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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 12:54

 

 La crise politique est toujours là, mais autrement

 Le débat Royal-Bayrou, hier, a mis en évidence des convergences sur les questions de société et d’organisation de la vie politique, mais confirmé des divergences sur le rôle de l’Etat dans la vie économique en France et en Europe. En clair, François Bayrou ne remet pas en cause le néo-libéralisme et, selon lui, l’Etat n’a pas à intervenir dans la vie économique et sociale. Par contre, Ségolène Royal, qui refuse les dogmes, a réaffirmé le rôle de l’Etat et la nécessité de redéfinir les orientations de la Banque Centrale Européenne.

 L’un des articles du journal en ligne des amis de ReSPUBLICA, paru vendredi, est signé Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, auteur du livre « Les trous noirs de la science économique » (Le Seuil, 2000), qui a écrit dans Le Monde Diplomatique, en juillet 2006 : « Pourtant, les vertus prêtées à ce principe (de la concurrence) reposent moins sur la science que sur la croyance, intéressée. Affirmer ainsi un tel dogme permet aux économistes néolibéraux d’écarter tout débat, et aux entreprises d’imposer leurs choix ». 

Voici des extraits de l’article  de Jacques Sapir, publié dans la lettre 532 du journal de la gauche républicaine Lien permanent vers cet article .

 « Fausses et vraies leçons d'un premier tour » 

 

« Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle semblent nous suggérer que le « système » politique français, après les chocs du 21 avril 2002 puis du succès du « non » au référendum de 2005, a connu le sort du phénix : renaître de ses propres cendres. Il est incontestable que les deux premiers candidats ont accumulé plus de 56% des suffrages, chiffre qui atteint pratiquement les 75% si l'on inclut le « troisième homme » de 2007, François Bayrou.

 Les partisans du « non » semblent avoir quasiment disparu de l'espace politique, étant réduits à moins de 25% et l'importante participation des électeurs au scrutin (85%) semble témoigner de la réconciliation des Français avec leur système politique.

 Il est certain que les médias entonneront un chant de victoire, cette élection semblant rejeter dans le passé la crise politique larvée que le système politique français connaissait depuis cinq ans. Cette analyse serait pourtant extrêmement superficielle. La crise politique est toujours là, mais elle a changé de forme. Il convient d'en comprendre les conséquences pour le futur (…).

 « Une première observation que l'on doit faire concerne l'expression des préférences des électeurs (…) ». « Une seconde observation doit alors être faite, qui concerne les discours des 3 premiers candidats (…). Or le discours des trois premiers candidats lors du premier tour de 2007 a en commun un élément majeur : la reprise de thèmes défendus jusque-là par des candidats « hors système » voire « anti-système ». La banalisation d'un discours qui était minoritaire avant 2005 est alors la seconde caractéristique déterminante du scrutin du 22 avril.

 Prenons tout d'abord François Bayrou. Ce dernier n'a réellement commencé à progresser dans les intentions de vote qu'à partir du moment où il a tenu - avec une réelle violence - un discours « anti-système » mêlant dans le même rejet et le système bipolaire français et la complaisance des grands médias vis-à-vis de ce dernier.

 Ce n'est pas faire injure aux convictions de François Bayrou que de constater qu'il a repris ici une partie du discours tenu par Jean-Marie Le Pen et, en 2002, par Jean-Pierre Chevènement. Désormais, même Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont obligés de parler du « système » comme s'il s'agissait d'une chose honteuse. On va retrouver le même phénomène avec d'autres thèmes.

 Hier encore, attaquer la Banque Centrale Européenne faisait de vous un extrémiste. Durant la campagne, tant Mme Royal que M. Sarkozy ont tenu des propos très durs sur la BCE et le rôle néfaste de l'Euro. La question n'est pas de savoir si l'un ou l'autre mettront en pratique ces critiques une fois élu, mais de comprendre qu'un discours qui passait pour marginal et que les médias cherchaient à refouler vers le non-dit a obtenu droit de cité. Ceci restera. Désormais, il ne sera plus possible d'user de l'argument d'autorité contre ceux qui mettront en cause la politique de la BCE et l'Euro.

 De même, les trois premiers candidats ont dénoncé les délocalisations, faisant référence soit à la nécessité de protections (cas de Bayrou, Royal et Sarkozy) qui ne peuvent quoi qu'on en dise qu'être des mesures protectionnistes même si on refuse encore le mot. Ségolène Royal, le soir de ce premier tour appelle dans son allocution prononcée depuis Melle à conserver en France les « centres de décision » ; un tel discours eut été taxé immédiatement de souverainiste il y a moins de six mois. La référence insistante à la Nation et à son identité (même si le contenu de l'une comme de l'autre varie fortement entre les trois candidats) va dans le même sens.

 On pourrait multiplier les exemples. Le fait est là, et il est un des enseignements que l'on doit tirer de ce premier tour. Pour attirer à eux près des trois-quarts de l'électorat, les trois principaux candidats ont dû reprendre des thèmes et des termes qui étaient ceux des forces qui avaient porté la victoire du « non » lors du référendum de 2005. Que des partisans du « oui » intègrent un tel discours peut être perçu comme un élément de confusion, limitant la pertinence du débat politique. Mais, et c'est cela l'élément principal, cette intégration vaut symboliquement reconnaissance.

 Elle fait exploser les barrières du non-dit. Le « politiquement correct » libéral-européiste est mort dans les semaines qui ont précédé l'élection. Ceci n'est pas un petit événement même s'il n'est pas souligné par les commentateurs. Il signifie que les forces « pro-système » ont perdu leur hégémonie idéologique durant le cours de cette campagne. Elle ne peuvent survivre électoralement que par l'intégration d'un discours qui est en contradiction tant avec leur idéologie propre que leurs pratiques politiques quotidiennes. Une telle situation où des forces pro-système doivent reprendre une partie du discours des forces anti-système a toujours et partout été le signe d'une crise politique grave, et potentiellement explosive. Des segments entiers des forces pro-système sont déstabilisés et idéologiquement prêts à basculer. Telle est donc la seconde leçon qu'il faut tirer du résultat du premier tour, avec l'analyse qui a été faite du rôle des effets de contexte dans la construction des préférences des électeurs.

 Ces deux enseignements ont des conséquences multiples et importantes. La première, la plus évidente, est que les scores des mouvements et forces de contestation du « système » est aujourd'hui sous-estimé. Elles sont cependant loin d'avoir disparu du champ politique et l'on peut raisonnablement penser que la combinaison des contextes qui a abouti à la concentration du second tour au sein même du premier n'est pas prête à se reproduire.

 D'une certaine manière, parce que le résultat du 22 avril 2007 semble effacer celui du 21 avril 2002, il contribue à casser l'effet de contexte qui a dominé la présente élection. Mais, on ne doit pas s'en tenir à ce constat. Ces forces de contestation sont aussi confrontées à un véritable choix stratégique : comment survivre face à l'intégration d'une partie de leurs discours par les partis du « système ». La radicalisation du discours n'est pas ici une solution. Elle ne ferait que souligner les problèmes de manque de cohérence et de crédibilité que toutes ces forces connaissent, et qui les empêchent, jusqu'à maintenant, de passer du statut de mouvements de protestation à celui de mouvements portant des propositions réellement alternatives.

 Une possible option est une stratégie « entriste » (…).

 Une seconde option est celle de la position ultimatiste (…).

 La troisième option est donc de construire à la fois une cohérence et une crédibilité. Ce n'est ni simple ni facile et, pour l'instant aucune de ces forces de contestation ne semble en mesure de s'atteler rapidement à un tel projet. Ceci peut changer dans les semaines ou les mois à venir. La survie de ces forces dépendra largement de leur capacité à adapter leur stratégie pour faire face au choix auquel elles sont confrontées.

 Des deux leçons que l'on peut tirer de ce premier tour, émerge alors une double conclusion. 

La crise du système politique n'est pas moindre aujourd'hui qu'il y a deux ou cinq ans, bien au contraire. La rupture des tabous discursifs, l'évolution des thématiques marquée par la critique globale du système politico-médiatique (Bayrou), celle des délocalisations et de la politique de la BCE, ou la revendication à une véritable souveraineté économique adossée à la notion de nation, montre la désintégration de l'idéologie dominante depuis 1983. C'est un fait majeur. Quand les représentations des acteurs commencent à se transformer, de nouvelles réalités deviennent possibles.

 Mais, cette crise va rester contenue, non par la force des éléments pro-système mais en raison de la faiblesse stratégique présente des forces de contestation. Que cette situation change et le rythme de la crise et de notre histoire politique et sociale s'accélèrera de manière décisive". 

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