Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Courriel

 

 

 

 

Articles Récents

12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 23:57

1968 - 1969 : de l’accord administratif à l’inauguration

 

C’était le 2 mars dernier. Lise Tatin m’a reçu chez elle à Ruillé-le-Gravelais (Mayenne). Nous en avions convenu le 16 février, à l’issue de la visite du musée Robert Tatin à Cossé-le-Vivien (53), le musée qui porte le nom de son illustre mari (1902-1983), que le couple Tatin a construit, à partir de 1962, autour de leur maison sur le site de la Frénouse.  

Elle avait accepté de présenter le musée à un petit groupe avec moi. L’employé à l’accueil, vacataire, ne la connaissait pas et l’avait confondue avec mes invités. Puis le directeur du musée l’avait ensuite croisée sans la saluer précisément. Tout cela est le signe de relations conflictuelles entre Lise Tatin et les dirigeants et actuels propriétaires du musée (la commune de Cossé-le-Vivien).

Voir Lise Tatin veut faire connaître l'ensemble de l'œuvre de Robert Tatin - 10 mars 2013 

Musée Robert Tatin : Lise Tatin souffre de l'attitude de la municipalité - 21 février 2013

 

Le 2 mars, j’ai pris des notes car Lise TATIN, à la suite de nos discussions du 16 février, voulait me parler de la création du musée, à laquelle elle prit une part considérable, à vrai dire décisive.

 

Quelques précisions avant de commencer le récit    

 

Lise est originaire de Haute-Saône. Ses parents, qui ont eu 5 enfants, étaient agriculteurs. Ils n’avaient pas souhaité que Lise fasse des études. Après son CEP, elle est restée à la ferme jusqu’à l’âge de 20 ans, apprenant à tout faire avec ses mains et aidant ses parents.

Lise a 22 ans quand elle rencontre Robert Tatin. Ils sont mariés quand ils arrivent à Cossé-le-Vivien, le 1er juin 1962. Elle n’avait pas accepté de vivre dans le Midi (son mari possédait une maison, près de Nice). En mai, ils avaient acheté une maison, un peu en retrait et indépendante des deux fermes de la Frénouse. Son mari n’avait pas l’intention de construire un musée à cet endroit. Il souhaitait que s’installent autour de la « maison des champs* »  des artisans créateurs et des entreprises. Il en avait parlé à la mairie mais ses interlocuteurs n’étaient pas motivés.

 

* Voir Musée Robert Tatin. « En 1962, Robert Tatin achète, avec son épouse Lise, une petite maison ancienne au lieu dit La Frénouse sur la commune de Cossé-le-Vivien en Mayenne. Il imagine sa « Maison des Champs », une oeuvre monumentale ancrée dans la nature, qui se ferait le carrefour de toutes les civilisations à travers la création d'un langage universel, « un pont entre l'Orient et l'Occident ». Rapidement, les premières sculptures de ciment armé peint apparaissent dans ce qu'il appelle « Le Jardin des Méditations » qui constitue le coeur du musée. En 1967, le chemin communal qui mène à son espace de vie et de création se voit doté du premier des 20 « Géants » qui le bordent aujourd'hui. C'est le début de vingt et un ans de création, sculpturale, architecturale et picturale, en compagnie de Lise qui participe activement à la construction du musée. Robert Tatin décède en 1983. Depuis cette date, et hormis les campagnes de restauration qui se succèdent, cette oeuvre est restée la même... »

 

Marie-Hélène et Zik StB 16-170213 008 TComment ce site est devenu un musée 

 

Un jour de juin 1968, le préfet Bourgin (de la Mayenne) arrive dans la « maison des champs », sans prévenir ni frapper. Il est accompagné du sous-préfet Marmay (de Château-Gontier) et de deux hommes armés (de baïonnettes). Lise leur parle. Ils sont en plein milieu de la maison, pendant que Tatin continue d’écrire, sans les regarder. Puis, il dépose la plume et, théâtralement, il déclame « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église »…

Le groupe sort de la maison. Lise les accompagne. Le préfet, avant de partir, la prend par le bras et lui dit « Je ne veux plus entendre parler de vous ! » Lise lui pose la question « Que faut-il faire pour que ce site soit d’intérêt public ? » Le préfet répond (il est dans la DS noire) « Il faut que ce soit un musée ».                                                                                                                           

 

Trois jours après, Lise Tatin téléphone à Bernard Anthonioz (neveu du Général de Gaulle) au ministère des affaires culturelles. Elle demande ce qu’il faut faire pour que le site de la Frénouse soit reconnu musée. Un rendez-vous est pris.

 

Lise se déplace à Paris le 13 juillet 1968 afin de rencontrer Bernard Anthonioz. Elle est dirigée vers la Direction des Musées de France, sans savoir à qui s’adresser. C’est difficile d’obtenir un rendez-vous. Elle décide d’y entrer comme si elle était une habituée de cette administration. Les huissiers la laissent passer. Puis elle pousse la porte d’un bureau et s’explique, provoquant l’hilarité dans le bureau. A une autre porte, elle est mieux reçue. On lui conseille de frapper à la porte 11. Dans ce bureau, un monsieur, administrateur du musée du Louvre, a la gentillesse de l’écouter. Compte tenu de la période de vacances, il lui recommande d’écrire le 26 septembre 1968.

 

De retour à la Frénouse, Lise Tatin déclare « y croire », sans convaincre son entourage. Elle adresse sa lettre à la date convenue. En réponse, elle reçoit un formulaire à remplir, ce qu’elle fait. On lui renvoie le document pour qu’y soient apportées des corrections, ce qu’elle fait également. Puis, plus de nouvelles, jusqu’au 24 décembre 1968. Par téléphone, l’administrateur affirme que la décision est prise : le site de la Frénouse est un musée de France !

 

En janvier 1969, Madame Masson, secrétaire de mairie de Cossé-le-Vivien, fait savoir que le préfet a manifesté son mécontentement d’avoir été court-circuité. Un nouveau dossier est établi par la mairie, avec visa du sous-préfet et du préfet. L’acte officiel de naissance du musée est daté du 1er janvier 1969.

 

Le musée fut inauguré le 14 octobre 1969. Le ministre de la culture, André Malraux, devait être représenté par le préfet Bourgin ou le sous-préfet Marmay (le préfet n’avait pas confirmé sa participation). En fait, il était bien là, le sous-préfet aussi. C’était une très belle inauguration, nocturne, par beau temps, un ciel étoilé, en présence de 200 personnes.

Le préfet était arrivé, très pressé avant d’avoir vu le site illuminé. Lise Tatin lui demande, au micro, s’il voulait que l’inauguration se fasse au pas de charge ou lentement. Par bonheur, il n’était plus pressé… et, dans son discours d’un bon quart d’heure, apparemment spontané, il reconnaissait s’être trompé quand il était venu la première fois et se déclarait très impressionné par ce qu’il voyait. D’ailleurs, il était revenu le lendemain afin de montrer le site à son épouse et, en l’absence des Tatin, avait laissé un petit mot, regrettant que le site ne soit plus illuminé…

 

manif Laval 230910 004 TLes commentaires et précisions de Lise Tatin

 

Robert Tatin regrettait beaucoup que son projet initial n’ait pu être réalisé. En arrivant à la Frénouse, Tatin était connu à plusieurs titres : il avait été artisan à Laval, il s’était implanté au Brésil, il avait prouvé ses capacités.

 

Le musée est l’œuvre du couple. Lise n’était pas une potiche. Sans elle, le musée n’aurait pas été fini. Ils ont été aidés, à certains moments, par des artisans. Tatin voulait que ce musée soit un lieu inaliénable, ouvert à tous. C’est pourquoi il l’a cédé à la commune.

 

Lise a été salariée, de 1976 à 2004 (retraite à 65 ans). En 1978, le musée recevait déjà 15 000 visiteurs par an. En 2004, il y en avait 20 000 (attestation de Lise, qui en était la directrice), comme actuellement (selon les chiffres annoncés par le sous-préfet, lors de l’inauguration de la « maison des illustres »).

 

Lise est usufruitière de la « maison des champs ». Elle éprouve certaines difficultés à consulter les documents qui sont conservés dans les réserves du musée. Au moment de la décision prise par Tatin et elle de céder le musée à la Commune, ils pensaient pouvoir conserver un droit de regard sur le devenir du site, ce qui n’est pas le cas, Lise ayant été écartée par la municipalité de tout ce qui concerne le musée.

 

Cet article est le 17ème paru sur ce blog dans la catégorie Culture langue medias histoire

Partager cet article

Repost 0

commentaires