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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 12:11

 

On ne choisit pas d’être malade

 Elie Arié est cardiologue, enseignant associé à la chaire d’économie et gestion des services de santé au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Il est proche de Jean-Pierre Chevènement et a été, au MRC, délégué national à la santé.

 

  Que signifie « responsabiliser le patient » ?*

 

 Dans une interview récente (Le Monde, 23 janvier), Nicolas Sarkozy, abordant le thème des dépenses de santé, répète à deux reprises : « Il faut essentiellement responsabiliser le patient » par des franchises de remboursement (ticket modérateur - qui existe déjà et qui est un des plus élevés d’Europe).

 Responsabiliser financièrement le patient n’a économiquement aucun sens dans la consommation médicale qui est, pour l’essentiel, une économie subie et non choisie ; on ne choisit pas d’être malade et, quand on l’est, on n’est pas compétent pour juger des dépenses qui vous sont prescrites : si votre médecin vous prescrit un scanner, sur quelles bases pouvez-vous juger qu’il n’est pas indispensable ?

 

  Ticket modérateur ou ticket d’exclusion ?

 

  Par contre, l’importance de la franchise peut dissuader financièrement les plus faibles revenus de se soigner : le ticket modérateur est en réalité un ticket d’exclusion, puisqu’il ne joue que sur les possibilités financières de chacun, sans prendre en compte aucun critère d’utilité médicale.

 Cette injustice sociale se double d’un non-sens économique complet : tous les spécialistes de santé publique savent qu’il faut faciliter financièrement le plus possible l’accès au médecin de premier recours - c’est-à-dire le médecin généraliste - car les diagnostics et traitements précoces, susceptibles d’éviter qu’une maladie ne devienne grave - donc chère - constituent le premier facteur d’économies des dépenses de santé.

 

  Le plus important : l’accès au médecin généraliste

 

  C’est pourquoi, dans la plupart des pays développés, l’accès au médecin généraliste est dispensé de toute avance de frais et de franchise ; il est absurde de dissuader financièrement ce que les considérations de santé publique et d’économies de santé devraient inciter à encourager !

 La seule responsabilisation financière possible serait celle des ordonnateurs des dépenses, c’est-à-dire des prescripteurs... celle que Nicolas Sarkozy écarte d’office : « La médecine libérale, qui ne représente que 15 % des dépenses, a fait beaucoup d’efforts. »

 Je ne vois pas lesquels, en dehors des combats facilement gagnés par les spécialistes pour obtenir des droits quasi constants aux dépassements d’honoraires, et dont le montant vient s’ajouter à la franchise financière pour majorer d’autant la part laissée à la charge des malades.

 

  Les choix différents de la France et de l’Allemagne

 

  Il convient ici de rappeler que :

 - entre 1990 et 2004, le revenu des médecins spécialistes a progressé trois fois plus vite que celui des salariés, selon le prochain rapport du haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM), attendu cette semaine, et qui illustre le fait que les efforts financiers ont toujours été demandés aux seuls salariés ;

 - en Allemagne, le montant des honoraires médicaux est fixé en fin d’année, en fonction des comptes de l’assurance maladie : en cas de déficit, il est abaissé, et les médecins doivent rembourser le trop-perçu, compte tenu des nouveaux tarifs à effet rétroactif (système dit des « lettres-clés flottantes »).

 Mais ces cinq dernières années, le gouvernement a été tétanisé par son obsession d’éviter de mécontenter de quelque façon que ce soit les médecins ; ce qu’on peut appeler son « syndrome plan Juppé », auquel il attribue son échec aux législatives de 1997.

 

  Des efforts équitablement répartis, condition de la réussite

 

  L’exemple de l’Allemagne nous montre pourtant qu’une réforme de l’assurance maladie, nécessairement douloureuse, ne peut réussir que si les sacrifices sont équitablement répartis entre les assurés, les professionnels de santé et l’industrie pharmaceutique : en choisissant, pour des considérations aussi électoralistes qu’idéologiques, de favoriser ces deux dernières catégories et de faire porter tout le poids financier des réformes aux seuls assurés, Nicolas Sarkozy opte pour une médecine de classe et prépare une situation socialement explosive.

 * Les sous-titres sont de ma composition, afin de faciliter la lecture.

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