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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 21:21

L’Europe aurait besoin d’exister en tant que puissance

 

La Mission Agrobiosciences, organisatrice des Controverses de Marciac, avait choisi cette année (3 et 4 août 2011) le thème La future PAC à l’épreuve des grands bouleversements du Monde. La qualité des interventions et des débats était au rendez-vous, comme j’ai pu le constater pendant ces deux journées.

J’en ai rendu compte dans deux articles :

-          Controverse de Marciac (Gers) entre Aurélie Trouvé et Philippe Chalmin - 19 septembre 2011

-          Controverses de Marciac (Gers) : commentaires de Lucien Bourgeois - 29 septembre 2011

Controverses-Marciac-3et4-aout-2011-011-T.jpg

 

Voici un 3ème article, concernant la table ronde sur les aspects géopolitiques qui entourent la PAC, la Politique Agricole Commune. Dialogue entre deux personnalités aux compétences différentes, Michel Foucher et Thomas Ferenczi. Je me limite ici à reprendre les propos de  Michel Foucher (extraits), ne voulant pas être trop long. Leurs échanges sont à lire dans les Actes des Controverses de Marciac.

 

Photo (de gauche à droite) : Michel Foucher, Thomas Ferenczi et Salam Kawakibi.

 

La Mission Agrobiosciences : Aujourd’hui, où en est l’Europe communautaire ? Que peut-on retenir de l’actualité récente ?

Michel Foucher : (…) « Aujourd’hui comme hier, les initiatives se prennent hors traité ».

Nous avons donc accompli avec succès tout ce que nous devions faire. Mais ce faisant, nous nous sommes créés de nouveaux problèmes. Ainsi, nous comptons désormais un plus grand nombre d’Etats membres - 27 et bientôt 28. Non seulement cela crée une sorte d’essoufflement de la solidarité, mais il est plus compliqué de prendre des décisions par consensus à vingt-sept qu’à six. Cela explique que l’heure soit au petit format - des réunions à deux ou à trois - pour mettre au point les stratégies et les décisions. C’est vrai pour la Défense, pour la gestion monétaire et bien d’autres domaines. Aujourd’hui comme hier, les initiatives se prennent hors traité. Concernant l’Euro, les rapports étaient prêts - celui de Werner1 notamment - la logique économique était comprise, mais la décision elle-même, qui relève de la géopolitique, s’est opérée par des négociations entre Kohl et Mitterrand, en tête-à-tête. Le Président français avait besoin que l’Allemagne unifiée confirme son ancrage dans la future UE. Pour Berlin, le prix à payer est très élevé : c’est l’abandon du Deutsche Mark, symbole de la souveraineté allemande. En retour, H. Kohl demande que la Banque Centrale Européenne soit aussi bien gérée que la Bundesbank. C’est-à-dire qu’elle soit indépendante. Un point que la France a du mal à accepter, car c’est renoncer aux dévaluations en cas de difficultés.

Tous ces problèmes ne peuvent pas être résolus dans les traités. D’ailleurs, Jacques Le Cacheux l’a dit précédemment : rien dans les traités ne permet à l’heure actuelle que se réunissent les chefs d’Etat et de Gouvernement de la zone Euro ! Seule une réunion des ministres des Finances est prévue - l’ « Eurogroupe » présidé par Jean-Claude Juncker. D’où la proposition franco-allemande de demander au président du Conseil, le belge Herman Von Rompuy, de présider un Conseil de la zone euro.

 

Vous évoquez la mondialisation. Dans cette nouvelle géopolitique, nous n’avons pas vu arriver ces nouveaux acteurs que sont la Chine, le Brésil, la Russie… Cela vient-il brouiller un peu plus les cartes européennes ?

Michel Foucher : Si nous nous sommes concentrés sur les affaires européennes, nous avons oublié - je parle en géographe - que d’autres grands acteurs ont tiré de la chute du Mur et du communisme les mêmes conséquences que nous. Il est certain que si l’on arrêtait de diminuer le nombre d’heures de cours consacrées à la géographie et à l’histoire dans les lycées français, nous aurions peut-être moins de difficultés à comprendre ce qui se passe en 2011…

Pour des raisons évidentes, nous avons été eurocentrés, A présent, il s’agit de repenser le même projet européen mais en y ajoutant l’échelle mondiale. Les vieilles nations qui composent cet ensemble organisé et institué sont-elles capables de définir une liste extrêmement courte de quelques intérêts communs ? Nous savons le faire au plan commercial : le commissaire au commerce porte une position de négociation. Au plan monétaire, c’est un peu plus compliqué. Cela dit, rappelons que l’Euro représente aujourd’hui 20% des réserves mondiales de devises des banques centrales des Etats du Monde, voire 26% des réserves chinoises et 40% des réserves russes. Autrement dit, nous, nous n’y croyons plus, mais d’autres y croient pour nous, ce qui est une bonne chose. Y compris d’ailleurs la Russie, qui s’interroge sur le pourcentage à dédier à l’Euro par rapport au dollar.

J’en reviens à ces grands acteurs que nous n’avons pas vu arriver, et qui ont tiré les conséquences de l’effondrement d’une économie centralement planifiée. Soit en libéralisant, c’est le cas de l’Inde dès 1992, soit en inventant le capitalisme d’Etat, c’est le cas de la Chine.

Quant au Brésil, ce fut le choix de l’agrobusiness et donc d’un nouveau cycle d’exportations de matières premières. Ce pays, qui nous considère comme des protectionnistes, connaît aujourd’hui un excédent commercial de 22 milliards € avec l’Union européenne en matière agricole et agroindustrielle. Quant à la Russie, elle n’a pas sa place dans les pays émergents : elle traverse une crise politique profonde, mais nous avons intérêt, pour des raisons stratégiques, à avoir de bonnes relations sur une base d’intérêts mutuels bien compris.

 

« Nous avons des choses à apprendre des pays émergents »

En clair, notre heure de gloire est passée, et ce n’est pas très agréable : nous n’aimons pas perdre cette centralité ; les nouveaux acteurs revendiquent leur place au soleil - je reprends la formule du ministre allemand des affaires étrangères, Bernhard Von Bülow, en 1897 au Reichstag. La Chine d’aujourd’hui ressemble en effet par certains traits à l’Allemagne de Guillaume II qui commerçait avec la France et le Royaume-Uni, mais ne supportait pas la suprématie franco-britannique, tout en voulant se doter des outils de souveraineté et de puissance possédés par Londres (marine, influence mondiale). Et la Chine supportera de moins en moins la suprématie américaine dans le Pacifique occidental. Il y a là quelques tensions en perspective. D’autant que ces Etats qui s’émancipent ont, à la différence de nous, une certaine confiance en eux-mêmes, même s’ils sont pauvres, confiance qu’expriment le premier ministre indien, les dirigeants brésiliens et les Chinois d’une certaine façon. De notre côté, nous n’avons pas de dirigeants politiques capables d’énoncer des perspectives, de donner un sens à l’histoire et, je suis d’accord avec Jean-Pierre Tillon, de nous proposer un grand dessein. Bien au contraire, nous sommes enlisés dans une gestion de boutiquiers ; Angela Merkel, qui est une femme de l’Est, qui n’a pas le même rapport culturel à la construction européenne que son mentor, H. Kohl, qu’elle a d’ailleurs marginalisé à la CDU, dit toujours à ses électeurs : « Je suis une ménagère souabe », celle qui garde la clé de l’armoire où sont rangés les pots de confiture, c’est-à-dire les Euros. Euros qui ne sont d’ailleurs pas donnés, mais prêtés à des taux très élevés, bien au-dessus du taux du marché.

Ne nous laissons pas impressionner par les pays émergents mais nous avons des choses à apprendre d’eux : toute leur énergie, toute leur politique extérieure consiste à gérer leurs intérêts. En fait, en Europe, nous avons besoin d’un Lula !

 

Dans votre livre L’Europe et l’avenir du Monde, vous écrivez, Michel Foucher, que l’Europe est un laboratoire du multilatéralisme ? Qu’entendez-vous par là et est-ce toujours d’actualité ?

Michel Foucher : Cela signifie que c’est le seul espace au Monde qui connaisse autant de négociations entre Etats souverains, y compris d’ailleurs sur la dette publique. Aux Etats-Unis, il y a certes négociation, mais entre B. Obama et le président républicain de la Chambre des Représentants. Au sein de l’Union européenne, depuis le traité de Lisbonne, toutes les décisions importantes sont prises à l’unanimité ou à la majorité qualifiée, même si le Parlement dispose désormais du pouvoir de co-décision sur la moitié des directives et des décisions importantes, ce qui constitue un progrès : il peut être un allié fondamental pour les prochaines négociations. Cette configuration en termes de mise en commun de la souveraineté est unique au Monde. Nulle part ailleurs, on ne s’embarrasse en imposant la co-décision entre Etats. Le Mercosur, c’est d’abord le Brésil ; Et malgré l’Asean, il n’est nullement question d’unité asiatique.

La difficulté, c’est que notre modèle géopolitique est en avance sur l’état du Monde. C’est bien pour cela qu’il nous faut tenir face aux remises en cause de ce modèle. Une position compliquée dès lors que la short list de nos intérêts communs est très mal définie, en raison de l’opposition des Britanniques.

Pour répondre à T. Ferenczi, quand j’ai évoqué H. Von Rompuy, ce n’était pas du tout négatif. A partir de 2012, il va assumer la présidence du conseil des chefs d’Etat pour la zone euro et je pense que cela sera efficace. Il faut en effet constamment adapter les pratiques.

Encore une fois, dans l’histoire de la construction européenne, toutes les initiatives importantes ont été prises hors traité. C’est dans un second temps que l’on mutualise et que l’on convainc les autres Etats.

Je voudrais conclure sur l’un des objets du multilatéralisme européen : les politiques communes. Nous allons entrer dans des négociations budgétaires extrêmement difficiles pour la période 2014-2020. Mon conseil : il faut que toutes les forces concernées par toutes les politiques communes, dont la PAC, travaillent ensemble. Car derrière les attaques sur la PAC, il y a des attaques sur la politique de cohésion territoriale, au prétexte qu’il faudrait dépenser moins pour le maïs dans le Gers, par exemple, et plus pour la recherche & développement à Edimbourg… Tout cela ne tient pas. Le principe, c’était l’idée de Delors, consiste à compenser les forces du marché par un minimum de péréquation. Cette notion fondamentale, les Allemands la comprennent. Ils ont un mot pour la désigner : finanzausgleich. Car la force de l’Allemagne, c’est la qualité de la péréquation négociée entre le Bund et les Länder. Ce système a bien fonctionné jusqu’à maintenant dans le cadre européen.

En revanche, la Commission doit cesser de nous tenir le discours de l’ultralibéralisme. Il y a une naïveté extraordinaire dans cette volonté permanente d’ouverture du marché européen aux autres, alors que la réciproque n’est pas vraie. Le principe de la réciprocité dans les négociations internationales est fondamental, de même que le rôle des Etats, des collectivités locales, bref des politiques publiques. On ne peut pas défendre une politique publique comme la PAC, de manière isolée, en espérant ainsi mieux s’en sortir que ceux qui défendent d’autres politiques publiques. Ayons une approche globale de la promotion - et pas seulement de la défense- de toutes les politiques publiques pour la période 2014-2020

 

Voir Actes des Controverses de Marciac

 

A noter, en cours de débat, l’intervention de Valérie Bouveri*.

Controverses-Marciac-3et4-aout-2011-087-T.jpgQuelle est l’organisation de l’Europe qui permette de répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens et citoyennes européens ? Va-t-on construire une Europe humaine, sociale et solidaire, un nouveau modèle qui permette de répondre aux problématiques économiques et aux turbulences de la crise financière mondiale ? Comment va-t-on dépasser les intérêts nationaux de chaque pays ? Quelle Europe veut-on transmettre à nos enfants ?

* Voir Jean Bouveri, mineur, syndicaliste, socialiste SFIO, ami de Jean Jaurès - 31 juillet 2011

 

Cet article est le 250ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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