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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 22:05

Défiance du peuple vis-à-vis des élites, oui, populisme, non !

 

Diriez-vous, comme le déplore la majorité, que la classe politique française a cédé au populisme à l'occasion des affaires (Woerth/Bettencourt, Christian Blanc, Alain Joyandet) qui ont agité le gouvernement ces dernières semaines ?

 

La réponse de Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, à cette question du Nouvel Observateur, le 16 juillet (voir La classe politique française cède-t-elle au populisme ?) est significative de la réaction de défense des élites, qui ne sont pas conscientes des dégâts que font dans les milieux populaires la collusion entre les puissants, qu’ils soient économiques, politiques et médiatiques (voir Affaire Woerth-Bettencourt : remise en cause du pouvoir et des élites - 17 juillet 2010).

Dominique Reynié - Il y a incontestablement un climat de populisme. Le contexte est inflammable. La crise économique et l'anxiété sociale auxquelles est confrontée la société française facilitent la production de jugements mettant en cause l'honnêteté des élites et/ou fustigeant la corruption des élites et leurs liens avec les pouvoirs financiers.
Il appartient à la classe politique dans son ensemble de lutter contre la diffusion, et donc le développement, de ces idées. A ce titre et dans un climat propice à la croyance populiste, la manière dont les médias et les politiques traitent ces affaires est susceptible d
'alimenter ce sentiment populiste, par définition, dangereux pour la démocratie.

Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste de l’extrême droite (voir Jean-Yves Camus | Rue89), apporte une réponse différente.

Je suis frappé par l'usage abusif et imprécis que l'on fait de la notion de populisme.
Le populisme est scientifiquement le fait d
'utiliser un sentiment de défiance qu'ont certains citoyens vis-à-vis des élites politiques, pour distiller l'idée qu'il existe un bon sens populaire naturel affirmant que les élus sont éloignés de la réalité, voire corrompus et en touts cas incapables de se présenter comme les défenseurs du bien commun.

Est-ce nourrir le populisme que de réclamer de la transparence ?

Dominique Reynié -  En accusant la gauche de populisme, la majorité laisse apparaître son exaspération de se voir attaquer sans cesse par le Parti Socialiste sur ces sujets là alors que la gauche, elle-même, n'est pas exempte de tout reproche en la matière.
Par ailleurs, ce qui donne prise à l
'idée que le Parti Socialiste n'est pas sincère est la dimension évidement tactique de ses questions. A cet égard, la droite est, à mon sens, légitime à s'interroger sur les réelles intentions de l'opposition.
Cela dit, je ne crois pas que ces affaires soient la détermination principale d
'une montée du Front national. Cela peut jouer, mais de façon marginale. En revanche, le contexte historique explique largement la popularité grandissante de certaines thématiques propres à l'extrême droite. La globalisation, l'épuisement des finances publiques, le glissement démographique leur donnent clairement plus de poids. Le populisme auquel on assiste aujourd'hui n'est donc pas de nature conjoncturelle mais bien structurelle. Et c'est en cela qu'il est préoccupant.

Jean-Yves Camus - Il ne faut pas confondre le fait d'utiliser une stratégie politique populiste avec le fait de demander des éclaircissements sur une situation qui apparaît, à de très nombreux citoyens, comme posant des questions.
On peut en revanche parler de populisme lorsqu
'est remis en cause globalement le fonctionnement du système politique. Une telle remise en cause n'est pas justifiée au regard du statut et des conditions de travail de nos représentants politiques.
En France, il existe des milliers d
'élus locaux qui font face depuis des années à des situations extrêmement complexes d'exercice de leur mandat. Tout d'abord, par leur responsabilité juridique qui a été accrue de manière invraisemblable. D'autre part, par le désengagement progressif de l'Etat, sans que les collectivités territoriales obtiennent les compensations financières et en personnel équivalentes.
Il existe malgré tout des hommes et des femmes qui choisissent de s
'engager au service du bien commun en briguant un mandat électif. Il est primordial de rappeler que le sens de l'intérêt général guide, pour la plupart d'entre eux, leur engagement.

Que doit-on entendre aujourd'hui par populisme ?

Dominique Reynié - Le populisme est un état de la société en termes d'opinion. Il repose sur plusieurs fondements qui sont intiment liés. Une crise de confiance profonde dans les élites intellectuelles, médiatiques, sociales et politiques ainsi qu'une prise en charge de ce sentiment par certains acteurs politiques dans le but de modeler cette opinion à leur profit. Ces dits acteurs ouvrent, pour ainsi dire, boutique sur un marché déjà disponible.
Il est, par ailleurs, intéressant de voir que ce discours est généralement porté par des personnes issues des élites. C
'est d'ailleurs l'une des caractéristiques principales du populisme.
Ségolène Royal, qui a fait l
'ENA, qui a été ministre et qui est aujourd'hui Présidente de région, en est l'archétype.

Jean-Yves Camus - Le populisme est un système politique dans lequel la démocratie représentative est remplacée par la démocratie directe.
L
'exemple suisse en est le symbole par excellence, toutes les questions de société (peine de mort, retraite, immigration etc.) étant soumises à une votation populaire. Le corollaire inéluctable de ce système est l'affaiblissement du pouvoir du Parlement. Et le risque est que la loi suive les fluctuations de l’opinion et ses passions (…).

Ces réponses peuvent être complétées par cet article paru sur le site de l’Humanité, le 6 juillet (voir Entretien avec Jean-Yves Camus, politologue). "Toute exaspération populaire n'est pas le signe du populisme".

Pensez-vous qu’il y a un risque de dérive populiste dans ce climat de crise politique et de défiance vis-à-vis de la classe dirigeante?

Jean-Yves Camus. Il faut distinguer les termes "populisme" et "extrême-droite". Le populisme est mis à toutes les sauces alors qu’il cache des réalités différentes. Il y a des populismes d’extrême-droite mais aussi d’extrême-gauche. Crier au populisme est une ligne de défense-reflexe, surtout de la part de responsables politiques de la majorité, qui se plaignent des attaques de la gauche. Le terme populisme est associé historiquement au "poujadisme", une réaction anti-élites qui peut conduire à des dérives extrémistes. Son utilisation est déjà compliquée lorsque c’est un universitaire qui parle. Elle l’est encore plus dans la bouche des hommes politiques qui se défendent des attaques subies. On ne peut pas dire que toute exaspération populaire est l’expression du populisme. Ni parler de populisme à chaque fois que le peuple prend position sur une question dans l’exercice du droit démocratique. Je pense surtout que la majorité des Français éprouve un sentiment de défiance, légitime dans ce contexte. Des dizaines d’individus pensent qu’il y a un problème d’éthique dans le mélange des genres entre une partie des élites politiques et certaines élites économiques.

 

Est-ce que ce climat peut favoriser le Front National ?

Jean-Yves Camus. Une partie de la réponse se trouve dans le verdict des élections régionales : le Front National est remonté à plus de 11 % des voix. Avant l’affaire Woerth, il y a eu d’autres scandales (le double salaire d’Henri Proglio par exemple, PDG d'EDF et président du conseil d'administration de Veolia environnement, mais aussi plus récemment ceux qui ont touché les membres du gouvernement) Les électeurs UMP qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, ont pu être ébranlés par un certain nombre d’affaires. La prochaine consultation électorale est en 2012, dans deux ans, ce qui est long en politique. Nous en sommes donc réduits aux conjectures. Ce sont traditionnellement les partis opposés au système qui tirent les marrons du feu. Mais aujourd’hui la situation est différente par rapport aux années 1990-2000. Nous avons une gauche qui mobilise, qui est plus en position de présenter une alternative. Le "désastre" politique n’est donc pas définitivement installé. Avant de profiter au Front National, ce climat favorise principalement l’abstention, un phénomène qui n’est pas propre à la France.

 

Quelle est la situation dans d'autres pays en Europe, où ces mouvements populistes sont bien ancrés ?

Jean-Yves Camus. On ne peut pas parler d’une vague de fond des extrêmes droites en Europe. En Pologne par exemple, l’extrême-droite a été laminée. Dans certains pays, elle a été intégrée au gouvernement, ce qui l’a en quelque sorte neutralisée. Pour la Belgique, le parti flamand qui a remporté les élections est un parti démocratique, contrairement à ce que l’on entend souvent. Le mouvement nationaliste flamand a une histoire qui s'inscrit en grande partie à gauche. Entre 1830 et 1930, le mouvement national flamand puise dans ses racines ouvrières et a des revendications, notamment linguistiques (contre le français, langue véhiculaire des élites). Donc pendant longtemps, il existe un prolétariat et une paysannerie majoritairement néerlandophone. En Hongrie, la droite conservatrice au pouvoir est issue de la matrice démocrate-chrétienne, même si elle a des positions xénophobes, notamment sur la question des Roms. Mais ce n’est pas un parti d’extrême-droite. La Ligue du Nord et le succès de Berlusconi sont d’abord le fruit du vide idéologique et d’erreurs tactiques de la gauche italienne. En somme, il y a quantité d’autres facteurs à la présence de ces mouvements en Europe, qui sont notamment portés par la résistance à l’émergence d’une société multiculturelle (avec de nouvelles populations qui s’installent durablement). Il y a par ailleurs un recul de l’extrême-droite dans certains pays : en République Tchèque ou en Slovaquie par exemple où l’extrême-droite a été sortie de la coalition gouvernementale (qui allait du centre-gauche à l'extrême-droite NDLR). La situation est donc très différente pour chaque pays, avec des spécificités très fortes.

 

Sur ce même thème du risque populiste lié aux affaires politiques en cours, voir Les affaires désespèrent, piège du populisme et remède (Richard Dusud, 11 juillet). Extrait introductif.

C’est la revanche des « petites gens ». Le régime Sarkozy – parenthèse bling-bling ouverte en 2007 qui prétendait saper les contre-pouvoirs pour dépasser les pesanteurs françaises – vacille à cause d’une comptable et d’un majordome. Les tentatives systémiques de maîtrise de la justice et des médias, n’auront pas protégé l’omniprésident. Dictaphones, CD Rom et Internet auront porté l’estocade, révélé l’essence du régime : la pratique permanente du trafic d’influence pour une politique de caste. Essorer les uns (nombreux), pour mieux gaver les autres (les happy few des grandes fortunes), dans un entre-soi et jeux de cour, avec fortes pincées de manipulation. Dégât collatéral du procès familial Bettencourt, les révélations de « petites gens » ont eu l‘effet d’un missile sur la classe politique au pouvoir. Une forte déflagration qui a même réveillé les journalistes (…).

 

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite en France.

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