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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 21:46

Préserver la gestion de l’offre dans les accords commerciaux

 

L’Union européenne a décidé de supprimer toute régulation du marché laitier en 2015. C’est une grave erreur, pointée du doigt par les producteurs de lait du Québec qui savent bien que le libre marché, partout dans le monde, a conduit à la baisse des revenus des producteurs. C’est pourquoi la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ)*, lors de son Assemblée générale** du 29 novembre 2012, a mis en garde le gouvernement fédéral d’Ottawa contre l’ouverture du marché canadien aux produits laitiers européens.

* Voir Présentation de la Fédération des producteurs de lait du Québec

Rappel : Le système laitier canadien intéresse les producteurs de lait européens- 29 janv. 2010

Le système canadien de la gestion de l'offre, expliqué par Claudette Samson- 14 déc. 2012 

 

** Assemblée générale spéciale de la Fédération des producteurs de lait du Québec

 

Négociation Canada-Europe*** : « Que l'Europe se montre aussi ouverte que nous le sommes déjà avant de réclamer plus d'accès à notre marché! » Bruno Letendre, président

 

QUÉBEC, le 29 nov. 2012 - S'adressant aux participants à l'assemblée semi-annuelle de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), le président de la FPLQ, Bruno Letendre, a exprimé sa préoccupation pour le modèle laitier québécois dans le contexte des négociations en cours avec plusieurs partenaires commerciaux, notamment avec l'Europe et les pays membres du partenariat transpacifique.

« Malgré les importantes retombées économiques du secteur laitier, malgré sa performance soutenue, malgré la stabilité que la gestion de l'offre nous procure, malgré les résultats qui démontrent la pertinence de notre modèle pour tous les partenaires de la filière, sa préservation demeure un défi pour nous », a affirmé Bruno Letendre.

 

Jusqu'à présent, dans toutes les ententes de libre-échange que notre pays a signées, il a fait exclure la gestion de l'offre. Or, les négociations entre le Canada et l'Europe entrent dans leur dernière ligne droite et il appartiendra bientôt aux ministres de les conclure en abordant les questions les plus difficiles. Bien que ceux-ci se soient réunis la semaine dernière et n'aient pas réussi à s'entendre, ils demeurent persuadés d'y parvenir avant la fin de 2012. L'Europe réclame, notamment, plus d'accès au marché canadien des fromages. Le Canada offre déjà aux importations plus de 6 % de son marché intérieur du fromage. L'Europe en accapare plus des deux tiers, pour une valeur de 156 millions de dollars en 2011. De son côté, l'Europe laisse moins de 2 % d'accès à son marché intérieur des fromages.

 

« Le Canada n'a pas à faire de concessions agricoles pour obtenir plus d'accès au marché agricole européen, il concède déjà assez dans ce secteur et ailleurs. Surtout si l'on considère l'importance des indications géographiques et des règles d'origine pour des pays comme la France, l'Italie et la Grèce. Les offres du Canada, à cet égard, s'avèrent d'une valeur inestimable pour l'Europe. Il serait donc totalement injustifié que le Canada augmente les contingents d'importation de fromage pour offrir un accès garanti à l'Europe » a ajouté M. Letendre.

 

Le président de la FPLQ a aussi fait valoir que le Canada n'est pas le seul à préserver des secteurs dans les ententes qu'il négocie. Tous les pays ont des secteurs sensibles et stratégiques à protéger quand ils concluent des accords commerciaux. Par exemple, l'Europe interdit l'importation du boeuf traité aux hormones en raison du principe de précaution et maintient un régime de subventions découplées à la production laitière qui peuvent représenter de 40 à 60 % du revenu des producteurs. Les États-Unis, de leur côté, ont exclu complètement leur secteur du sucre du libre-échange avec l'Australie et leur industrie laitière ne veut pas faire de concessions à l'Océanie dans la négociation du Partenariat trans-pacifique. Finalement, la Nouvelle-Zélande interdit l'importation de viande fraîche ou congelée de porc ou de volaille sous des prétextes phytosanitaires et protège son régime public de médicaments de la concurrence.

 

Le libre marché dans le lait, si ça fonctionnait, on le saurait depuis longtemps. Toutes les tentatives d'assurer par la déréglementation un revenu suffisant aux producteurs de lait pour couvrir leurs coûts de production ont échoué, et ce, partout dans le monde. C'est justement pour ça que les producteurs et les gouvernements au Canada ont mis en place la gestion de l'offre. Et un des principes fondamentaux de la gestion de l'offre, c'est d'assurer aux producteurs un juste prix qui couvre leurs coûts de production » a indiqué le président. Il cite l'exemple des producteurs laitiers en Europe, qui, malgré les importantes subventions, traversent leur deuxième crise en l'espace de trois ans, une crise qui accule des milliers d'entre eux à la faillite. Il cite également en exemple les producteurs laitiers de la Californie où, selon le Wall Street Journal, 1 600 fermes laitières parmi les plus grosses et performantes luttent pour leur survie. « Notre secteur est durable et entièrement renouvelable, il faut le rappeler. Il génère déjà, année après année, sans subventions ou investissements gouvernementaux, deux fois plus d'emplois et de retombées fiscales qu'on en aura avec le développement du Nord » a ajouté M. Letendre.

 

Finalement, le président a conclu en précisant les trois principaux défis auxquels, selon lui, l'industrie laitière fait face, soit celui de préserver la gestion de l'offre dans les accords commerciaux, d'assurer un contrôle efficace des frontières face aux importations et de mieux vendre le lait pour satisfaire les marchés, en assurant aux producteurs, mais aussi à toute l'industrie, un juste revenu et des bénéfices. À cet égard, il a lancé un appel à ses partenaires : « Nous avons un urgent besoin de dialogue, de volonté de compromis de part et d'autre, de recherche de solutions gagnantes pour tous au sein de cette industrie. Tous les partenaires doivent être de la solution : les producteurs, les transformateurs, les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral » a conclu M. Letendre.

 

 À propos de la FPLQ

 

La Fédération des producteurs de lait du Québec représente les 13 500 producteurs et productrices de lait et les 6 200 fermes laitières de la province. Les producteurs québécois livrent annuellement près de 3 milliards de litres de lait dont la vente totalise des recettes à la ferme de plus de 2 milliards de dollars. Le secteur laitier québécois représente plus de 32 % des recettes agricoles de la province et une contribution de plus de 83 000 emplois, 1,27 milliard de dollars de retours en fiscalité et un apport au PIB de 5,4 milliards de dollars dans le secteur de la production et de la transformation.

 

*** Voir Négociations Canada - Europe (Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle, 6 déc. 2012).

 

Complément d’information

 

AG Apli 120911 001 TSur le site de l’APLI - Association nationale des producteurs de lait indépendants (voir Communiqués), on trouve les Notes pour la préparation de l’allocution du président de la FPLQ, Bruno Letendre, lors de l’ Assemblée générale spéciale - 29 novembre 2012. Extraits.

Je vous avoue que je suis partagé entre la confiance et l’inquiétude. En effet, malgré les importantes retombées économiques du secteur laitier, malgré sa performance soutenue, malgré la stabilité que la gestion de l’offre nous procure, malgré les faits, les résultats qui démontrent la pertinence de notre modèle pour tous les partenaires de la filière, j’ai le sentiment qu’il est plus menacé que jamais.
Et je vais être très franc avec vous, la plus grande menace ne vient pas de l’extérieur, ni des négociations commerciales ou de la concurrence étrangère. Elle vient de l’intérieur. Si on n’y voit pas, on pourrait tout perdre. Nous, les producteurs, mais aussi nos transformateurs, nos fournisseurs, nos gouvernements, nos concitoyens.

Vous le savez, depuis 2008, le monde est plongé dans une crise économique majeure. Une crise dont plusieurs ont beaucoup de mal à sortir, l’Europe et les États-Unis particulièrement.
Le Canada s’en est assez bien tiré jusqu’à maintenant. La demande des pays émergents pour nos ressources naturelles a aidé, mais aussi la règlementation des marchés financiers et bancaires, plus serrée chez nous. Il faut se rappeler que la crise est due principalement à la déréglementation du marché financier et à la cupidité des spéculateurs aux États-Unis. Certains économistes et dirigeants politiques l’ont compris. Ils ont tiré des leçons et ils proposent une certaine réforme du capitalisme, mais plusieurs continuent de proposer plus de libéralisation et de déréglementation des marchés comme solution à cette crise. Comme si on pouvait éteindre un feu en l’arrosant d’essence.
L’agriculture mondiale n’a pas été épargnée par la crise. Plusieurs y voient une situation conjoncturelle, temporaire. On nous prédit même un âge d’or pour l’agriculture et l’agroalimentaire dans les décennies qui viennent, notamment en raison de la croissance démographique et du développement des pays émergents, ce qui ferait augmenter la demande et les prix.
Il ne faudrait pas perdre de vue que le secteur agricole est différent des autres secteurs de l’économie. En particulier pour ceux qui cultivent la terre, pour nous les agriculteurs. Le marché libre ne nous rémunère pas adéquatement (…).

Il est temps qu’on reconnaisse les retombées considérables de notre secteur. Un secteur dynamique, créateur d’emplois, qui contribue à la croissance économique de nos régions, année après année, tout en assurant un juste revenu aux producteurs laitiers, sans subventions pour soutenir notre revenu, ce qui est exceptionnel dans le monde agricole.
Ces faits n’ont pas empêché ces derniers mois des leaders d’opinion, particulièrement dans les médias et dans certains milieux économiques du Canada anglais, de multiplier les attaques contre la gestion de l’offre et de réclamer son démantèlement. Pour le bénéfice de qui ? Pour gagner quoi ?
Franchement, je ne comprends pas, même si venant de certains commentateurs ou de certains « think tanks » aux positions idéologiques, cette position n’est pas surprenante. Mais là où j’ai été extrêmement déçu et préoccupé, c’est en prenant connaissance d’une lettre de l’Association des transformateurs laitiers du Canada, adressée à la mi-novembre aux ministres de l’Agriculture et du Commerce international.
Ce sont nos partenaires. Nous avons besoin d’eux, ils ont besoin de nous. Notre avenir est très intimement lié. Pourtant, ce qu’ils réclament dans cette lettre, sous prétexte de moderniser la gestion de l’offre, conduirait à son effondrement. Ils veulent conserver la stabilité et les garanties d’approvisionnement de la gestion de l’offre pour eux et soumettre les producteurs aux conditions du libre marché pour le prix du lait. Le beurre et l’argent du beurre.
Le libre marché dans le lait, si ça fonctionnait, on le saurait depuis longtemps. Toutes les tentatives d’assurer par la déréglementation un revenu suffisant aux producteurs de lait pour couvrir leurs coûts de production ont échoué. Partout dans le monde!
C’est justement pour ça que les producteurs et les gouvernements au Canada ont mis en place la gestion de l’offre. Et un des principes fondamentaux de la gestion de l’offre, c’est d’assurer aux producteurs un juste prix qui couvre leurs coûts de production.
Il serait temps que certains de nos partenaires regardent cette réalité en face et cessent de rêver de développer les exportations avec du lait bon marché. Nous produisons dans un pays nordique. On a six mois de gel par année. On ne pourra jamais concurrencer les Néo-Zélandais sur les marchés mondiaux. Nous n’avons pas 10 mois de pâturage de qualité par année et une température moyenne de 15°C pour produire du lait à faible coût.
Nous n’avons pas de Fonterra, leur grande coop, avec un quasi-monopole sur l’achat du lait, sur sa transformation et son exportation. Pour avoir son équivalent, il faudrait que le gouvernement légifère pour forcer la fusion de Parmalat, Saputo, Agropur et tous les moyens transformateurs au Canada.
Est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle qui croit que c’est faisable?

Je vais vous donner deux petits exemples de ce qui nous attend si le Canada abandonne la gestion de l’offre.

Nos confrères européens vivent actuellement leur deuxième crise en l’espace de 3 ans, depuis que l’Europe a mis fin à son système de prix administrés et qu’elle laisse les prix mondiaux et les transformateurs fixer les prix d’achat du lait des producteurs. En 2008 et 2009, les producteurs ont jeté des milliers de litres de lait à cause de la baisse brutale de leurs prix. Malgré les subventions de la Politique agricole commune, qui peuvent représenter plus de 40 % de leur revenu (selon un rapport spécial de la Cour des comptes européenne publié en 2009), des milliers d’entre eux ont été acculés à la faillite. Lire la suite...

Cet article est le 359ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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