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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 12:23

 

Pour une véritable politique alimentaire liée à la santé

 Après avoir présenté sur ce blog, le 24 février, le point de vue de Lucien Bourgeois (APCA) sur la nécessité de relier Politique agricole et Politique alimentaire, en prenant en compte la problématique de santé publique, je propose aujourd’hui des travaux pratiques sur le problème de l’obésité.

 Désormais, nous allons devoir forger le concept de politique « agri - alimentaire » (agricole et alimentaire) commune pour caractériser la future PAC. En fait, la PAC est devenu environnementale et rurale depuis une quinzaine d’années. Mais elle n’a pas intégré l’objectif d’équilibre alimentaire en lien avec la santé publique.

 Le 31 janvier dernier, je lisais sur www.liberation.fr cet article signé par Vincent Réquillard, chercheur à l’Institut d’économie industrielle, directeur de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui met en évidence une « aberration : les pouvoirs publics incitent à la consommation de fruits et légumes, mais c’est le prix des graisses et des sucres qui baisse ». Les intertitres sont de ma composition.

 « La politique agricole, fabrique d’obèses »

 « L'obésité est considérée comme un des problèmes majeurs de santé publique pour les années à venir. On parle d'une épidémie. Une de ses causes est la surconsommation de graisses et de sucres et une sous-consommation de fruits et légumes.

 Mais dans l'Union européenne, les prix du sucre et des produits d'origine animale diminuent aujourd'hui très rapidement, tandis qu'on maintient toujours à des niveaux élevés ceux des fruits et légumes. Vous avez dit absurde ?

 Baisse des prix du sucre et du beurre

 35% : c'est la baisse du prix du sucre programmée d'ici à trois ans. 25% : celle du beurre, depuis 2004. Bien sûr, ni vous ni moi n'allez-vous mettre à augmenter brutalement votre consommation de beurre et de sucre en raison de cette baisse des prix. Vous en êtes certains. Vos dépenses alimentaires ne constituent qu'une part réduite de votre budget. Vous raisonnez santé et non pas petits prix. Mais est-ce bien vous qui contrôlez le contenu de votre assiette ? Si vous préparez vous-même l'ensemble de vos repas, vous êtes vraiment un oiseau rare.

 Consommation et prix varient dans le même sens

 En réalité, toutes les études le montrent : à moyen terme, la consommation des produits alimentaires varie en fonction de leurs prix relatifs. Les ménagères aux revenus modestes cherchent souvent les prix les plus bas. Et nos cuisiniers préférés à tous, les industriels de l'agroalimentaire, même s'ils affichent volontiers leur intérêt pour notre ligne, modifient leurs recettes en fonction des variations de prix des matières premières, dès lors qu'ils parviennent à préserver les qualités gustatives et l'apparence de leurs produits. Ils n'ont pas d'habitudes bien ancrées. Ils arbitrent au meilleur coût.

 La préoccupation du soutien aux revenus des agriculteurs

 Et la politique agricole européenne actuelle va les inciter à avoir désormais la main lourde sur le sucre et les produits d'origine animale. Si les prix de ces produits avaient été longtemps maintenus élevés, c'était en réalité pour soutenir le revenu des agriculteurs européens, et non pour assurer la bonne santé de nos artères. La récente réforme de la politique agricole qui remplace le soutien des prix agricoles par des aides directes aux producteurs, va laisser les tarifs du sucre, du lait, du beurre se rapprocher peu à peu de ceux en vigueur sur le marché mondial.

 Une réforme justifiée

 Cette réforme est justifiée car le maintien des prix de ces produits à des niveaux déconnectés des prix mondiaux était source de nombreux surcoûts (surproduction, production dans des zones peu propices, etc.). Mais au moment où les pouvoirs publics lancent des campagnes de communication coûteuses pour inciter les consommateurs à manger fruits et légumes afin d'éviter diabète et maladies cardio-vasculaires, déguster une pomme, une tomate ou un melon va bientôt devenir une sorte de luxe.

 Les fruits et légumes pour un bon équilibre alimentaire

 Une prise de conscience est urgente. Il est aberrant de découpler ainsi politique agricole et politique de santé publique. La première met en place un système de prix relatifs défavorables à la consommation de fruits et légumes alors que la seconde recommande leur consommation. La politique agricole a intégré des préoccupations environnementales, puisque les aides aux revenus sont conditionnées au respect d'un certain nombre de pratiques soucieuses de l'environnement. Il faut désormais intégrer un objectif d'équilibre alimentaire, et donc parvenir à faire baisser les prix des fruits et légumes, lorsque chutent ceux du sucre et du beurre.

 Le rôle des pouvoirs publics

 L'intervention publique est justifiée par le fait que les acteurs privés, les industries agroalimentaires en l'occurrence, n'intègrent pas dans leur décision les conséquences qu'ils font subir aux autres. L'exemple du tabac ou de l'alcool est là pour le rappeler. De multiples solutions sont envisageables, il est nécessaire d'en établir explicitement les implications puisqu'aucune ne recueillera un soutien de tous. Il y aura des perdants et des gagnants.

 Des solutions possibles

 Quelques pistes : diminuer ou supprimer les taxes sur les fruits et légumes, taxer davantage le beurre et le sucre pour financer les actions en faveur des fruits et légumes, faciliter leurs importations en provenance de pays à bas coûts si ceux-ci s'engagent à respecter des normes sociales et sanitaires, inciter spécifiquement les populations défavorisées à consommer davantage de fruits et légumes, allouer différemment les aides directes aux revenus des agriculteurs (7,7 milliards d'euros en 2005 en France!) pour que les producteurs de fruits et légumes puissent en bénéficier...

 Le souci de prendre en compte l’intérêt général

 Chacune de ces solutions a un coût financier ou politique immédiat. Ne rien faire aura un coût social à moyen terme. Les Français dépensent déjà plus de 5 milliards d'euros par an pour le traitement des conséquences de l'obésité. Il est urgent d'intégrer ce coût social dans la définition d'une véritable politique alimentaire ».

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commentaires

S
Un excellent article. Une réflexion est aujourd'hui indispensable à mener concernant l'orientation de la politique agricole. La question aujourd'hui n'est plus de produire en quantité, mais de trouver le moyen de concilier des impératifs qui ne sont contradictoires qu'en apparence : un niveau de vie décent pour les agriculteurs, des produits de qualité pour les consommateurs, un équilibre alimentaire réalisable pour le plus grand nombre (et non pas seulement pour une riche minorité), et une meilleure prise en compte des retombées environnementalres. Le seul vrai obstacle est en réalité celui du coût à la production (répercuté ensuite sur le prix de vente) : produire de la qualité, préserver l'environnement cela a un coût. La collectivité doit décider si, pour elle, il est raisonnable ou non d'assumer tout ou partie de ce coût. Selon moi, il vaut mieux des produits un peu plus chers, mais de meilleure qualité, obtenus de manière plus écologiquement responsable, et permettant une alimentation variée. En effet, le surcoût induit à la production sera économisé ailleurs, du côté de la protection de l'environnement ou du côté de l'assurance-maladie. Par conséquent, il faut mener une réflexion globale sur ce sujet, et non pas seulement vouloir s'aligner sur les prix mondiaux, qui n'intègrent que le jeu de l'offre et la demande, et aucun critère citoyen. En outre, il faut informer le citoyen : accepter d'acheter un produit un peu plus cher peut finalement être profitable pour lui et pour la collectivité. Pour les plus pauvres, un système est à inventer qui permettrait de faire en sorte qu'ils puissent accéder à autre chose qu'à des produits "premiers prix" souvent de qualité inférieure ...
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