés par l’évolution des prix du foncier, notamment les jeunes qui s’installent et ne souhaitent pas investir dans l’achat de foncier. De plus, désormais, 40% des terres agricoles sont situées dans les espaces périurbains, où le bâti rural est très sollicité par les citadins. Les jeunes ne trouvent pas facilement de logement sur place.

 D’autre part, on peut constater que les espaces périurbains se ressemblent tous ; l’uniformité gagne les entrées de ville. C’est l’équilibre ville – campagne qui s’affaiblit.

 Une vraie politique foncière

 La terre est le support des activités humaines et doit être multifonctionnelle. Mais il faut en réserver la priorité à l’activité agricole, qui en assure la mise en valeur et préserve les paysages et les terroirs.

 L’affectation des terres doit se faire de façon équilibrée, dans une gestion durable de notre patrimoine spatial et dans le cadre d’une politique foncière digne de ce nom, au niveau national ou européen.

 D’autres pays ont des politiques beaucoup plus drastiques. Sans une politique courageuse en France, la question agricole ne se posera plus dans très peu de temps.

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