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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 13:10

 

Pourquoi la France s’est-elle livrée à la droite ?

 Pierre Cassen est l’un des rédacteurs du journal en ligne ReSPUBLICA adressé à 25 000 internautes, dont la ligne politique est au carrefour entre la gauche laïque et républicaine d’une part, et le mouvement social et associatif d’éducation populaire d’autre part. Dans la lettre 540 Pierre Cassen fait un retour sur l’action de la gauche depuis 1977, en indiquant qu’un second article suivra la semaine prochaine, concernant la période récente depuis le référendum européen, dans lequel il expliquera comment Sarkozy a gagné en reprenant un discours républicain abandonné par la gauche.

 Voici ce premier article portant sur la période 1977-2007 Lien permanent vers cet article

 « En 30 ans, la gauche a-t-elle brûlé tous ses jokers ? »  

« A l’issue de la nette victoire de Nicolas Sarkozy, et d’une probable lourde défaite de la gauche aux prochaines législatives, il est de bon ton, chez certains, d’expliquer que cette victoire est normale, qu’il y a un virage à droite en France, et que notre pays a toujours été conservateur. 53 % des 15,5 millions de salariés du privé, souvent les plus vulnérables socialement, ont voté à droite. 75 % des retraités ont fait de même.
Pourtant, une analyse objective montre que si la France s’est livrée à la droite, c’est davantage par dépit que par passion. Depuis 1977, les électeurs ont été d’une indulgence exceptionnelle avec une gauche à qui ils ont beaucoup pardonné, et souvent redonné une nouvelle chance, malgré l’ampleur des déceptions précédentes. Résumé rapide des trente dernières années.

 1977-1981 : Le peuple veut battre la droite, et condamne la division.  

Dans l’élan du programme commun de gouvernement entre les socialistes, les communistes et les radicaux, la gauche, largement victorieuse des municipales de 1977, ne peut que remporter les législatives, un an après. C’est sans compter sur la politique de division orchestrée par la direction du Parti communiste et son secrétaire, Georges Marchais. Se livrant à une surenchère sur le smic et les nationalisations, le PCF réussit l’impensable : faire perdre la gauche aux législatives de 1978, et donner un sursis inespéré à la droite. Pendant trois ans, ce parti multipliera les attaques contre le PS, amalgamé à la bande des trois, avec le RPR et l’UDF. A six mois du premier tour, les sondages accordent 60 % à Giscard. Mais les électeurs ne veulent plus de la droite, et sont exaspérés de la division. La sanction sera rude pour le PCF, en 1981, il chute de 20 % et 15 %, et ne peut empêcher François Mitterrand, à qui il se rallie entre les deux tours, de gagner les présidentielles.

 1981-1986 : Premières déceptions, premières sanctions.  

La gauche victorieuse prend des premières mesures. Elle fait dans la symbolique, sous l’impulsion de Robert Badinter, et abolit courageusement la peine de mort. La droite, à chaque fait divers dramatique, multiplie les manifestations haineuses, aux cris de « Badinter assassin ». Economiquement, la gauche prend des mesures sociales comme la trente-neuvième heure, la cinquième semaine de congés payés, et le remboursement de l’IVG. En 1983, après plusieurs dévaluations, elle décide, sous l’impulsion de Delors, de mettre en place une politique de rigueur, que le premier secrétaire du Parti socialiste, un certain Lionel Jospin, qualifie de provisoire. On commence à mettre en place la flexibilité, sous la demande du CNPF. Les salaires sont bloqués. En 1983, c'est un raz-de-marée RPR aux municipales. La bataille de l'école publique est perdue, en 1984, après une manifestation de 1 million de personnes à Versailles, appuyée par la droite et la hiérarchie catholique. Fabius remplace Mauroy, le PCF sort du gouvernement. Ce sont les années Tapie. Yves Montand et Serge July disent « Vive la crise », le chômage de masse augmente. Le Front national commence une fulgurante progression. Le PS répond en récupérant la Marche des Beurs, et en lançant SOS Racisme. L’antifascisme, par ailleurs nécessaire, remplace le socialisme. En 1986, la droite gagne nettement les élections, et c’est une première cohabitation.

 1988-1993 : une deuxième chance, un résultat catastrophique.  

En deux ans, la droite revancharde a perdu tout crédit auprès des électeurs. L’assassinat de Malek Oussekine, lors des grandes manifestations étudiantes contre la loi Devaquet, en 1986, quelques autres bavures policières, que Pasqua a promis de couvrir, montrent à toute une jeunesse, et aux citoyens de ce pays, une image brutale et répressive du gouvernement. Mitterrand apparaît comme le seul rempart à l'Etat-RPR. A quelques jours des présidentielles, l’exécution au lance-flammes des militants indépendantistes kanaks, dans la grotte d’Ouvéa, n’a pas l’effet escompté pour Chirac. Mitterrand, qui l’a dominé lors de la cohabitation, l’écrase aux présidentielles, redonnant une nouvelle chance à la gauche.

 Trois premiers ministres, Michel Rocard, Edith Cresson et Pierre Bérégovoy, vont transformer en cauchemar ces cinq années. On créé le RMI, mais on précarise le travail, et on multiplie les temps partiels. Au nom de la volonté du franc fort, on continue d'arrimer le franc au mark, pénalisant les exportations de la France, on va perdre un million d’emplois à cause de cette politique. Lionel Jospin va autoriser les signes religieux, dont le voile islamiste, à l’école, en 1989, bafouant les principes laïques. C’est l’ouverture au centre, en appelant notamment Jean-Pierre Soissons, député-maire centriste d’Auxerre. La France va participer à la première guerre d’Irak. Les scandales éclaboussent le Parti socialiste, tandis que le PCF continue sa chute, et que le FN progresse à chaque élection. Dans ce contexte, Julien Dray et Jean-Pierre Chevènement se démarquent du discours angélique de toute la gauche, en pointant la gravité de la situation dans les quartiers populaires, et la détresse des habitants qui se sentent abandonnés. Ils ne sont pas entendus, et subissent de dures attaques de ceux qui leur reprochent de consolider le discours du FN.

 La construction européenne s’accélère, et François Mitterrand, soutenu par presque toute la droite, et les médias, gagne de justesse le référendum de Maastricht. Chevènement quitte le PS, et crée le MDC, mais il n’est pas suivi par beaucoup de militants. Les partis se réclamant de l’écologie font de bons scores aux élections locales. En 1992, sont signés les scandaleux accords Lang-Cloupet, qui voit le ministre socialiste gaver de subventions les écoles confessionnelles majoritairement catholiques. Les discours sociétaux se substituent aux antagonismes sociaux. Ayant perdu le peuple, discréditée, la gauche essuie une des plus sévères défaites de son histoire, aux législatives de 1993.

 1997-2002 : plus dure sera la chute.  

En 1993, Balladur a été nommé premier ministre, et il se hâte, en plein été, de toucher les retraites du privé, les faisant passer de 37,5 années à 40, et imposant un calcul sur les 25 meilleures années, au lieu des 10 précédemment. Grisé par les sondages, conseillé par Sarkozy, et soutenu par l’UDF, il décide d’en finir avec Chirac, et de se présenter. Ce dernier rétablira miraculeusement la situation, grâce aux discours d’un certain Henri Guaino, sur la fracture sociale. Débordant Lionel Jospin, candidat socialiste, sur la gauche, il rétablit une situation désespérée, se qualifie pour le deuxième tour, et l’emporte contre le premier secrétaire du PS, qui d'ailleurs, il l'avouera plus tard, n'a jamais cru en la victoire.

 Six mois plus tard, Chirac renie toutes ses promesses, et Juppé, son premier ministre, impose un budget d’austérité, faisant payer aux ménages une ardoise de 120 milliards de francs pour remplir les caisses que Sarkozy a vidées pendant son passage à Bercy. Ensuite, vient l’épreuve de forces de décembre 2005, qui voit le pays bloqué par la grève des cheminots pendant près d’un mois. Juppé doit reculer, et se voit, après un tel échec, paralysé dans son action.

 En 1997, Chirac, bien que possédant une assemblée très largement de droite, dissout le Parlement, et provoque de nouvelles élections. A la surprise générale, la droite perd. Lors de la campagne, Jospin parle à gauche, contrairement à 1995, s'engage sur les 35 heures et pose des conditions sur la construction européenne. Il se retrouve à Matignon, avec un gouvernement de gauche plurielle, Jospin-Hue-Chevènement-Voynet.

 D'entrée, il ratifie le pacte d’Amsterdam, reniant les quatre conditions qu’il avait exposées lors de la campagne. Il ne revient pas sur les mesures Balladur, sur les retraites du privé. Mais il impose les trente-cinq heures, que Martine Aubry doit mettre en place. Le Medef entre en résistance, sous la conduite des duettistes Seillières-Kessler. Les trois premières années, domptées par une croissance exceptionnelle, par les 35 heures et les emplois-jeunes, permettent au gouvernement de créer près de deux millions d’emplois, et de faire reculer de manière spectaculaire le chômage. Mais il privatise davantage que le précédent gouvernement Balladur.

 Jean-Pierre Chevènement refuse la régularisation de tous les sans-papiers, demandé par une partie du PS et par toute la gauche plurielle. Bruxelles essaie d'imposer la charte des langues régionales, que la gauche approuve, mais que le conseil d'Etat juge incompatible avec la constitution française.
Dans l'esprit de l'Europe des régions, les accords de Matignon, sur la Corse, mettent le feu aux poudres. Jean-Pierre Chevènement quitte le gouvernement. La situation sera plus difficile les deux dernières années, où le chômage progresse de nouveau. La droite saura jouer remarquablement d’une demande de sécurité des classes populaires que la gauche ne sait pas entendre, pour axer la fin de la campagne sur ce thème. En signant les accords de Barcelone, avec Chirac, dans le cadre de la mise en concurrence de tous les services publics, Lionel Jospin encouragera nombre d’électeurs de gauche à voter plus à gauche, notamment pour les partis trotskistes, crédités à eux deux de près de 10 % des voix. Mais l’éparpillement et la perte de confiance dans le PS feront que ce sera Le Pen qui sera au deuxième tour, et que pour la première fois, la gauche en sera éliminée.

 1997-2006 : Un mouvement social qui a toujours répondu présent.  

L’explosion de joie du 10 mai 1981 venait de loin. Elle n’était que la continuation de la révolte de mai 68 et de la grève générale qui avait marquée cette époque. Elle était la suite des grandes manifestations étudiantes et ouvrières, notamment les sidérurgistes, en 1979. Elle poursuivait le combat des femmes pour le droit à l’avortement, contre l’ordre moral de la droite et de l’extrême droite.

 Pourtant, depuis les années 1980, un matraquage idéologique explique aux citoyens et aux salariés que le libéralisme et le modèle anglo-saxon sont l’avenir, et que notre vieux modèle français, son Etat-providence, sont ringards. Mais un Madelin, qui développe ces thèses, ne fait que 4 % aux élections.

 Le mouvement social se calme quand la gauche est au pouvoir. Mais dès que la droite revient, il se montre disponible. En 1986, les manifestations étudiantes contre la réforme Devaquet éveillent une nouvelle génération à la conscience politique. Le 16 janvier 1994, les laïques font descendre dans les rues de Paris 1 million de manifestants, quand Bayrou voulait libérer le financement des écoles privées. En décembre 1995, les syndicats de la fonction publique, notamment les cheminots, sont soutenus dans leur grève par la majorité de la population. En 2003, quand il s’agit de défendre les retraites, on voit six journées de grève générale en deux mois dans la fonction publique, et onze journée dans l’Education nationale.

 En 2003, Sarkozy perd le référendum sur la Corse, qui voulait faire de la Corse une exception française quant aux institutions régissant l’île.
En 2004 et 2005, la campagne référendaire pour le traité constitutionnel européen voit tout un peuple se soulever contre l’axe UMP-UDF-PS-Verts, qui veulent convaincre les électeurs du bien-fondé du vote « oui ». La presque totalité des médias, tous les grands chroniqueurs, la grande majorité des élus, sont sur cette position. Pourtant, sous l’impulsion d’Attac, et du Parti communiste, la contre-attaque militante, sur Internet et dans les meetings, s’organisent. Sur des bases différentes, mais surtout marquées par le refus du dumping social et la préservation du modèle social, laïque et républicain de notre pays, 55 % des électeurs votent non, infligeant un camouflet à UMP et au PS.

 En 2006, lors de la campagne contre le CPE, dans l’unité, syndicats ouvriers et étudiants infligeront, suite à une mobilisation remarquablement organisée, un recul fatal pour lui à Villepin, qui devra retirer un projet qui aurait précarisé l’ensemble des jeunes salariés.

 Dans les urnes, et dans la rue, nul ne peut donc reprocher, depuis trente années, au peuple français de ne pas avoir répondu présent quand il s’agissait de lutter contre l’offensive libérale.

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commentaires

C
Constat effectivement implacable. Si la "gauche" a perdu les présidentielles de 2007, c'est bien parce qu'elle n'était pas la gauche, elle n'incarnait pas les principes de gauche ; le discours de S. Royal sétant éparpillé entre des appels au centre et à l'extrême -gauche, des principes républicains et la social-démocratie, faisant chanter la Marseillaise tout en prônant la régionalisation et la démocratie participative. Une honte. Les gens ont voté Sarkozy non par adhésion à son programme mais par peur du chaos que Royal aurait amené ....
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