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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 23:29

L’oubli des réalités nationales, vice constitutif de l’Europe

 

Chevènement Commer 301111 003 TLe livre de Jean-Pierre Chevènement édité chez Fayard, paru en octobre 2011, Sortir la France de l'impasse a été rédigé dans la perspective de l’élection présidentielle.

Voici un extrait (p 12-15) de la 1ème partie « L’Europe à refaire », titre I « Impasse du projet européen de la France ».

 

La démocratie au déni

 

Le projet d’union monétaire, d’abord conçu dans les années 1970 à 1980, était censé compléter le Marché commun. Il a débouché sur une monnaie unique qui portait en elle la négation des nations, cadres naturels de l’exercice de la démocratie. C’était méconnaître l’essence politique même de l’Europe. La monnaie unique était une monnaie politique qui devait conduire au fédéralisme. Elle nous met aujourd’hui au pied du mur : c’est ici qu’il faut sauter ! Mais le principe d’un « union de transferts financiers » entre Etats plus ou moins impécunieux fait reculer l’Allemagne, et on peut la comprendre. La France elle-même n’a pas envie de sauter.

 

Le projet européen à six était à l’origine un projet commun aux sociaux-démocrates, aux chrétiens-démocrates et aux libéraux. Avec le triomphe du néolibéralisme à l’échelle mondiale au début des années 1980, le projet européen a repris l’essentiel du logiciel néolibéral. L’Acte unique, et notamment la libération des mouvements de capitaux, y compris vis-à-vis des pays tiers, a ouvert la voie au capitalisme financier. On a pompeusement célébré les quatre libertés de circulation - des biens, des capitaux, des services et des hommes – pour déguiser une complète dérégulation (sauf en ce qui concerne les flux migratoires). Au nom de la concurrence, on a supprimé les politiques industrielles et réduit les services publics. La dérégulation néolibérale s’est imposée au nom de l’ « Europe », confusion regrettable. L’Etat français s’est fait le contrôleur vétilleux de sa propre déconstruction. Tout s’est passé comme si la France avait transféré à Bruxelles la capitale – Paris – qu’elle avait mis dix siècles à construire.

 

Sur tant de décisions essentielles, quand les peuples ont-ils été consultés ? En une seule occasion : François Mitterrand l’a fait pour faire approuver, d’extrême justesse, le traité de Maastricht. Et quand le projet de Constitution européenne fut soumis aux peuples, en 2005, le « non »retentissant français et néerlandais fit voir en pleine lumière que le projet européen supranational tel qu’il avait été mené, selon les vues de Jean Monnet et de ses émules, ne rencontrait nullement l’assentiment populaire.

 

Que croyez-vous qu’ensuite il arriva ? Fidèles à leur méthode oblique, les responsables politiques européens crièrent au « populisme » et s’entendirent sur le texte d’un traité de Lisbonne qui reprenait, selon les exigences de Mme Merkel, la « substance de la Constitution européenne ». On déplorera qu’en cette occasion une majorité de parlementaires socialistes crurent bon de mêler leurs voix à celles de l’UMP, dans un Congrès convoqué à Versailles par M. Sarkozy, pour approuver un traité qui ne réglait rien et qui démontra rapidement, d’ailleurs, sa totale inadéquation face à la crise bancaire de 2008 et à celle de l’euro en 2010-2011. La monnaie unique qui prétendait au dépassement des nations révèle aujourd’hui son vice constitutif : l’oubli des réalités nationales.

 

Ainsi, la construction européenne apparaît-elle d’abord comme un déni de démocratie. Ses institutions, concoctées en catimini, il y a plus d’un demi-siècle, pour tenir en lisière les souverainetés nationales et réduire les gouvernements nationaux à « un simple rôle d’exécution » - je cite Jean Monnet – n’ont pas de vraie légitimité. Pourtant, l’essentiel des règles qui nous régissent aujourd’hui sont européennes. Nous les avons acceptés en fonction des traités passés « au nom du peuple français », mais que personne, en fait, n’avait lus ou compris. Le droit national n’est plus qu’un droit subordonné quand il n’a pas été éliminé.

 

Les peuples ont été ainsi « impuissantés ».

 

Aujourd’hui, Mme Merkel, avec l’aval de M. Sarkozy, prétend imposer dans toute l’Europe une cure d’austérité généralisée. Mais déjà la colère gronde à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid. Peut-on faire confiance, pour sortir de l’impasse, à ceux qui nous ont fourvoyés ? Et ce n’est qu’un début ; la crise de l’euro, celle de l’Europe supranationale, commence. Elle doit être l’occasion de reprendre le projet européen à la base.

 

Cet article est le 154ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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Published by SORIN Michel - dans CHEVENEMENT
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