Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Courriel

 

 

 

 

Articles Récents

11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 22:23

 

Défendre les intérêts généraux de l’agriculture

 La salle de réunions de Restagri à Laval était bien remplie, mardi, par la présence de nombreux paysans retraités venus à l’invitation de la Confédération paysanne écouter avec plaisir Henri Baron.

 Toujours aussi remarquable orateur, debout, sans notes, pendant deux heures, dont une de réponse aux questions, cet homme de 74 ans a raconté sa vie de paysan citoyen, d’abord syndicaliste, puis président de chambre d’agriculture et, enfin, retraité actif en tant que syndicaliste défenseur des petites retraites et conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004, aboutissement normal pour une vie militante, tant il est vrai que la dimension politique a toujours été présente dans l’idée qu’il se fait de ses responsabilités.

 Thérèse, son épouse, l’accompagnait, elle qui n’a cessé de soutenir ses engagements professionnels, à condition qu’il fasse le travail le matin avant de partir, car il ne faut pas laisser tout le travail aux femmes, comme elle dit.

 Une jeunesse marquée par l’accident de son père…

 Ce livre, qu’il a dédicacé à l’issue de la réunion, il l’a écrit lui-même en vingt mois, sur deux grands cahiers qu’il a montrés. C’est un livre pour ses petits-enfants, dans le but de décrire ce que fut la vie tourmentée de ses parents, à la suite d’un accident de santé de son père.

 Il a conservé des souvenirs précis de cette période agitée où ses parents changeaient d’activité et de domicile, et lui d’école. Il est persuadé que ses engagements militants ont pris naissance en voyant les injustices et les humiliations supportées par ses parents dans leur vie.

 Ayant arrêté l’école à la fin du primaire, il devient aide familial car il avait la vocation paysanne et la volonté de défendre le paysan. Mais il n’avait aucune formation professionnelle. Il apprend sur le tas dans le cadre du CETA (groupe d’agriculteurs et un technicien, sur le terrain).

 Service militaire, puis mariage à 22 ans et installation, quelques mois plus tard, sur la petite ferme cédée par ses parents (21 ha, 10 vaches, un capital de la valeur de 3000 € d’aujourd’hui). Rappel en Algérie. Henri passe sur ces épisodes qui sont développés dans le livre.

 Militant syndical pendant 18 ans…

L’action syndicale commence en trombe en 1958, sous l’impulsion d’un jeune animateur de la FDSEA, Médard Lebot. Pendant 18 ans, de 1958 à 1976, Henri exerce des responsabilités dans le syndicalisme agricole, où il s’agit de défendre les producteurs de lait et de viande (notamment les plus en difficulté) du canton de Châteaubriant et du département. Dans ces actions de terrain,  s’exprime une vraie solidarité concrète. Les luttes foncières mobilisent les paysans.

 Dans ce département de Loire-Atlantique de plus de 1 million d’habitants, le syndicalisme agricole est ouvert aux problèmes des autres milieux sociaux, notamment les ouvriers. On se forme à la culture de la société ouverte.

 Dans les manifestations populaires, comme à St-Nazaire (70 000 personnes), 15 000 paysans étaient présents. Sous l’impulsion de Bernard Lambert et de Bernard Thareau, l’action syndicale n’est pas corporatiste, elle est citoyenne et attend de la puissance publique une réponse aux questions posées.

 L’action politique est une noble cause. Il faut la conduire  de la même façon que l’engagement syndical. Les échecs sont aussi formateurs que les succès dans la mesure où on s’interroge sur leurs causes.

 En Loire-Atlantique (en Mayenne aussi), les clivages ont été forts entre les représentants de la FNSEA orthodoxe et les Paysans Travailleurs conduits par Bernard Lambert. Celui-ci était pour la rupture. Bernard Thareau était pour la construction, même risquée (ce qui était aussi la position de Henri) et, donc, pour présenter une liste, en 1976, aux élections à la Chambre d’agriculture. Le président sortant était Raphaël Rialland, second vice-président national (APCA). Cette liste ayant été élue, il fallait un président. Gérard Loquais et Bernard Thareau ayant refusé, cette fonction est revenue à Henri Baron, qui n’avait jamais mis les pieds à la chambre d’agriculture !

 Patron de Chambre d’agriculture pendant 17 ans…

 A la tête de la seconde Chambre de France (360 salariés), à 44 ans, il y restera 17 années, en étant très minoritaire au niveau national (seulement deux Chambres - 44 et 63 – étaient non alignées sur la FNSEA. Mais cela ne l’empêche pas d’exercer de l’influence en disant ce que d’autres pensent mais ne peuvent pas dire, et en conservant le lien avec le terrain.

Le fait d’être responsable, et donc patron de la Chambre face aux revendications des salariés, n’a pas toujours été facile à vivre, mais les excellents contacts conservés avec les salariés le rassurent quant à la façon dont sa politique salariale a été perçue.

 Lors d’un entretien (avant la réunion) avec France Bleu Mayenne, il a montré que la Chambre d’agriculture doit être ouverte à tous. Elle a pour mission de porter les intérêts généraux de l’agriculture. En Loire-Atlantique, les maraîchers nantais (qui ne sont pas ses amis) avaient des problèmes avec la ville. La Chambre les a défendus face à la ville. Car c’est un établissement public (et non semi-public) chargé de défendre les intérêts de toute la profession. Il lève des impôts et ses membres sont élus au suffrage universel direct. Il n’est pas financé par l’Etat, même si celui-ci apporte sa contribution dans certains financements.

 Des candidatures à des élections politiques et maire…

 Ses engagements syndicaux l’ont conduit à être candidat à des élections politiques, en parfaite cohérence avec ses conceptions, comme il l’a dit précédemment.

 En 1962, il était candidat au Conseil général dans le canton de Châteaubriant, soutenu par Bernard Lambert et Maurice Thareau. On lui disait alors que son humanisme chrétien était incompatible avec la gauche.

 En 1981, il était candidat aux élections législatives dans la circonscription de Châteaubriant. Il était clair que, s’il avait été élu député, il aurait démissionné de la présidence de la Chambre d’agriculture. Ce que 44 présidents de Chambre, élus politiques (à droite), se gardaient de faire ! En tant que maire de Fercé, pendant 12 ans (de 1983 à 1995), il a eu l’occasion de s’occuper des dossiers des habitants, sans tenir compte de leurs opinions politiques. Il a été aussi candidat aux élections sénatoriales.

 Paysan retraité et Conseiller régional des Pays de la Loire…

 En 1993, il a pris sa retraite et n’a pas tardé à reprendre un engagement syndical, au service des paysans retraités. Il s’est alors battu pour la revalorisation des petites retraites, obtenant une décision positive du ministre de l’agriculture, Louis Le Pensec (la mise en œuvre sera faite par Jean Glavany). Il a fallu deux ans et 19 réunions au ministère de l’agriculture pour convaincre les autres syndicats du bien fondé des arguments en faveur de la péréquation (+ 84% pour les retraites des femmes, + 50% pour les petites retraites, pas d’augmentation pour les grosses).  

 En 1998, élu sur une liste du PS aux élections régionales pour 6 ans, il a découvert le monde politique, en tant que membre (opposition) du Conseil régional, face aux arguments virulents de Roselyne Bachelot ou de Hervé de Charette. Il a pu constater que, sans s’affoler, en travaillant les dossiers, avec des arguments solides et en évitant les interventions virulents, en présentant les propositions concrètement sous forme d’amendements (et pas de vœux, trop généraux, sans effet réel), on peut gagner la confiance des partenaires et le respect des adversaires. Michel Sorin, membre du même groupe, peut en témoigner : on peut s’épanouir au Conseil régional. Ainsi, en tant que membre du comité régional de la recherche et du développement, il a observé que les sommités scientifiques sont compétentes dans leur spécialité, mais pas nécessairement à l’aise quand elles en sortent, et qu’un généraliste comme lui pouvait tirer son épingle du jeu.

 Des leçons à méditer…

 En conclusion de son parcours de paysan citoyen, engagé dans diverses responsabilités, Henri Baron met en avant le travail d’équipe et le respect des adversaires (écoute, tolérance). Puis il tire deux enseignements :

 1- Qu’aurais-je fait sans voisins (il cite plusieurs exemples dans sa vie) ? Dans le milieu rural, les paysans sont minoritaires. Ils doivent parler avec leurs nouveaux voisins, les comprendre.

2- Avec un peu d’utopie (réaliste), il faut faire vivre l’espoir par rapport à la société.

 La crise de confiance entre les citoyens et les élus est une réalité. Elle est accentuée par le cumul et la durée trop longue des mandats. Il faut limiter le cumul et passer au mandat unique.

 Son expérience dans ses diverses responsabilités (dont une Chambre d’agriculture avec la fiscalité la plus élevée à l’hectare) l’amène à considérer que la décision souveraine implique de limiter la dépendance aux financements extérieurs. Cela passe par la fiscalité, à condition qu’elle soit bien comprise car liée à l’adhésion à une politique.

 Tous les citoyens devraient payer des impôts directs en fonction du revenu, car c’est la fiscalité la plus juste. L’Europe devrait lever un impôt européen. Pour financer les retraites, il faut élargir l’assiette des cotisations à toutes les sources de revenu et mutualiser les ressources, en écrêtant les grosses retraites au profit des petites.

 Le livre « Henri Baron, paysan citoyen » est vendu en librairie (19 €) et peut être commandé aux éditions Siloë, 18 rue des Carmélites 44000 Nantes.

On peut aussi écrire à Henri Baron 8 rue des Œillets 44660 Fercé. Tél/fax : 02 40 28 87 60 

Partager cet article

Repost 0
Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article

commentaires