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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 23:53

L’Allemagne a ses raisons, la France les siennes

 

Le très grave accident survenu à Fukushima, au Japon, a relancé avec vigueur l’option de la sortie du nucléaire, la fin de l’énergie nucléaire, exercice périlleux dans la mesure où, en France, la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité est aux environs de 75%.

Les écologistes avaient obtenu du PS un quasi ralliement à leurs thèses. C’est pourquoi ils souhaitaient très fort la désignation de Martine Aubry comme candidate du PS à l’élection présidentielle. François Hollande, qui sera ce candidat, est nettement plus réservé sur la question de la sortie du nucléaire. Il y aura donc des discussions plus tendues entre le PS et EELV, ce qu’on perçoit bien à la lecture de cet article paru dans Ouest-France ce 25 octobre sous la signature de Thierry Richard.

 

Hollande prêt au bras de fer avec les écologistes

La tension monte entre le PS et les Verts, qui s'apprêtent à discuter d'un éventuel accord de gouvernement. Deux dossiers chauffent les esprits : la sortie du nucléaire et l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Sortir du nucléaire ? François Hollande n'en prend pas le chemin. Le candidat du PS s'est donné pour objectif de réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 % à 50 % d'ici à 2025. Pas assez ambitieux pour les écologistes. « Il n'y aura pas d'accord de gouvernement si nous ne sommes pas d'accord sur le fait qu'il faut sortir du nucléaire », a prévenu Eva Joly, candidate d'Europe Écologie-Les Verts.

Cécile Duflot en a remis une couche, dimanche, jour de l'investiture de François Hollande. « La sortie du nucléaire est un horizon obligatoire », a-t-elle indiqué dans un entretien au Journal du dimanche. La secrétaire générale d'EELV a posé d'autres conditions à un accord avec le PS : le retour à la retraite à 60 ans, l'introduction de la proportionnelle dans les élections législatives... (…)

La décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire est une référence pour les écologistes, ce que conteste Gérard Pierre (MRC).

Voir Allemagne : la fin du nucléaire passe par le charbon (Le Monde, Frédéric Lemaître, 24 octobre).

Energie : le choix contestable Allemand. Position de Gérard Pierre, secrétaire national à l'énergie au Mouvement Républicain et Citoyen, sur l’énergie nucléaire (site du MRC, 29 septembre).

En Mars 2011 l’Allemagne a décidé un moratoire sur le nucléaire et a fermé 7 centrales nucléaires. Elle s’engage à l’horizon 2022 vers la sortie du nucléaire. Les conséquences de cette décision ont été quasi immédiates. Pour compenser ce manque de production électrique, l’Allemagne a augmenté sa production à partir du charbon et de plus, importe de l’électricité. Depuis cette date, elle a émis 8 Millions de tonnes de CO2 supplémentaires, elle a importé une partie des 8 GW que produisaient ces centrales, ce qui a fait augmenter les prix de gros de l’électricité européenne de 12 % et les certificats d’émissions de CO2 de 10 %.

Cette décision prise de façon unilatérale fait courir un risque important de panne électrique généralisée pour l’ensemble des pays interconnectés. Depuis Mars, l’Allemagne importe une quantité d’énergie électrique journalière d’environ 65 GWh à ses voisins (France, Tchéquie, Suisse et Pologne). Mais ces pays, dont le nôtre, auront besoin de cette énergie particulièrement en hiver. Désormais le risque d’une panne électrique généralisée en Europe durant l’hiver est très important.

En France, surfant sur la vague anti-nucléaire, certains candidats potentiels à l’élection présidentielle proposent dans notre pays la diminution de la part du nucléaire, voire sa sortie. Les conséquences seront les mêmes qu’en Allemagne : augmentation du prix de l’électricité ajoutant des problèmes sociaux aux difficultés actuelles, augmentation des émissions de CO2 faisant courir aux générations futures le risque de sortir de l’optimum climatique actuel.

Nos concitoyens seront-ils assez naïfs pour écouter ces responsables politiques du cours terme qui s’appuient sur l’émotion à défaut de s’appuyer sur la raison ? La France est fille des Lumières, aussi il est permis d’en douter. La réponse sera donnée lors des prochaines élections présidentielles.

Par contre, Le Royaume-Uni embrasse le nucléaire (Le Monde, 11 octobre). Voir aussi Mohamed ElBaradei : "On ne peut se passer du nucléaire" (Le Monde, 28 septembre).

 

Dans son plus récent livre - Sortir la France de l'impasse - Jean-Pierre Chevènement traite de cette question (p 126). Le nucléaire, un des grands atouts de la France

 

L’accident de Fukushima a remis à la mode l’idée d’une « sortie du nucléaire ». Ce n’est pas parce que l’Allemagne a décidé, pour des raisons d’opinion publique, de sortir du nucléaire – industrie où, de surcroît, elle n’exerce aucun leadership technologique – que nous devons la suivre sur ce terrain.

L’argument de la sûreté est faible : la centrale de Fukushima avait été conçue pour résister à un tremblement de terre, pas à un tsunami. Elle a résisté au premier, pas au second. Une fois le risque identifié, on sait le traiter. Les risques d’un tsunami sont plus faibles en Europe occidentale qu’au Japon ; les autorités de sûreté y sont plus indépendantes, le contrôle public mieux assuré. Aucun accident grave n’y fut déploré depuis quarante ans que le nucléaire y a été massivement introduit. Surtout, la sécurité ne cesse de s’améliorer. Il y a quelque paradoxe à vouloir continuer l’exploitation des centrales actuelles pendant vingt ans tout en s’opposant à leur remplacement par des centrales de troisième ou de quatrième génération, beaucoup plus sûres.

 

Deuxième argument : le nucléaire s’opposerait au développement des énergies renouvelables. C’est méconnaître à la fois le coût beaucoup plus élevé de ces énergies et leur caractère intermittent. Il est probable que l’arrêt du nucléaire débouchera en Allemagne sur un recours accru aux énergies fossiles (gaz, charbon, lignite), fortement émettrices, à la différence du nucléaire, de gaz à effet de serre. Or, il nous faut organiser la transition énergétique pour lutter contre l’émission de gaz à effet de serre – ce que les écologistes réclament d’ailleurs – et préparer l’«après-pétrole».

 

Un accord se fera facilement sur la nécessité d’économiser l’énergie. Pour le reste, on ne peut, encore une fois, faire l’impasse sur le coût de électricité. Le kWh d’origine éolienne est près de deux fois plus cher que celui du nucléaire ou du gaz. Le solaire photovoltaïque près de dix fois plus cher en l’état actuel de la recherche. Cet écart ne se résorbera pas avant longtemps, à moins d’une percée technologique que les experts n’entrevoient pas pour le moment. Pourquoi les écologistes montrent-ils une telle confiance dans le progrès technique dès lors qu’il s’agit des énergies renouvelables, et une telle défiance s’agissant du nucléaire ?

Le choix du nucléaire est par ailleurs stratégique pour la France. Nous sommes, dans cette filière, au premier rang mondial. Le choix de l’Allemagne ne modifiera pas ceux de la Chine, de l’Inde et des grands pays émergents. Et c’est heureux, car ces derniers ne semblent pas prêts à accepter d’autres contraintes susceptibles de freiner leur décollage économique qu’un recours accru au nucléaire.

 

Dernier argument entendu : la France, pour ce qui la concerne, raterait le coche des énergies renouvelables. Cet argument n’est pas recevable : ce marché est mondial. Les entreprises chinoises, par exemple, fabriquent des panneaux photovoltaïques, et c’est plutôt en matière de recherche et d’innovation que la France peut prendre place.

Le pari de l’Allemagne sur les énergies renouvelables est un choix aléatoire, déstabilisateur pour ses grandes entreprises énergétiques, à terme coûteux pour son industrie, et potentiellement générateur d’émissions accrues de gaz à effet de serre.

 

Le choix de maintenir la filière nucléaire au cœur de notre approvisionnement énergétique est un choix capital. C’est une éclatante réussite industrielle qui témoigne de ce que peut accomplir un Etat stratège. Cette industrie contribue à l’emploi de milliers de travailleurs convenablement payés, ainsi qu’à nos exportations. Une gauche soucieuse à la fois de l’intérêt national et de son enracinement populaire – et j’ajoute : sensible à la question du réchauffement climatique – ne devrait pas rechigner à soutenir l’option nucléaire française.

Un président de la République comptable de l’intérêt général ne doit pas céder à la démagogie antinucléaire. L’industrie nucléaire est un des grands atouts de la France. Elle n’en compte pas tant, par ailleurs, qu’elle puisse à la légère brader celui-là. C’est à cela aussi qu’on jugera la capacité du prochain président de la République à porter « le destin de la France ».

Pour rendre confiance à la France, il doit la rendre consciente des atouts qui lui restent. Ils ne sont pas minces, mais ils ne doivent pas être gaspillés.

 

Rappel : Sortie du nucléaire : controverses Allemagne-France et gauche-gauche - 6 juin 2011

MRC et Res Publica : éléments d'une nouvelle politique énergétique - 26 juin 2011

 Cet article est le 66ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat énergies environnement

 

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