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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 23:51

L’Europe laitière ferait bien de s’inspirer des USA

 

Lors de l’Assemblée générale de l’Office du lait, à Avranches (Manche), le 22 novembre 2011, l’auteur de l’Europe laitière (éditions La France agricole, mars 2011), 

André Pflimlin est intervenu dans le débat organisé l’après-midi, sous la présidence de Paul de Montvalon.

 

Voir Première Assemblée générale de l'Office du lait à Avranches (Manche) - 22 novembre 2011 

L'Office du lait veut être une interprofession laitière plus représentative - 21 novembre 2011  

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TL’intervention de André Pflimlin à Avranches concernant les USA

Il y a essentiellement deux régions laitières aux USA : la première avec 60 000 troupeaux (moyenne par troupeau de 154 vaches), soit 9 millions de vaches ; la seconde avec 1 200 troupeaux à plus de 1 000 vaches, qui produisent plus de la moitié du lait des USA.

Tout allait bien tant que le système maïs-soja était rentable. Mais, à partir de 2008-2009, l’inversion des ciseaux de prix a été provoquée par l’explosion de la transformation du maïs en éthanol (cette surface est équivalente à celle du maïs cultivé dans l’Union européenne).

La politique laitière existe depuis 1934, une aide alimentaire étant attribuée aux plus pauvres. Le Congrès (parlement) pilote la politique agricole, la gestion étant effectuée par le ministère de l’agriculture.

Tous les éleveurs perçoivent le même prix de base. Il y a des mécanismes de compensation des prix des marchés et des taxes import-export. En 2009, l’augmentation du coût de l’alimentation du bétail a été la cause de difficultés financières au niveau des éleveurs.

C’est pourquoi l’Etat de Californie a décidé de mieux maîtriser les volumes de production et de garantir les marges. Cela sera pris en compte par le prochain Farm Bill (2013-2016). Ce sont les producteurs qui ont initié ces deux réformes.

L’Europe a décidé l’inverse : les quotas laitiers seront supprimés après 2015.

André Pflimlin était un économiste de l’Institut de l’élevage avant sa retraite en 2009. Les dix dernières années, il coordonnait ce qui concernait l’Europe, mais aussi l’Amérique du nord, les dernières années. A sa retraite, l’envie d’écrire lui a pris, constatant que la politique agricole ne tournait pas rond.

Le quotidien Ouest-France avait rendu compte de son livre* : Et si l'Europe se trompait de politique laitière (Patrice Moyon, 7 octobre 2011)

Pour André Pflimlin, le vieux continent devrait s'inspirer de ce que font les États-Unis, la Chine ou l'Inde. Il donne son diagnostic dans un livre paru aux éditions France Agricole.

Vous reprochez à la Commission européenne de ne pas avoir tiré les leçons de la crise du lait en 2008 ?

Michel Barnier puis Bruno Le Maire n'ont pas ménagé leur peine. Cette mobilisation a permis d'obtenir des compensations financières indispensables à court terme pour les éleveurs. Mais en réalité, cela n'a pas infléchi la stratégie de la Commission qui semble considérer que l'avenir de l'Europe ne dépend plus de son agriculture.

Dacian Ciolos, le nouveau commissaire européen, défend pourtant la place de l'agriculture dans l'aménagement du territoire. Il se dit aussi favorable à une politique de libéralisation.

Je n'en suis pas si sûr. Il se place dans la stricte continuité des décisions antérieures. Il reprend les propositions élaborées sous la responsabilité des plus proches collaborateurs de Mariann Fischer Boel, son prédécesseur. Les producteurs sont invités à se regrouper, à contractualiser avec les industriels, à travailler en interprofession. Tout ceci, on le retrouve d'ailleurs dans la loi de modernisation agricole qui a été défendue par Bruno Le Maire, le ministre de l'Agriculture. Depuis le 1er avril, les contrats ont été rendus obligatoires.                                                        1/2

Est-ce que ça va changer quelque chose ? Non, car il n'y a rien de neuf. Cette loi comme les propositions de la Commission ne répondent pas à la question essentielle : la maîtrise communautaire de la production.

Maîtriser les volumes de lait sur le marché pour éviter de nouvelles crises, c'est pourtant l'un des objectifs assignés à la contractualisation ?

La responsabilité du marché est transférée aux laiteries et aux éleveurs. Rien n'est dit sur les risques de délocalisation du lait, la déprise dans les régions moins compétitives ou les risques de surconcentration dans les zones les plus attractives avec des problèmes environnementaux associés. Rien sur la sécurité alimentaire ni sur la qualité. Rien de concret sur le maintien du revenu des éleveurs.

Et si le marché vous donnait tort ?

L'exemple de la Suisse ne me rend pas très optimiste. Elle nous a précédés de quelques années sur le chemin de la sortie des quotas et de la contractualisation. C'est l'exemple à ne pas suivre. Je reproche aussi à la Commission européenne de ne pas avoir pris en compte les critiques du Conseil économique et social et de la Cour des comptes européenne. Fin 2009 et début 2010, ces deux institutions ont très vigoureusement mis en cause la stratégie de la Commission relative à la libéralisation de la politique laitière.

L'Europe a dû céder à la nécessité d'ouvrir et de libéraliser son marché du lait ?

Ce qu'on appelle à tort le marché mondial ne représente que de petits volumes. C'est un marché de surplus. Plus de 90 % du lait est consommé dans les pays d'origine. Aucun autre grand pays ou groupe de pays ne s'est engagé concrètement dans la stratégie de dérégulation du marché laitier. Les États-Unis ont même renforcé le soutien aux producteurs de lait. Ils envisagent d'ailleurs de faire classer le lait parmi les produits sensibles à l'OMC. Cette stratégie est aussi suivie par la Chine ou par l'Inde.

* Europe laitière - Valoriser tous les territoires pour construire l’avenir - Ce livre de André Pflimlin, publié aux Editions France Agricole, dresse le paysage de l’Europe laitière, et propose des pistes pour l’avenir.

 

Le lait reste une activité essentielle pour le maintien de l’emploi et du tissus rural dans près de la moitié des régions européennes, notamment dans les zones herbagères de plaine ou de montagne, ou dans les nouveaux pays membres de l’Union. C’est un secteur qui reste d’une diversité exceptionnelle quant aux systèmes d’élevage et aux produits laitiers, à la place de la prairie et aux biens publics environnementaux associés.

Or l’Europe laitière s’enferme dans une double impasse, en abandonnant la préférence communautaire et les quotas laitiers pour entrer dans la compétition mondiale. Impasse socio-économique en sacrifiant la plupart des éleveurs des zones défavorisées. Impasse environnementale et territoriale en encourageant la concentration de la production dans les zones labourables avec le modèle Holstein-maïs-soja.

L’ouvrage illustre tout d’abord, la diversité des systèmes d’élevage en Europe et dans le monde mais aussi les risques de concentration et d’industrialisation.

Il explique ensuite pourquoi et comment revenir à des systèmes plus herbagers, valorisant la diversité des ressources locales et des produits. Enfin, pour redonner la priorité à la souveraineté alimentaire et la valorisation de tous les territoires, en Europe et ailleurs, l’auteur propose des clés pour une autre politique laitière et rurale, plus conforme au traité de Lisbonne

Cet article est le 270ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

 

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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