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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 23:47

L’euro est maintenu en survie artificielle par la BCE

 

C’est une spécialiste de la finance qui l’écrit : l’euro est déjà mort, la Banque Centrale Européenne lui maintient une existence de façade. Cécile Chevré rédige chaque jour La Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance. Elle explique dans sa chronique, ce 4 avril 2013, qu’il y a trois règles pour qu’une union monétaire soit réussie (les zones monétaires optimales de Mundell). La zone euro ne les respecte pas et n’est donc pas viable.

On retrouve le diagnostic de Jean-Pierre Chevènement*.

* Voir JP Chevènement explique en quoi consiste le vice constitutif de l'euro - 29 mars 2013 

JP Chevènement : un projet alternatif, pour sortir la France de l'impasse - 3 avril 2013 

 

Voici ce qu’écrit Cécile Chevré sous le titre : La zone euro a-t-elle déjà disparu ?

 

L'euro, j'y ai cru, j'ai même approuvé. Pour qui aime voyager en Europe – et pour une Italophile convaincue comme moi – l'euro est un réel plaisir. Plus besoin de jongler avec les milliers de lires pour s'acheter une glace. Ou de se creuser la tête pour deviner le prix d'une entrée pour le musée de Pergame à Berlin. D'un point de vue historique, l'euro me paraissait une belle idée, un pas supplémentaire vers une Europe non seulement économique mais aussi politique. Mon côté idéaliste sûrement... Economiquement aussi, l'euro était séduisant : renforcer les liens commerciaux, économiques et financiers à tous les niveaux, du citoyen aux Etats en passant par les banques ou les entreprises. Sur le papier donc, l'euro a vraiment de quoi déclencher l'enthousiasme.

 

L'euro a un problème de digestion

Le problème de l'euro, c'est qu'il a eu les yeux plus gros que le ventre. Les Européens ont voulu faire de l'euro une devise d'envergure internationale, capable de rivaliser avec le dollar. Pour cela, il fallait que la monnaie unique ait le plus de poids possible, et donc qu'elle intègre le plus d'économies possibles. L'euro est donc devenu un outil de pouvoir. En intégrant des pays comme la Grèce et plus récemment des pays d'Europe de l'Est (Slovénie, Slovaquie, Estonie...), l'Europe a voulu étendre sa zone d'influence. Et puis faire partie de l'euro signifie aussi profiter de la libre circulation des biens et des personnes. Adieu, droits de douane. Pour les pays exportateurs, et en plein développement économique, rejoindre l'euro a été une occasion qu'il était difficile de refuser.

Malgré ces défauts, l'euro attire donc. Et pour rejoindre le cercle des élus, certains ont été prêts à tout, et surtout à falsifier l'état réel de leurs finances publiques. Ce n'est plus un secret pour personne que la Grèce s'est lancée, avec l'aide de Goldman Sachs, dans un montage financier particulièrement complexe pour minimiser son déficit et ainsi rejoindre la monnaie unique.

 

3 règles pour une union monétaire

Dans les années 1950, les économistes Mundell et Fleming élaborèrent la théorie des zones monétaires optimales, soit les conditions indispensables pour une union monétaire réussie. Les trois principaux critères sont les suivants :
- la capacité d'adaptation aux divergences économiques et financières existant entre les différents membres de l'union monétaire
- intégration économique
- une résistance commune aux chocs économiques

 

Commençons par l'intégration économique. Elle est certes forte, nombre de pays de la zone euro ayant profité de cette union monétaire. Le reste de la zone euro est ainsi devenu l'un des principaux clients de l'industrie exportatrice allemande, l'Espagne exporte produits chimiques, chaussures ou vêtements vers le Portugal, l'Italie, la France ou l'Allemagne et l'Italie exporte à 56% vers le reste de l'Europe. Cependant, comme le souligne Francesco Saraceno, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans un entretien accordé au Monde, l'euro a pu s'accompagner d'une baisse de compétitivité. Et de citer le cas italien : "A part quelques petites niches très compétitives et très présentes sur les marchés internationaux, le pays a perdu en compétitivité, particulièrement depuis 1999, année d'entrée de l'Italie dans la zone euro". Aujourd'hui, alors que toute la zone euro est menacée par la récession, que les pays traditionnellement importateurs revoient à la baisse leur demande, l'intégration économique se délite progressivement. Les entreprises allemandes subissent ainsi de plein fouet le recul de la demande européenne et sont obligées de se tourner vers des horizons plus lointains (les Etats-Unis ou l'Asie) pour trouver de nouveaux débouchés.

 

En matière de résistance aux chocs économiques, les divergences sont flagrantes. Dans la première phase de la crise, ce sont les économies les plus financiarisées, comme l'Irlande, qui ont souffert. Puis ce fut le tour des économies les plus endettées (Grèce) et/ou au secteur bancaire les plus fragiles (Espagne, Portugal, Chypre...). La prochaine vague va frapper des économies plus importantes en taille et qui ne parviennent pas à rassurer les marchés sur l'efficacité de leurs mesures de réduction de l'endettement (Italie, France ?...). Jusque-là, seuls l'Allemagne et les pays du Nord de l'Europe ont plutôt bien résisté à la crise des subprime, puis à celle de l'euro. Pour combien de temps ?

 

Dernier point, la capacité d'adaptation et d'ajustement. Ce que cela signifie ? Par exemple, que si un pays a un coût du travail plus faible que les autres, il attirera capitaux, investissement et entreprises, et que donc, sa croissance décollera et entraînant le niveau de vie et finalement le coût du travail rejoindra la moyenne. Dans les faits, ces mécanismes ne jouent pas tant que cela en Europe. Ces ajustements étaient censés compenser l'impossibilité de chaque pays de mener sa propre politique monétaire. En effet, de manière classique, si un pays fait face à une montée du chômage et à un recul de sa croissance, il baisse ses taux directeurs pour encourager le crédit, l'investissement et la consommation. Et si son économie montre des signes de surchauffe et donc d'inflation, il ressert ses taux.

 

Les pays de la zone euro sont quant à eux pieds et poings liés et doivent appliquer la même politique monétaire, décidée par la BCE. Cette impossibilité de jouer sur l'inflation prolonge manifestement la crise dans les pays du Sud. Quant aux économies encore fortes de la zone euro, elles craignent une baisse des taux qui accentuerait les risques inflationnistes. Comment gérer une union monétaire quand certains membres empruntent à 1,2% sur 10 ans (l'Allemagne) alors que d'autres à plus de 12% (la Grèce) ? La zone euro est devenue ingérable quand les rendements des pays européens se sont mis à diverger, en 2008.

 

Elément aggravant, la crise chypriote a été l'occasion de sérieux coups de couteau dans le contrat nuptial de l'euro. Celui-ci prévoyait une libre circulation des changes à l'intérieur de la zone. Le contrôle des transactions financières qui a été instauré à Chypre – et tout particulièrement celui des virements à l'étranger – est clairement en contradiction avec ce principe.

Sans politique monétaire commune, le fondement même de l'euro disparaît. Allons même plus loin, l'euro est déjà mort. Son existence n'est que de façade, maintenue artificiellement en vie par la BCE qui refuse de reconnaître que les besoins des pays du Sud divergent par trop de ceux des pays du Nord pour continuer de proposer une seule et unique voie.

 

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
L'aggravation de la crise européenne donne aussi une tribune libre aux opposants à l'euro. Les élections italiennes et les interminables (insolubles ?) tractations sur la nomination d'un gouvernement en sont la dernière preuve. Les partis comme le mouvement Cinque Stelle ainsi que le PDL, de Berlusconi, ont fait leur beurre des thématiques anti-européennes et anti-allemandes.

 

Alors que l'Allemagne concentre le ressentiment des pays du Sud, de l'Italie à l'Espagne en passant par Chypre ou la Grèce, la survie de l'euro tel que nous le connaissions devient de plus en plus douteuse. Cela signifie-t-il que l'euro va exploser en vol dans les semaines qui viennent ? Non. Mais que les crises vont se multiplier, oui. Et que, progressivement, va se mettre en place un euro à deux vitesses. Autre possibilité : les économies du sud, telles Chypre ou la Grèce, vont quitter la zone euro.

 

Cet article est le 115ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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Published by Michel SORIN - dans France et Europe
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