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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 23:05

Bien encadrer les nombreux projets de méthanisation

 

La méthanisation (encore appelée digestion anaérobie) est une technologie basée sur la dégradation par des micro-organismes de la matière organique, en conditions contrôlées et en l’absence d’oxygène (réaction en milieu anaérobie, contrairement au compostage qui est une réaction aérobie).

Cette dégradation aboutit à la production :

- d’un produit humide riche en matière organique partiellement stabilisée appelé digestat. Il est généralement envisagé le retour au sol du digestat après éventuellement une phase de maturation par compostage ;

- de biogaz, mélange gazeux saturé en eau à la sortie du digesteur et composé d’environ 50% à 70% de méthane (CH4), de 20% à 50% de gaz carbonique (CO2) et de quelques gaz traces (NH3, N2, H2S). Le biogaz a un Pouvoir Calorifique Inférieur de 5 à 7 kWh/Nm3. Cette énergie renouvelable peut être utilisée sous différentes formes : combustion pour la production d’électricité et de chaleur, production d’un carburant.

Il existe 4 secteurs favorables au développement de la méthanisation : (1) agricole, (2) industriel, (3) déchets ménagers, (4) boues urbaines. Comme autres sources de production du biogaz, on peut citer le biogaz issu des installations de stockage des déchets non dangereux, siège de la dégradation anaérobie.

            Voir la définition que donne l’ADEME de la Méthanisation

 

L’Allemagne a développé la méthanisation dans le but d’apporter des compléments de revenus aux agriculteurs. Mais L'exemple allemand n'est pas forcément un modèle

Comme sur beaucoup d’autres sujets, lorsque l’on parle de méthanisation agricole, les regards se tournent vers l’Allemagne. Et c’est pour stigmatiser le retard pris en France dans ce domaine par rapport à nos voisins. Il faut dire que ce pays revendique près de 7 500 installations. La fixation d’un prix d’achat élevé de l’électricité produite par ces unités a contribué à cet essor. Pour autant, il est difficile de parler d’un "modèle allemand" qui serait transposable. En effet, le méthaniseur ne se contente pas de lisier de porc, matière peu méthanogène. Pour nourrir l’appareil, les Allemands ont recours à du maïs. Ils utilisent des surfaces spécifiques pour produire ces cultures dites énergétiques. Ils en font donc une activité à part entière. En France, l’idée est d’exploiter, aux côtés des effluents d’élevage, des déchets organiques issus de l’industrie agroalimentaire ou de la restauration pour compléter le menu.

Voir Le gouvernement pousse l'agriculture française à développer la méthanisation (Le Monde, Laurence Girard, 29 mars 2013) et Méthanisation : Stéphane LE FOLL salue l’avis positif de l’ANSES concernant l’homologation de digestats (20 déc. 2013).

 

En Mayenne, le GAEC de l’Epine (Pierre et Audrey, ainsi qu’Olivier Besançon, le frère de Pierre) à Saint-Berthevin (proximité des communes de Changé et du Genest-Saint-Isle) a été le premier à se lancer dans une réalisation, grâce à des subventions publiques importantes.

La méthanisation consiste ici à produire de l’électricité et de la chaleur à partir de déchets organiques et des effluents d’élevage. Le dispositif est composé d’une trémie d’insertion des déchets, un fermenteur qui les transforme en biogaz et en digestat, une fosse de stockage de ce digestat, un circuit souterrain de circulation du biogaz et un cogénérateur qui le transforme en chaleur et en électricité.

En plus de la production d’électricité, vendue à ErDF, la chaleur est utilisée pour chauffer les poulaillers, le local de vente directe, la maison d’habitation et le lavage de la salle de traite des vaches. L’installation reçoit tous les déchets verts de la commune.

Voir l’article de Ouest-France, 19 février 2012, intitulé « Première installation de méthanisation agricole en Mayenne » et aussi La méthanisation produit ses premiers kilowatts en Mayenne (Ouest-France, 5 juillet 2012).

 

Les projets en Mayenne sont nombreux, notamment à Charchigné, où une centaine d’agriculteurs du Nord Mayenne et de l’Orne ont un projet d’usine de biogaz, qui alimentera en vapeur la laiterie Lactalis et fournira de l’électricité à 5 000 foyers. Voir Ils vont transformer leur fumier en électricité (Ouest-France, 25 février 2012).

Un projet existe à Château-Gontier (Ouest-France, 18 septembre 2012), conduit par l’entreprise Naskéo. Des agriculteurs fourniront du fumier à l’usine qui produira de la chaleur à des entreprises et vendra de l’électricité à ErDF.

Deux autres projets existent à Craon, dont l’un est de France Biogaz Valorisation qui produira de l’électricité, réinjectée dans le réseau, et de la chaleur, valorisée par l’usine de volailles Sara. Huit agriculteurs sont partenaires du projet. L’autre est entre les mains des seuls agriculteurs (85 répartis sur 32 communes autour de Craon) qui ont créé la société Oudon Biogaz. Le but est de produire du gaz à partir des déjections animales et, à terme, de tous déchets organiques. L’usine sera installée à proximité d’une canalisation GRT Gaz qui dessert les villes de Craon et de Segré.

Voir Agriculteurs, ils se lancent dans la méthanisation (Ouest-France, 5 juillet 2013) et cet article de L’avenir agricole, le 5 juillet 2013 : « En Mayenne, 85 exploitations du Pays de Craon s’engagent dans la méthanisation » - Lire la suite

Ces agriculteurs ont présenté leur projet aux riverains de la parcelle où pourrait s’implanter l’usine de méthanisation. Ceux-ci ne sont pas contre la méthanisation mais ils jugent le projet surdimensionné et trop risqué. Ils se sont organisés en association de défense.

Voir A Craon, la dimension d'un projet de méthanisation les effraie (L’avenir agricole, Frédéric Gérard, 4 octobre 2013)

La réunion d'Oudon biogaz apporte de premières réponses partielles (L’avenir agricole, Frédéric Gérard, 18 octobre 2013).

 

La Confédération paysanne de la Mayenne, syndicat agricole minoritaire, est favorable aux projets de méthanisation mais elle estime que des garde-fous sont nécessaires (Ouest-France, 20 décembre 2013).

 

Dans un Point de vue publié dans l’édition de Ouest-France du 6 décembre 2013, André Pochon, consultant à Vivarmor, association costarmoricaine de protection de l’environnement, a donné son avis en titrant « L’incontournable méthanisation »

 Pour retrouver l’autonomie en énergie, si chère à notre président de la République, la méthanisation (avec l’éolien et le solaire) fait partie des trois priorités. Elle possède un avantage sur l’éolien et le solaire : le méthane peut se stocker pour produire de l’électricité aux heures de pointe.

Mais le fait de méthaniser les déjections animales ne diminue pas leur quantité d’azote. Au final, le digestat (un des résidus issus du processus de méthanisation de la matière organique) est plus riche en azote que le lisier de base, puisqu’on y ajoute des compléments cellulosiques, nécessaires à la production de méthane par le lisier. Si ce digestat est épandu sans discernement sur les terres, on augmente la pollution.

Il faudra donc utiliser le digestat des méthanisateurs pour fertiliser les récoltes avec la même parcimonie que les engrais azotés. Le digestat est bien un substitut à ces engrais. Il accroît notre indépendance énergétique puisque (au-delà de celle produite), il nous permet d’économiser l’engrais minéral. Il faut deux tonnes de pétrole pour produire une tonne d’azote. Mais épandre tel quel ce substitut sans limites sur les terres bretonnes peut accentuer la pollution de l’eau par les nitrates et donc aggraver le phénomène des algues vertes.

Pour résoudre le problème, il faut utiliser le méthane, non seulement pour produire de l’électricité, mais aussi pour sécher le digestat. Et obtenir ainsi un produit facilement transportable et commercialisable dans les régions en panne d’engrais minéraux : c’est ce que font déjà les unités de méthanisation en place, comme celle, collective, du Méné, mais aussi celle individuelle de Plélo (Côtes-d’Armor).

Alors, ce ne sont plus seulement les excédents d’azote mais aussi ceux de phosphore et de potasse qui sont exportés, sous forme d’amendements-engrais, vers les régions céréalières et maraîchères. C’est tout bon pour la balance commerciale de la France et l’avenir des générations futures car, comme le pétrole, le phosphore est limité sur notre planète, alors que cet engrais est indispensable à la croissance des végétaux, et par conséquent, à l’alimentation de milliards d’hommes.

L’attaque musclée de certains écologistes à l’encontre des projets de méthanisation de Stéphane Le Foll vient de ce que le ministre de l’Agriculture ne présente pas, dans nos régions d’élevage intensifs, un projet global comportant la méthanisation d’une part, et la production d’un engrais-amendement, conjointement.

Il reste d’ailleurs aux pouvoirs publics à valider au plus vite, avec des normes précises, ce nouvel engrais que les régions céréalières, maraîchères, viticoles, arboricoles, attendent. Il reste aussi à revoir les contrats de rachat de l’électricité par EDF : le prix devrait être doublé pendant les heures de pointe.

Mais le ministre a raison quand il exclut de produire en France du méthane avec des résidus de maïs et des céréales, comme cela se fait en Allemagne. C’est un contresens du métier de paysan qui a pour vocation première de nourrir les hommes.

 

Cet article est le 419ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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