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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 16:30

 

Changer en profondeur face à la mutation capitaliste

 L’élection présidentielle a mis en évidence le besoin de clarifier la stratégie du principal parti de la gauche, créé lors du congrès d’Epinay-sur-Seine en 1971 par François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Mauroy et Gaston Defferre, notamment.

 La dynamique d’Epinay n’existe plus depuis longtemps. Tout a changé en France et dans le monde. Les politiques néo-libérales se sont imposées progressivement dans le monde capitaliste à partir des années 1980 (Thatcher, Reagan) au moment où la gauche accédait enfin au pouvoir le 10 mai 1981. Trop tard ! Le projet économique de la gauche était incompatible avec le néo-libéralisme ambiant et Mitterrand optait en 1983 pour l’Europe et l’alignement sur les forces économiques dominantes.

 La mutation du capitalisme continue. La droite gaullienne a fini par céder et s’aligner sur la volonté du MEDEF. Sarkozy est arrivé dans les fourgons des maîtres de la puissance financière. Désormais, comme c’était le cas en Italie avec Berlusconi, l’Etat en France est entre les mains d’un homme politique parvenu au sommet en étant catapulté directement par les grands dirigeants de l’économie capitaliste.

 La démocratie est en question à partir du moment où il n’y a pas de contre-pouvoir. Il est significatif que des organes de presse comme Le Monde, prudemment, et Libération, plus nettement, aient pris position pour Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle. Sans négliger leurs intérêts d’entreprise, j’y vois une volonté de rééquilibrer la démocratie en donnant la parole à la gauche et en l’incitant à se réorganiser efficacement.

 Hier, c’était Libération qui présentait un éventail des idées des personnalités du PS et au-delà (voir l’article de Chevènement paru hier sur ce blog) pour refonder le PS et la gauche. Aujourd’hui, c’est Le Monde, daté du 9 mai, qui publie une réflexion de Henri Weber, membre du Parlement européen et secrétaire national du PS, proche de Laurent Fabius.

 Parti socialiste : quelle refondation ? 

« Le résultat de l'élection présidentielle impose sans doute au Parti socialiste de repenser sa stratégie d'alliance. Mais, plus encore, il lui impose de se transformer lui-même. 

 

Les partis de la "gauche radicale" et les Verts pèsent davantage que les scores lilliputiens qu'ils ont obtenus le 22 avril ; ils n'en traversent pas moins une crise profonde et durable. Le "mouvement démocrate" de François Bayrou se heurtera à l'"UDF maintenue", alliée à l'UMP au sein de la majorité présidentielle et au gouvernement. Il pâtira du scrutin majoritaire à deux tours, propre à nos institutions, qui lamine le centre et pousse à la bipolarisation gauche-droite.

 Nous saurons le 17 juin ce que pèse réellement le nouveau parti de François Bayrou. Tout indique qu'il ne sera pas le parti central, pivot de toutes les recompositions, dont rêve son fondateur, mais bel et bien une force d'appoint. En tout état de cause, si la gauche s'ouvre aux électeurs du centre, ce ne saurait être sur la base du programme économique et social qu'a défendu François Bayrou au cours de l'élection présidentielle.

 Reprenant le mot d'Eduard Bernstein (1850-1932, figure de la social-démocratie allemande qui prônait une "révision" du marxisme dans un sens réformiste), beaucoup exhortent le Parti socialiste à "oser enfin paraître ce qu'il est", comme si le PS ne s'assumait pas depuis longtemps comme un parti réformiste, rallié à la démocratie et à l'économie sociale de marché. Oserai-je soutenir que le problème principal du PS n'est malheureusement pas là, et qu'il est autrement plus ardu ? Plus que d'oser "paraître ce qu'il est", le PS doit oser enfin devenir ce qu'il n'est pas : un grand parti socialiste moderne, capable de recueillir par ses propres forces au moins 35 % des suffrages aux élections décisives, comme y parviennent la plupart de ses homologues en Europe. Il n'y a aucune fatalité qui condamne le PS français à osciller autour de 25 % des suffrages. C'est le cas du PSOE espagnol (42,6 %, le 14 mars 2004), du SPD allemand (34,3 %, le 18 septembre 2005), du SPO autrichien (35,7 %, le 1er octobre 2006), du SAP suédois (35,2 %, le 17 septembre 2006), du Parti travailliste norvégien (32,7 % le 12 septembre 2005), du Labour Party britannique (35,2 %, le 5 mai 2005).

 Le Parti socialiste fut longtemps et reste encore un "parti d'élus entourés d'aspirants à l'élection", une machine électorale. Ses liens avec les syndicats et les grandes associations populaires sont traditionnellement lâches et se sont distendus encore. Sa capacité à agir sur l'opinion publique est faible, son aptitude à mobiliser et à organiser ses bases sociales est plus faible encore. Sa force principale réside dans son dense réseau d'élus locaux et nationaux.

 Longtemps, ce fut le Parti communiste qui assumait les grandes fonctions qui incombent au parti dominant de la gauche dans nos démocraties salariales. La marginalisation irréversible de ce dernier assigne au PS la responsabilité d'occuper tout le champ de la gauche et d'assumer lui-même pleinement les fonctions de lutte idéologique, d'élaboration programmatique, de direction stratégique et d'association des citoyens aux décisions qui les concernent, nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie.

 Pour la première fois depuis 1936, la mutation du PS, d'un parti d'élus de 120 000 adhérents à un authentique parti de masse, assumant toutes les grandes fonctions d'un parti réformiste moderne, est possible. Les socialistes sont-ils décidés à fournir l'effort nécessaire pour accomplir ce qui est bien plus qu'une simple rénovation ? Ou bien vont-ils chercher dans une illusoire "alliance au centre" le substitut à ce formidable effort sur eux-mêmes ? Telle est la question, au lendemain de cette défaite du 6 mai. Le PS doit intégrer les dizaines de milliers de nouveaux adhérents venus à lui à l'occasion de l'élection présidentielle et, pour cela, se doter de structures d'accueil efficaces : "sections locales à taille humaine", commissions thématiques, organismes associés. Il doit associer ses adhérents et ses sympathisants à l'élaboration de ses propositions, rajeunir, féminiser, différencier son corps militant. Etablir des liens étroits, à tous les niveaux, avec les syndicats de salariés et les associations progressistes.

 Il doit perfectionner et systématiser le recours à l'Internet, pour sa communication, sa formation interne, son action politique et idéologique. Il doit pérenniser la pratique de la démocratie participative, expérimentée sur grande échelle dans la première phase de la campagne présidentielle. Sur le plan idéologique, le Parti socialiste doit assumer pleinement et fièrement son réformisme et mener, mieux qu'il ne l'a fait, la bataille contre "la pensée unique", conservatrice et libérale.

 Les batailles politiques se gagnent d'abord dans les têtes, sur le terrain des valeurs et des idées, Nicolas Sarkozy vient d'en faire la démonstration. Le PS doit proposer aux salariés une représentation de la société et de son évolution qui leur permette de comprendre le monde nouveau dans lequel nous sommes entrés et d'y agir. Il doit élaborer des réponses plus convaincantes que celles qu'il a proposées au cours de la campagne présidentielle sur la reconquête du plein-emploi, la réforme des retraites, la préservation de notre système de santé, la maîtrise de la mondialisation...

 Sa refondation doit être à la fois idéologique, programmatique et organisationnelle. Principal parti de gauche, le Parti socialiste doit se sentir responsable de l'évolution de toutes ses familles et travailler à les rassembler. Il doit s'efforcer de gagner à sa lutte contre la politique de régression sociale de Nicolas Sarkozy les démocrates sociaux qui se reconnaissent dans le "centre". Mais sur une plate-forme politique compatible avec son projet de société solidaire et d'approfondissement de notre démocratie. Mieux il réussira sa propre mutation, mieux il parviendra à rassembler toutes les forces de progrès ».

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