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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 18:31

La gauche devra tirer les leçons de Florange

 

La gauche peut-elle défendre une autre option pour Florange et la sidérurgie que celle décidée par le gouvernement Ayrault (voir Florange : la fermeture des hauts fourneaux met en colère les salariés - 6 décembre 2012) ? Plus je m’informe, moins la réponse à cette question me semble évidente. Rappel historique : Voir Wikipédia Affaire Arcelor-Mittal et Trente années de batailles pour l’acier (L’Humanité, 29 novembre 2012).

 

Quand le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, voulait résister à la logique du système économique néolibéral, il me semblait que c’était une bonne démarche. Il osait reprendre le mot « nationalisation », même temporaire, qui était un signal de la volonté de la gauche de fermer la « parenthèse libérale » ouverte en 1983. Le ministre se référait à un rapport qu’il avait demandé à Pascal Faure, fin juillet. Voir l’article paru le 6 décembre 2012 sur le site de l’Humanité. Voir ArcelorMittal: le rapport qui pousse le gouvernement à nationaliser Florange.

 

Le monde de la finance réagissait avec vigueur. Le 2 décembre, Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New-York, s’en prenait sans retenue à Arnaud Montebourg.

Voir Florange : Montebourg met en joue la réputation économique de la France.

 

Et la gauche dans tout cela ? Quelles leçons en tire-t-elle ?

 

Il ne faut pas en déduire que Montebourg avait tort de rechercher la voie du contrôle public. Voir Mittal : le PCF veut un contrôle public (Ouest-France, 8 décembre 2012).

Mittal face au gouvernement : le PS a-t-il honte de Marx ? (Nouvel Observateur, Aude Baron, 8 décembre 2012). En refusant la nationalisation du site, Jean-Marc Ayrault s'est éloigné des fondements du socialisme. Analyse de Francis Métivier, philosophe.

 

C’est aussi le point de vue de Gérard Filoche (PS, « Démocratie et socialisme », extrait de la Lettre de D&S, 5 décembre) : « Nationalisation » n’est pas un gros mot ! Il faut une économie mixte

(…) Nationalisation de Florange ! Et soyons clairs, il ne s’agit pas d’une nationalisation « temporaire » superficielle sorte de tour de passe-passe, visant à nationaliser les pertes et à privatiser ensuite les profits lorsqu’ils seront de retour… Cela doit entrer dans une grande politique, dans un grand plan de re-développement de l’économie contre le marasme destructeur qu’impose la finance. Par exemple, il faut inclure Pétroplus dans cette même démarche. De même qu’on a besoin d’acier, on a besoin de raffinerie : hors de question de désertifier la France au nom des « ratios » exigés par les banques ! S’il n’y a « besoin » à court terme que de 11 000 tonnes d’acier au lieu de 19 000 tonnes, demain il n’y en aura pas assez ! Ca vaut le coup d’y placer 1 milliard. De même Petroplus est irremplaçable et si les spéculateurs versatiles sont défaillants, le rôle d’un état volontaire c’est d’y faire face de façon durable. Rappelons que la « déclaration de principe fondamentale » rédigée, discutée, approuvée par le PS sous l’égide de François Hollande en 2008, prônait « une économie mixte ». Nous sommes pour une économie mixte ! Et des nationalisations peuvent être des « modalités » mais aussi des « finalités » car il faut rebâtir un grand périmètre de secteur public cohérent pour protéger, faire vivre l’industrie, l’énergie, un grand pôle financier public, les transports, les communications, les équipements essentiels, la protection sociale, la santé, l’école

 

Lire aussi le point de vue de trois co-animateurs du réseau de la gauche populaire : Laurent Baumel, secrétaire national du Parti socialiste ; François Kalfon, délégué général aux études d’opinion du Parti socialiste, conseiller régional d’Ile-de-France ; Philippe Doucet, député-maire d'Argenteuil.

Texte paru dans Libération, 6 décembre 2012 : Dossier Florange : quatre leçons pour la gauche.

 

Même si le dossier Florange n’a pas encore livré tous ses développements, il est possible d’en tirer quatre leçons sur l’attitude de la France dans la mondialisation et sur la politique industrielle qu’elle doit mener.

 

Première leçon : en finir avec une certaine forme de naïveté qui empêche notre pays de défendre ses intérêts stratégiques et ses emplois.

La concurrence libre et non faussée n’existe que dans les manuels d’économie, et l’économie mondialisée de ce début de XXIe siècle est largement une «économie du hold-up » (1), régie par la brutalité de capitalistes pour lesquels tous les coups sont permis.

L’erreur initiale dans le dossier Mittal a été d’accepter, en 2006, une OPA sur un groupe en bonne situation économique et financière, suite à vingt années d’investissements publics et de restructurations fortes, par un acheteur qui n’était lui-même pas opéable (2).

D’autres pays savent se protéger : le Congrès des États-Unis, que personne ne suspecte d’être gagné par l’idéologie socialiste, s’est opposé par exemple à l’acquisition du groupe pétrolier Unocal par l’entreprise d’Etat chinoise CNOOC. La France ne peut pas être la seule bonne élève d’une mondialisation idéalisée. Elle doit se doter d’un certain nombre d’outils pour la guerre économique : golden share sur les actifs considérés comme stratégiques, accord préalable du Parlement sur les cessions d’actifs à des groupes étrangers, par exemple.

 

Deuxième leçon : comprendre la grammaire du capitalisme international pour mieux l’appréhender.

En France, on pense trop souvent qu’un accord politique suffit. Or, le capitalisme international est régi par la grammaire anglo-saxonne des affaires qui n’existe que sur une base contractuelle, écrite par des avocats et opposable devant les tribunaux. Il n’est pas surprenant, même si on peut le déplorer, de constater que les différents représentants du gouvernement de droite d’alors ont clairement le sentiment de s’être fait flouer par monsieur

Mittal qui n’a tenu aucun de ses engagements. On a d’ailleurs bien senti la gêne de Thierry Breton, ancien ministre de l’Économie de Jacques Chirac, et d’Henri Guaino, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, exprimée dans des interviews publiées les 26 et 27 novembre dernier dans les Echos : en 2006, la France s’est fait avoir. Mais comme ils n’ont signé aucun accord à l’anglo-saxonne, se contentant de belles promesses, fussent-elles publiques,

ils n’ont aujourd’hui, et les Français avec eux, que leurs yeux pour pleurer et pour relire cet accord sans portée juridique.

 

Troisième leçon : il est temps de se redonner les moyens d’une politique industrielle.

Si nous ne voulons pas être dans la main d’investisseurs internationaux, nous devons soutenir notre tissu d’entreprises nationales. La création de la Banque publique d’investissement, les mesures d’aides aux filières comprises dans le pacte de compétitivité, le nouveau crédit d’impôt dont les partenaires sociaux devront contrôler qu’il est bien ciblé sur l’emploi et l’investissement, ou la séparation annoncée des activités bancaires pour recentrer les banques sur le financement de l’économie réelle, portés par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, vont dans le bon sens, sans oublier la nécessaire réorientation du budget européen vers la politique industrielle.

 

Quatrième leçon : la nationalisation temporaire fait partie des mesures nouvelles témoignant du retour de l’État.

Sa mise en oeuvre doit répondre à une doctrine précise : l’entreprise concernée devra appartenir à un secteur stratégique, correspondre, par exemple, à des produits vitaux ou des produits intermédiaires qui irriguent de nombreux secteurs de production ; le portage financier devra être clairement transitoire, en association avec un partenaire industriel. Cette idée a été théorisée il y a quelques années par Dominique Strauss-Kahn qu’on ne peut accuser de «gauchisme». Elle a d’ores et déjà servi à Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, dans le dossier Mittal où elle a été un levier utile de la négociation.

Elle mérite donc d’être intégrée dans la boîte à outils de cette nouvelle politique industrielle.

Les couches populaires et moyennes de ce pays sont réalistes et ne demandent pas que «l’Etat puisse tout». Elles demandent simplement que «l’État puisse quelque chose».

La République française, si elle veut garder la maîtrise de son histoire et redonner au peuple français le sentiment qu’elle sait où elle va, doit s’appuyer sur un État stratège.

 

(1) Voir l’ouvrage de Paul Vacca «la Société du hold-up, le nouveau récit du capitalisme», éditions Mille et une nuits, novembre 2012.

(2) Voir l’ouvrage de Jean-Louis Levet «GDF-Suez, Arcelor, EADS, Pechiney… : les dossiers noirs de la droite », éditions Jean-Claude Gawsewitch, mars 2007.

 

Cet article est le 107ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie 

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Published by Michel SORIN - dans Travail Economie
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