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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 12:09

Comment la gauche pourrait gouverner à gauche en Europe 

 

Tout a été fait, dans les traités européens, pour qu’il soit impossible à un gouvernement de faire une politique de gauche. C’est ce que pense aussi Bernard Cassen mais, dans un article paru dans l’édition d’octobre 2012 du Monde Diplomatique, il adopte une attitude volontariste (ce n’est pas nouveau, il en fallait pour créer ATTAC et l’altermondialisme).

Après avoir examiné les différents projets européens des partis de gauche, qu’il ne trouve pas assez réalistes, Bernard Cassen ne se décourage pas et recherche « les voies d’une Europe progressiste », en admettant que « ces chantiers, explosifs, impliquent un grand saut dans l’inconnu ».

 

Voici, sous le titre Désobéissance civique pour une Europe de gauche, la partie de l’article du Monde Diplomatique qui propose d’infléchir le cours de l’histoire.

 

Infléchir le cours de l’histoire

 

Reste une autre démarche possible, qui passe par les urnes : dans un pays donné, si le suffrage populaire lui en confère le mandat, le gouvernement peut rompre franchement avec les politiques de l’Union et, dans un même mouvement, mettre en place de nouveaux principes régissant le fonctionnement national et les relations avec les pays tiers européens. Il s’agirait de désobéir à l’Union (sans nécessairement en sortir) et de construire simultanément un autre modèle susceptible de faire tache d’huile au-delà des frontières nationales. La notion de désobéissance européenne n’implique pas nécessairement le retrait de l’Union, dont la possibilité est d’ailleurs reconnue par le traité de Lisbonne. Un gouvernement « désobéissant » aurait intérêt à adopter la stratégie du faible au fort, quitte à exaspérer ses partenaires en mettant le maximum de grains de sable dans les rouages communautaires – donc en y restant aussi longtemps que possible – afin d’en terminer avec la prolifération des mesures libérales. Avant de passer à l’offensive, il convient d’abord de cesser de perdre du terrain…

 

Comment se traduirait cette stratégie ? En premier lieu par le refus de transposer en droit national les directives de libéralisation et de « détricotage » des acquis sociaux déjà adoptées ; par la non-application de celles déjà transposées, et par l’invocation du compromis de Luxembourg pour empêcher l’adoption de celles en préparation. Le même traitement serait réservé aux traités signés et, dans certains pays, déjà ratifiés – dans l’immédiat, le mécanisme européen de stabilité (MES) et le TSCG – en vue de sauver les banques et d’imposer l’austérité à perpétuité aux peuples européens. Certains objecteront à juste titre que cette ligne de conduite revient à s’affranchir de la « légalité » communautaire. On leur rétorquera qu’il existe une valeur supérieure : le respect de la souveraineté de chaque peuple, régulièrement bafouée par les mécanismes européens. En particulier par les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de Luxembourg et par ses relais obligés que sont devenus les juges nationaux.

 

Il y a tout lieu de penser que cette contestation aurait un grand écho dans tout le continent et qu’elle déboucherait sur une crise politique européenne sans précédent, entraînant un moratoire de fait sur toutes les mesures de libéralisation dont la préparation et la mise en œuvre constituent l’ordinaire du travail de la Commission. Cette crise se développerait cependant dans un rapport de forces inédit : d’un côté, un ou plusieurs gouvernements « désobéissants », soutenus par leur opinion publique ainsi que par des mouvements sociaux d’autres pays ; de l’autre, des institutions (Commission, CJUE, Banque centrale européenne) sans aucune légitimité démocratique, soutenues par d’autres gouvernements qui auraient bien du mal à faire descendre leurs concitoyens en masse dans la rue pour les appuyer. On n’a jamais vu les gens défiler pour défendre les bonus des banquiers ou la baisse des salaires et des retraites !

 

Cette confrontation interviendrait à un moment historique critique : celui où, malgré l’affaiblissement relatif de son poids géopolitique, l’Europe, sous l’impulsion de quelques gouvernements, a encore la capacité d’infléchir le cours de l’histoire. Si, en effet, on passe en revue les grands Etats et ensembles régionaux, on constate que le Vieux Continent pourrait réunir les trois conditions nécessaires pour tenter de mettre en place et proposer au reste du monde un modèle alternatif de vie en société : un potentiel de pensée critique, des forces sociales mises en mouvement par la crise, un poids démographique et économique significatif. En Amérique latine, une construction interétatique relevant de cette logique politique de rupture avec le libéralisme, certes à une échelle beaucoup plus réduite, est déjà passée du stade du projet à celui de la réalisation : l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Même si le contexte est très différent, cette expérience serait certainement une utile source d’inspiration.

 

De même que, dans la région, l’ALBA coexiste avec le Marché commun du Sud (Mercosur), tout en cherchant à en influencer le contenu, on pourrait imaginer la coexistence de deux configurations européennes. Par exemple une « de gauche », au départ très minoritaire voire, le cas échéant, réduite à un seul membre, mais appelée à s’élargir ; et l’autre libérale, comme c’est le cas actuellement. Inévitablement, cette coexistence ne serait pas de tout repos et nécessiterait des aménagements, si possible concertés, du marché unique, allant jusqu’à des mesures de protection commerciale. Si les expériences de gauche réussissaient, elles pourraient avoir un effet d’entraînement leur permettant, à terme, de devenir majoritaires en Europe.

 

Que la zone euro se soit ou non désintégrée entre-temps, l’existence de deux ensembles européens distincts poserait la question de la monnaie unique. Elle pourrait conduire à la mise en place soit de deux zones monétaires relativement homogènes, mais articulées entre elles ; soit d’une monnaie commune européenne (et non pas unique), seule convertible en devises étrangères, avec des dispositifs d’ajustement concertés avec les monnaies nationales.

 

Cette dernière solution rappellerait le système monétaire européen (SME), à cette différence capitale près qu’alors l’écu, contrairement à l’euro, était une monnaie virtuelle, et que les monnaies nationales, elles, étaient convertibles. Sur ce sujet, M. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre et sénateur du Territoire de Belfort, considère que « le seul cap raisonnable serait une sortie organisée et concertée à l’échelle européenne du système de la monnaie unique ». Et d’ajouter : « Mais ce cap raisonnable est indicible pour des raisons idéologiques et plus encore pratiques ». Ce qui est indicible dans une conjecture donnée l’est-il pour autant éternellement ? L’approfondissement de la crise pourrait aussi libérer la parole…

 

Ces chantiers, explosifs, impliquent un grand saut dans l’inconnu. Ce qui est connu, en revanche, c’est le prix à payer, tout aussi explosif, pour la poursuite des politiques actuelles : une austérité à durée indéterminée mettant à bas les conquêtes sociales de plusieurs décennies, et la relégation programmée de la plupart des pays de l’Union au statut de régimes vivant sous la tutelle de la « troïka » Commission-BCE-Fonds monétaire international (FMI). On pourrait alors parler au passé de la démocratie européenne et peut-être même de l’idée d’Europe.

 

Rappel : Bernard Cassen et le succès du projet néolibéral européen (UE, euro) - 30 septembre 2012 

 

Cet article est le 107ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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Published by SORIN Michel - dans France et Europe
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