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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 18:31

A quelles conditions peut-on réindustrialiser la France ?

 

Sénateur du territoire de Belfort depuis 2008, président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement vient de publier un livre au titre évocateur ''la France est-elle finie ?'', primé Livre Politique 2011, dans lequel il remonte le fil de l’histoire française avant d’évoquer l’avenir (voir Jean-Pierre Chevènement à Nantes le 11 avril pour parler de son livre - 7 avril 2011).

 

Hier, en fin de matinée, Chevènement à Nantes a dialogué avec le journaliste de Ouest-France puis il était invité en début d’après-midi par la librairie Coiffard à dédicacer son livre.

 

''Peut-on réindustrialiser la France ?''

 

Chevenement-Nantes-110411-023-T.jpgVoilà la question à laquelle l’ancien ministre de l’industrie (sous la présidence de François Mitterrand, en 1982-83) était invité à répondre ensuite, à 17h, devant les étudiants réunis dans l’amphithéâtre Bonamy du bâtiment Erdre de l’Institut d’économie et de management de Nantes (IEMN-IAE), sur le campus de l’université.

Quand il était ministre de l’industrie, il y a près de trente ans, la France et l’Allemagne avaient la même part de leur économie (30% de la production du pays) qui relevait de l’industrie. Aujourd’hui, l’Allemagne a conservé cette proportion (30%) mais ce n’est pas le cas de la France (13%).

 

Jean-Pierre Chevènement rappelle que l’industrie constitue la plus grande part des exportations françaises et que 30% des emplois sont tirés directement par l’industrie. Une part des services nécessite une base industrielle.

 

Les délocalisations se sont produites sous l’effet de la dérégulation de l’économie (libéralisation, quasi effacement des droits de douane). La désindustrialisation résulte des grands choix des années 1970-80. Sous l’influence des économistes de Chicago préconisant moins d’intervention de l’Etat, puis des orientations anglo-américaines Thatcher-Reagan en 1979-80, l’Europe des années 1980 s’est engagée dans la dérégulation avec l’Acte Unique (traité de Luxembourg) et 300 directives d’application.

La libéralisation totale des mouvements de capitaux fut le lancement du capitalisme financier (objectif de rentabilité de 15% des capitaux), qui s’est abîmé dans la crise bancaire et financière en 2008, suivie de la récession économique en 2009. L’accord entre la Chine et les USA (Nixon) avait ouvert la voie des exportations chinoises (salaires 20 à 30 fois inférieurs).

 

En France, la période de croissance forte sous l’impulsion de l’Etat avec l’ouverture du marché européen (les 30 glorieuses, de la guerre au milieu des années 1970) a permis le développement industriel.

Auparavant, la France était distancée par l’Allemagne depuis le 19ème siècle. Le plan, fondé sur le programme du Conseil national de la Résistance, a été à l’origine du renouveau industriel de la France, qui s’est poursuivi sous de Gaulle et, surtout, Pompidou, jusqu’au choc pétrolier de 1974.

Ensuite, la base industrielle de la France s’est rétrécie, notamment en raison de la monnaie forte. Toutefois, il reste 18 grands groupes français de taille mondiale parmi les 200 principaux mondiaux, ce qui place la France à égalité avec le Royaume-Uni, derrière les USA et le Japon, mais devant l’Allemagne (qui compense par la force de ses PMI).

 

Pouvons-nous remonter le courant ? La France dispose de nombreux investissements de son épargne à l’étranger, ce qui en fait un pays créancier net. Nous avons deux options possibles :

-          la politique du chien crevé au fil de l’eau (nous laissons aller la dérive actuelle) qui mène à une France spécialisée dans le tourisme et les loisirs, mais qui peine à financer ses retraites et son assurance maladie.

-          La réindustrialisation, en prenant appui sur nos atouts (position géographique favorable, démographie relativement correcte, des grands groupes puissants qui pourraient apporter leur contribution, si on leur demandait (ce qui n’est pas le cas actuellement).

 

La réponse de Jean-Pierre Chevènement est simple : il faut redonner à la France toutes ses chances, à condition de repartir d’un bon pied, notamment sur la monnaie, qui est trop forte.

 

L’euro, en 1999, devait servir à forger une union monétaire plus profonde dans le cadre d’une fédération européenne. C’est le contraire qui s’est produit. En 2009, les tensions internes dans la zone euro risquent de conduire à la dislocation.

La politique de l’Allemagne, à l’initiative de Schröder, a conduit à des écarts de compétitivité entre l’Allemagne et les autres (10% avec la France, 15% en moyenne, 30% avec la Grèce) et à de grandes différences dans les taux de refinancement de la dette (2,9% en Allemagne ; un peu plus de 3% en France ; 5,5% en Espagne ; 12% en Grèce) qui ne pourront durer longtemps. La Grèce, la première, va être contrainte de faire défaut, car elle ne pourra plus rembourser ses créanciers.

 

Repartir d’un bon pied, c’est obtenir de l’Allemagne qu’elle reconsidère la politique européenne, le plan de compétitivité, en regardant du côté des USA  (croissance entre 2,5 et 3%) comment éviter la récession. La France, dont le déficit commercial est de 50 milliards d’euros par an, doit engager un dialogue avec l’Allemagne, dont l’excédent est entre 150 et 200 milliards. Sinon, ce sera la fin de l’euro, monnaie unique, et le repli sur une monnaie commune.

 

Repartir d’un bon pied, c’est agir sur le cours de la monnaie, la politique monétaire étant une variable essentielle de la politique industrielle.

Repartir d’un bon pied, c’est développer les PMI (la France en a 4 fois moins que l’Allemagne), reconstruire un ministère de l’industrie, détruit par Madelin (c’était nuisible, selon lui).

 

Le capital investi, c’est ce qui compte le plus (révolution numérique). Nous avons beaucoup d’épargne (17% du revenu, comme l’Allemagne). Il faut une banque d’investissement, qui transforme l’épargne courte en épargne longue, et dynamise notre industrie au niveau mondial : industrie de défense, agroalimentaire, construction et travaux publics, automobile, énergie, luxe, urbanisme, eau et assainissement. Nous sommes sur une mauvaise pente, l’investissement étant inférieur à 12% des ressources des entreprises.

 

La fiscalité doit avantager les entreprises qui investissent en France. Il faut former davantage d’ingénieurs (on en forme moins qu’en 1985). Depuis 1995, l’éducation nationale est en panne (nous sommes dépassés par beaucoup de pays), mais les pouvoirs publics ne réagissent pas.

 

Le Japon est très endetté, mais la dette est entre les mains des Japonais. La France doit émettre des obligations d’Etat, dont le rapport serait équivalent à celui des caisses d’épargne actuellement. Cela changerait de l’acquisition de la valeur par l’actionnaire, qui privilégie le court terme et néglige le long terme.

Nous faisons l’énorme erreur de tout acheter à l’étranger. Achetons Français (slogan du PCF à une certaine époque, il avait raison).

 

Le redressement est possible si la volonté existe. Mais toutes les grandes familles politiques ont voté la même chose. Le marché unique a été présenté comme le perfectionnement du marché commun. Ceux qui l’ont voté ne savaient pas ce qu’ils votaient, mais ceux qui le mettaient en œuvre savaient ce qu’ils faisaient.

 

Le traité de Maastricht, ce n’était pas l’Europe en construction, c’était le néolibéralisme. Il y a deux idées distinctes : faire l’Europe et tout déréguler. Ceux qui sont aux commandes doivent faire leur chemin de Damas. Or, après la crise financière en 2008, tout est reparti comme avant. L’Europe se marginalise, au bénéfice des pays de l’orient. Les Français sont les plus pessimistes parce que c’est le peuple le plus intelligent du monde ! On assiste au déclassement des générations depuis le milieu des années 1970. Cela risque de devenir un déclassement systémique, le déclassement de la France. Après les 30 « piteuses », les hommes politiques français sont dépassés, se dirigeant collectivement vers le gouffre. Ils sont incapables de reconstruire.

 

Ensuite, le débat avec la salle (prochain article).

Cet article est le 129ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT
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