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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 17:24

Se servir de l’analyse marxiste pour refonder la gauche

 

Le congrès socialiste de la SFIO (la seconde internationale ouvrière) avait lieu à Tours du 25 au 30 décembre 1920 (voir par Wikipédia Congrès de Tours). Après les bouleversements de la guerre et la création léniniste de la 3ème internationale, les dirigeants de la SFIO avaient voulu éloigner ce congrès de Paris, mais pas trop. C’est le 29 décembre en soirée qu’une grande majorité de délégués optait pour le rattachement à la 3ème internationale, avec la condition imposée, qui était de rompre avec la SFIO et créer la section française de l’internationale communiste, qui prit ensuite le nom de parti communiste français.

Voir aussi sur le site de la Fondation Jean Jaurès Décembre 1920 : la scission du congrès de Tours.

 

Le quotidien Libération (23 décembre 2010) présentait une vidéo et un entretien (voir «Le PCF doit prendre à bras-le-corps son histoire») de Lilian Alemagna avec l’historien Romain Ducoulombier

Romain Ducoulombier est l’auteur de Camarades ! La naissance du Parti communiste en France (Perrin, 2010). Il revient sur les raisons de la scission, il y a quatre-vingt-dix ans, à Tours, de la SFIO et estime que si «l’idée communiste n’a pas de raison de mourir», le «communisme du XXIe siècle doit encore se composer».

La section PCF du 15ème arrondissement de Paris a pris une position que l’on retrouve sur le blog pcfcapcorse. Voir 90 ans du PCF: rester fidèles aux choix de Tours.

 

La revue Critique Sociale, qui s'inspire du marxisme, en particulier du luxemburgisme (elle milite pour une société démocratique, libre, égalitaire et solidaire : une société socialiste, au véritable sens du terme) a publié un document : 90 ans après, que reste-t-il du Congrès de Tours ? Extrait.

(…) Il faut rappeler que le stalinisme naissant a été dénoncé dès les années 1920 par des militants communistes, qui furent pour cela exclus par la bureaucratie. La dictature capitaliste d'Etat exercée en URSS contre les travailleurs a été critiquée comme telle par de nombreux communistes, par des fondateurs du parti comme Loriot, Souvarine et Monatte, par des communistes anti-staliniens de tous pays, par des luxemburgistes, des conseillistes, d'autres marxistes, des socialistes révolutionnaires, des communistes démocratiques, etc (…).

 

Bien sûr, on peut comprendre que le PCF n’ait pas envie de fêter cet anniversaire. Ce peut être l’occasion, cependant, de réfléchir aux bases sur lesquelles la gauche devrait agir aujourd’hui.

 

Le livre de Gaël Brustier (Edition Bruno Leprince, 2008 - voir rue71), intitulé Les socialistes, les altermondialistes et les autres, propose, à ce sujet, des éléments de réflexion très intéressants. En voici des extraits dans le chapitre « Tout est possible parce qu’un autre monde est possible »

 

Pour changer le socialisme, devenir altermondialiste

 

Aujourd’hui, la mission des refondateurs est de faire en sorte que la vieille social-démocratie, privée de sa mission historique, rompe avec ce pôle attractif idéologiquement qu’est le pôle social-libéral pour bâtir un projet réellement émancipateur. Il est de salubrité historique que ce travail soit accompli. Il implique une prise de conscience par la grande masse du PS qu’il n’a pas reçu l’usufruit exclusif de l’héritage du socialisme. Les citoyens le lui ont fait savoir en plusieurs occasions, un 21 avril et un 29 mai…

 

Les socialistes doivent pouvoir engager un dialogue avec les altermondialistes, mais également avec la partie de l’extrême gauche qui incline pour une stratégie gouvernementale. Les socialistes doivent aussi cesser de penser ou de feindre de croire que le débat porte sur l’acceptation ou non de l’économie de marché. Lucien Herr nous a enseigné que la famille socialiste ne devait laisser personne sur sa gauche.

 

La famille socialiste ne doit pas laisser, par absence de débat, des initiatives stériles empêcher plus longtemps la mise en place d’un véritable processus de transformation politique et sociale. Il est évident que l’entrée de militants républicains au PS dans le but de favoriser une reviviscence du socialisme n’aboutirait à rien si elle ne se faisait en lien plus qu’étroit avec la galaxie altermondialiste et surtout avec ce que nous avons défini comme l’altermondialisme sociologique. De même, pour qu’un dialogue fécond naisse dans le camp progressiste, il faudra ne transiger en rien sur les principes républicains (…).

 

Il convient donc pour la gauche d’enclencher une confrontation des analyses avant de pouvoir mettre en place une stratégie politique de changement social. Il faut d’abord aller au fond des choses : qu’est-ce que la mondialisation et quelle est la géopolitique qui la sous-tend ? C’est à partir de cette analyse que les gauches pourront surmonter leurs contradictions et proposer un projet alternatif à la France.

 

Il s’agit ainsi d’unifier toutes les traditions progressistes : les traditions communistes, socialistes, radicales, républicaines, écologistes, libertaires, altermondialistes, autour d’une analyse et d’un projet communs. Les bases d’un dialogue doivent être trouvées. Rien ne justifiera désormais que la gauche ne sache aller au fond des choses pour sortir la société française de l’impasse et de l’incurie dans laquelle cette République finissante, agonisante et expirante, semble la maintenir (…).

 

Etre marxiste après le marxisme-léninisme

 

L’héritage du marxisme-léninisme n’est pas enviable. Il reste, à bien des égards, un déshonneur pour le socialisme et un dévoiement épouvantable de ce qui est un idéal louable. Le léninisme, sa dimension totalitaire qui s’est parée des oripeaux de la dictature du prolétariat, l’extrême cynisme qui fut celui de l’Internationale communiste, ne doivent pas pour autant faire oublier les apports du marxisme à l’idéal socialiste. (…).

 

Le marxisme a été une méthode précieuse et un fondement de l’action socialiste. On ne peut l’ignorer et l’on se doit de s’interroger : peut-on, et même doit-on, aujourd’hui être marxiste ? Il nous est apparu qu’à bien des égards, c’est l’hétérodoxie marxiste qui, s’appuyant sur les méthodes d’analyse et la critique faites par l’auteur de Das Kapital (…), avait été la plus porteuse de sens et d’espérance.

Au-delà de l’hétérodoxie marxiste, on peut aussi s’interroger sur les bases de l’analyse marxiste et constater que leur apport est essentiel à toute tentative d’analyse de la situation actuelle. « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes », écrivaient Marx et Engels en 1848.

 

Pourquoi nier que la lutte des classes est une grille de lecture de l’histoire de l’humanité extrêmement valable, même si elle n’est pas la seule ? La social-démocratie s’est longtemps refusée à assumer et constater la lutte des classes. C’est aussi une des raisons de son incapacité à saisir certains ressorts de la politique internationale puisque, consubstantiellement, elle s’est refusée à penser la lutte contre l’impérialisme.

 

Au-delà, dans la méthode marxiste, il y a l’idée fondamentale selon laquelle la critique de l’idéologie et la critique de la réalité ne vont pas l’une sans l’autre. Au contraire, leur complémentarité est source de succès pour le socialisme.

A gauche, par exemple, la critique de l’Europe libérale dont les effets sont réels et ressentis par les classes populaires ne peut être porteuse de sens que si elle est accompagnée de la critique de la représentation idéalisée de l’Europe - l’Europe sociale.

 

Or cette double critique, consubstantielle au marxisme, bien peu à gauche sont encore enclins à la faire. Etre marxiste, c’est d’abord se libérer des représentations imposées, c’est penser hors les mythes et adopter la critique rigoureuse pour méthode d’analyse (…).

Le problème est que le marxisme a fait l’objet d’une captation d’héritage frauduleuse par ses zélateurs orthodoxes. Il s’agit donc de se réapproprier Marx. Cela ne se fera qu’au prix d’une bataille idéologique courageuse (…).

 

Cet article est le 124ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation

 

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